CHAPITRE XVll
Ion familier, quoique poli : « Je n^aime pas Gaulaiucourt(l) autant que Berckheim (2), lui dil-U ; Gaulaincourt donne dans le grand genre, et moi je n'aime pas le grand genre. Berckheim est bon garçon. — Caulaineourt se marie-t-il ? Non? il bit bien, c'est un mauvais parti à prendre. Je suis marié, mais, Dieu merci, ma fenmie n'est point ici. » Constantin professait les plus grands égards pour son frère : a C'était, dit mon père, le seul point sur lequel il fut mesuré. » II finit par lui proposer de lui faire voir manœuvrer son régiment.
L'électeur palatin, qu'il vit ensuite, ne semble pas avoir produit sur lui une impression très favorable, ni par sa Ogure, ni par son esprit ; du reste, il le trouva « fort poli et s'e^cprimant en très bons termes sur le respect que l'on doit aux traités. »
Parmi les membres du corps diplomatique, il parle surtout de M. de Goltz, ministre de Prusse, auc[uel il ' trouvait de Tesprit, et qu'il se plaisait à rencontrer ; de Tamiral Warren, ambassadeur d'Angleterre, qui lui paraissait un homme excelleut ; il diua plusieurs fois chez lui; ils causaient beaucoup des intérêts da leur pays, et Tamiral, la carte à la main, ne cessait de revenir sur les agrandissements de la France, qui chaque jour étendait son territoire et son influence en Europe.
Peu de jours après son arrivée, le colonel Colbert avait été présenté à l'impératrice-mère, Marie Foedorovna (!^), et à Timpératrice régnante, ainsi qu'aux grandes-duchesses.
(1) Depuis duc de Vicence.
: Né en 1775, mort général de division en 1S19.
Çi) Princesse de Wurtemberg.
Partout il était accueilli avec une grande politesse, et Tobjet des propos les plus bienveillants. ITn jour, il rencontra l'Empereur faisant manœuvrer (juelques compagnies de sa garde: Alexandre Tentretint longuement, lui expliiiuanl son système de marche de /Jane par sectionSy pour TinCanterie ; il lui paria de son armée, ût réloge des soldats et se plaignit des of&eiers. «c Sa conversation^ dit mon père, est celle d'un homme sensé ; il a une grande simplicité, qui ne peut le compromettre aux yeux des gens éclairés et sages, mais qui ne peut manquer de le déprécier aux yeux des Russes. Ën fait de choses militaires, il paraît plutôt s'être occupé des détails que des grandes parties de la guerre. »
Ce long entretien ramène mon père aux impressions, aux sentiments qu'avait déjà fait nailre eu lui la vue de ce jeune prince, aux formes si douces, si noblement simples, aux idées élevées et libérales, « appelé, comme il le dit, à gouverner un peuple encore à demi-sauvage, et cependant corrompu, qui ne sait obéir qu'à la crainte ou à la force. » Après quelques détails sur l'assassinat de Paul, « quelle leçon pour le jeune Alexandre, dit-il, quel sujet de réflexions! Peut-il estimer ces hommes qui Tentourent, remplissent son palais, assassins, bourreaux exécrables, chargés d'honneurs?... Au théâtre, sa loge se trouve entre celle des Zouhof, assassins de son père, et celle des Orlof, assassins de son grand-père. Né avec de la sensibilité et un caractère faible, son âme doit èlre ûétrie par les souvenirs tragiques de sa jeunesse ; éclairé sur les mœurs de ses grands, il doit les craindre et les ménager; ses idées libérales et pjiîlanthropiques sont Teffet de la réactiqii