‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 44 sur 139 · CHAPITRE XVIf · texte numérisé non relu

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qu'ont produite sur sou àme les tristes résultats de la tyrannie dd son père. Mais, en ayant les qualités d*un homme vertueux, il faudrait encore avoir la force d'un gouvernant, savoir braver, réduire les ambitions et l'avidité des courtisans, lorsqu'on veut faire et assurer le bonheur de la société entière : autrement Ton succombe, et, comme Ton n'estime que les résultats, on meurt victime de bonnes intentions dont oii ne vous sait pas gré. »

Quelques mots d'Alexandre expliquent tout son règne: lorsque Pahlen et les Zoubof vinrent annoncera Alexandre l'assassinat de son père, il s'écria: « Quelle page dans l'histoire î » — « Los autres pages feront oublier celle-là, » répondit Pahlen. Puis le nouveau tsar ajouta : « Que dira l'Europe ( 1 ] ?» Là se trouve la pensée dominante d'Alexandre, sa préoccupation constante d.e l'Europe.

Cependant le temps s'écoulait: depuis larrivée d'Auguste Colbert à Saint-Pétersbourg, chaque jour c'était une réception nouvelle, des fêtes, des bals, des soupers j à côté des salons diplomatiques s'ouvrirent pour lui ceux de l'aristocratie russe, où il trouva une hospitalité somptueuse et pleine de recherches, mélange des mœurs de l'Asie et des rafiinements de l'Europe. 11 y nencontra tout ce qui jouait lui rôle dans la politique ou dans la guerre, les deux Zoubof^ Pahlen, Gzartoryski, Ouvarot, Dolgorouki, etc., etc., beaucoup de gens d'esprit, nombre de femmes aimables. Parmi les grandes dames russes qui semblent avoir fait impres-

(1) Dolgoroukob, la Vérité $ur la Mussie, p. 216.

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sion sur lui par leur dislinctiou ou par leur esprit, je vois les noms de Schouvalof, Scherbatof, Kothchoubey, Kourakine, Apraxine, etc., à côté desquels je trouve les mots : « Jolies, spirituelles, causant bien. »

Tout cela était sans doute fort séduisant, mais le jeune colonel tint bon ; il eut toujours un grand avantage, celui d'être maître de lui, et si le soir, en rentrant chez lui, il se rappelait avec plaisir qu'il avait soupé à côté d'une jolie fenmie, il savait aussi se dire : <c Mais nos affaires ne marchent pas; pas de réponse ni de l'Empereur ni de son Gouvernement ; le vieux vicechancelier nous en promet une tous les jours, qui n arrive point. J*ai doucement engagé le général Hédouville à le presser. » Enfin, un jour, à une j^a'ande parade, il crut remarquer que TEmpereur, tout en n'étant que froidement poli à son égard, redoublait d'affabilité pour lambaiisadeur : cet excès de prévenance, de cajolerie, le frappa: « Ne bercerait-il point Hédouville par ces déinonstralions? se dit-il. Evideuiment, les intérêts

Alexandre nom sont peu favorables. » Il voyait vrai : déjà Alexandre était sur la pente qui devait l'en- Irainer à Austerlitz et à Eylau.

Le premier consul disait, dans sa lettre autographe à l'Empereur: <f Si rAn^lelene avait besoin jd'un bon conseil, elle le recevrait sans doute de la cour de Russie, qui sentirait que PEurope n*étant pas encore bien revenue des commotions qu'elle avait éprouvées, il suCOrait d'une étincelle pour l'embraser de nouveau. La France acceptera la garantie de la Russie pour Malle, quelque iWme qu'elle veuille lui donner... Malte doit être évacuée par les Anglais et ne pas être occupée par

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les Français, j» Le premier consul ajoutait « que, par suite de rattitude du guuveruemeut brilanuique, il se croyait» dès à présent, obligé de préparer ses moyens d*attaque et de défense. Il réunissait donc des forces en Hollande, et si TAnglelerre s'obsliiiait à ne point évareuer Malte, il se verrait forcé de âtire occuper de nou» veau la pusiliou de Tarenle, qui, daus le système delà Méditerranée, était le véritable équivalent de Malte. »

Gomment le gouvernement russe répondit-il à cette lettre? Un rescrit de rEmpereur chargea ses ambassadeurs à Londres et à Paris d'officir son intervention, mais eu ([uels termes! a Garder Malte en contradîctlou avec des engagements solennellement contractés ne saurait être ni le désir ni le motif qui fait agir le gouvernement anglais. L'objet en lui-même n'en vaut pas la peine... Il faut donc que la cour de Londres ait d'autres raisons (1). L'Angleterre uV-u avait pas d'autres, on le savait, mais on voulait, autant que possible, la ménager. Puis TEmpereur ajoutait : « Je désire que les deux gouvernements s éclairent ensemble sur les véritables motifs de leur mécontentement... C'est dans ce sens que j'ai répondu au premier consul... Si les deux États ci'oieat que ma médiation puisse aider à iiaciliter leurs explications et concourir à ce qu'elles se terminent à l'amiable, je ne me refuserai pas à remplir celte tâche avec toute Timpartialité qu'elle requiert. »

Un peu après, la France ayant demandé que TEmpereur de Uussie prit Malte en dépôt, le cabinet russe

( 1 ) H i giion , His to ire de France d&puU le 48 brumaire jusqu'à Sa paix de TiUiU, t. lU, p. i06 et suiv.

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répondit: « Que la confiance que monU^ait le Gouvernement français déterminait TEmpereur à écrire à M. de Markof de déclarer au ministère de la République qu'il consentirait à prendre Malte en dépôt, si les deux Gouvernements de France et d'Angleterre s'accordaient à le lui demander. »

Rien, en vérité, de plus évasif que cette réponse : c'était dire : Quand vous serez d'accord, je vous arrangerai ; et la Russie pouvait-elle faire autrement, sachant que rAnprleterre était résolue à rompre? N'éiailellepas liée à cette puissance par tous ses intérêts? n'était-ce pas avec elle qu^elle faisait la plus grande partie de son commerce? Ensuite Alexandre, qui s'était fait un point d*honneur de protéger le Piémont et le royaume de Naples, était blessé du peu de compte que le premier consul semblait tenir de son protectorat en s'emparant de Tun et en occupant Tautre. L'envahissement du Hanovre, qui effrayait tant la Prusse, n'était pas non plus sans lui inspirer de vives inquiétudes. Enfin on ne peut nier qu'il n'y eût en Europe, daus presque toutes les cours, un parti dominant qui avait juré une haine implacable à la Révolution française, quelque forme qu'elle adoptât, soit qu'on fût effrayé de ses tendances ou du développement de la puissance française; et la plupart des ministres, des agents diplomatiques d'Alexandre, les Yoronzof, le vice-chancelier et Simon Voronzof, l'ambassadeur en Angleterre, les Markof, les d'Oubril, successivement envoyés en France, étaient de ce parti.

Mon père avait donc raison lorsque, dès le 10 avril, il disait : « On nous leurre par des politesses et de belles

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