‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 42 sur 139 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Âimaut son peuple avec ardeur, voulant le rendre heureux, il fut entraîné, soit par ambition, soit par les

circonstaDces, à se mêler des aiïaires générales de l'Europe^ s^occupa peu de la Russie elle-même, tenta à peine quelques efîoi ls pour achever de la tirer de la Larharie, et ne lui ût, à bien dire, accomplir aucun progrès réel dans son organisation intérieure et dans la voie de la ci* vilisation.

On rencontre les mêmes contrastes dans ses sentiments intimes, dans sa vie privée. Possédant un cœur aiieclueux et sensible, ayant le besoin d aimer, il délaissa presque toute sa vie la charmante princesse à laquelle il était uni (Ij. Rempli de sentiments généreux, enthousiaste de la vertu, il fut condamné à s'asseoir sur un trône couvert du sang de son père, à vivre en* touré de ses assassins et de ceux de sou grand-père.

Tel était rhomme en présence duquel se trouva le colonel Golbert ; il lui remit la lettre du premier consul. Alexandre n'avait pas encore pour Napoléon cet enthousiasme vrai ou simulé qu'il manifesta depuis. Il reçut renvoyé avec sa grâce et sa politesse habituelles, et se dispensa de parler beaucoup du premier consul en faisant à mon père force compliments sur le nom qu'il portait. Il n est peut-être pas sans quelque intérêt de voir quelle impression produisit le jeune souverain de la Russie sur Auguste Golbert, habitué à voir de près un vrai grand homme, et dont on a déjà pu apprécier l'esprit d'observation. Yoici ce qu'il écrivait le soir de son entrevue :

(1) Loiiise-Marie-Aiiguste, princossc do Hndo, i\6o le 25 janvier 1779, et qui prit en Russie le nom d'Eiisabclh-Alexeievna.

« Alexandre est sans doute un prince sage, et qui désire faire le bonheur du vaste empire qu'il gouverne ; mais je crois* qu'il connaît mal le caractère de sa nation ; il pourra bien finir par être la victime des regrets de courtisans avides de faveurs, d'intrigue et d'argent, qu'il ne sait point assez contenir, vu sa trop grande bonté, qui ailleurs lui concilierait tous les cœurs: ils l'estiment, mais il faut que les Russes craignent leur souverain. Tout en abhorrant la mémoire de Paul ils disent ({ue s'il avait eu la lôte réglée, il eût été un digne successeur de Pierre. Lorsqu'on commence à connaître le caractère national, toutes ces taches de sang qui souillent Thistoire du premier tzar s'effacent derrière la gloire du iégislateur et du conquérant » (1)*

Les jours suivants iureut consacrés à des visiLes au grand-duc Constantin, frère de l'empereur Alexandre, à Télecteur palatin, au duc de Wurtemberg, beaufrère de l'empereur Paul, puis au corps diplomatique. Constantin, aussi laid que son père Paul, aussi fou, avec moins d'esprit, et plus froidement cruel, féroce même, était d'ailleurs un assez bon soldat. Mon père le trouva commun, trivial de langage:» II est, dit-il, entèlé, ignorant ; il croit que ce qui est, est tout ce qui peut être, du reste assez entendu aux choses militaires. » Le grand-duc le mit bien vite à son aise par sua

[1 ) Pensée qu*U ne fondrait pas interpréter â*ane manière absolue, el qn*il se charge lui-même de modifier et de réduire li de Justes bornes par la réflexion suivante : Pierre fit peut-être bien dé saper violemment les habitudes nationales pour avaneer la dvittsation de ses peuples ; mais ses successeurs firent encore bien de ne point ImHer ses persécutions, ils auraient défiguré et abâtardi une nation qui est neuve et dont les ressorts sont encore roides. »

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