‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 41 sur 139 · CHAPITRE XVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVn

OÙ 86 trouvait le prince Adam Gzartoryski et un neveu

du comte » (1). C'est ce prince Czartoryski, que de longues années après nous avons vu à Paris, exilé, proscrit, dépouillé, réunissant autour de lui et protégeant, de ce qu'il pouvait encore avoir d'influence, les débris de rémigration polonaise; c'était alors un des hommes qu'aimait le plus Alexandre ; il remplissait, sous Tinspiration immédiate de son maître, qui s'occupa toujours surtout des affaires extérieures, une partie des fonctions dont le vice-chancelier Voronzof avait le titre. M. de Markof, l'ambassadeur russe à Paris, avait écrit les choses les plus obligeantes sur le colonel Golbert; aussi la réception fut-elle des plus gracieuses.

Le général Hédouville donna communication des dépèches qu'il venait de recevoir. 11 fut question des paroles dites par le premier consul au cercle de M"^ Bonaparte. L^ambassadeur répéta que la France voulait s'en tenir aux traités : « Vous n'êtes pas les seuls qui armiez, dit le viée-chancelier, nous avons fait marcher quelques troupes à propos d'un diilereud (|ue nous avons avec la âuède. » A quoi le général Hédouville répondit quUls étaient assez forts pour n*étre point inquiets de ce côté, tandis qu'une guerre de la France avec TAngieterre donnerait une commotion à toute l'Europe, qu'une démarche de la Russie auprès de l'Angleterre serait agréable au premier consul, auquel il avait proposé, de son c6té, d*o&ir ses bons offices à l'égard de la Suède.

Le comte Voronzof se renferma dans des expressions

(1) Dont je ne puis dechitlrer le uom.

vagues : suivant lui, il fallait attendre Teifet des paroles du premier consul, qui ne pouvaient manquer d'avoir de riûllueuce; il y avait lieu d'espérer que tout s'arrangerait; 500,000 hommes de bonnes Iroupes étaient un argumeul excellent, etc.

Le lendemain, le colonel Golbert eut audience de TEmpereur. Conduit au palais dans la voiture de l'ambassadeur, il fut reçu par le grand marécLial de la cour, comte Tolstoï. Après un moment d'attente dans le salon des aides de camp généraux, il fui introduit dans le cabinet de l'Empereur.

Alexandre avait alors vingl-cinq ans : par sa haute taille, sa tournui^e, pleine à la fois d'élégauce et de dignité, la beauté de son front, la noblesse de ses traits, il était certainement un des plus beaux princes qui aient jamais occupé un trône. Né souverain absolu, autocrate d'un immense empire, réducalion l'avait IViit philosophe libéral. De ce contraste entre sa position et son éducation, résultèrent souvent de singulières disparates. Ainsi, ce croira- t-on jamais, dit Napoléon, ce que j'ai eu à débattre avec lui? Il me soutenait que l'hérédité était un abus dans la souveraineté, et j'ai du passer plus d'une heure, et user toute mon éloquence et ma logique à lui prouver que cette hérédité était le repos et le bonheur des peuples. Peut-être aussi me mystiiiait-il, car il est fin, faux, adroit*.. » Napoléon dit encore «l'Alexandre : c< 11 a de l'esprit» de la grâce, de l'instruction, est facilement séduisant; mais on doit s'en défier : il est sans franchise; c'est un vrai Qrec du Bas-Emjfire

(i) Las Cases, Mémrial de Haénte-MéUHe, édit., t. U, p.

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