‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 49 sur 139 · CHAPITRE XVIll lou · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll lou

lieu de perdre sa jeunesse dans les méprisables plaisirs

de la capitale, respirait une plus noble ardeur au milieu de ses tenanciers. Dans renlrainement général, la voix des partis ne se faisait plus entendre, et on vit le whig se placer à côté du tory daus les raugs des voloutaires » (1). Les forces navales étaient de 470 bâtiments; 800 canonniers furent chargés de la défense des côtes.

Enfin le colonel Crawfurd ayant essayé de démontrer,

dans la Cliauibre des Communes, que dans le cas d'une invasion, Tennemi marcherait sur Londres, la Chambre conclut à la nécessité de fortifier la capitale. Il est à remarquer que ce fut dans un pays déjà si protégé contre les invasions par sa position insulaire que fût soulevée pour la première fois Timportanle question de savoir si les capitales doivent être fortifiées. Pitt soutint de sa puissante logique la proposition du colonel Crawfurd. Ainsi ces deux grands esprits, Pitt et Napoléon^ étaient du même avis, celui de fortifier les capi-> taies. Les événements de 1814 démontrèrent combien ils avaient raison ; et cependant nous avons vu en 1840 Tesprit de parti être assez aveugle pour repousser avec opiniâtreté la grande et patriotique mesure de laconstruc* tion des fortifications de Paris.

Pitt avait repris la direction des affaires, et sut bientôt donner à toutes ks mesures de défense une nouvelle impulsion. On le vit lui-même, lui, lliomme de cabinet, endosser l'uniforme et ne rêver que choses de guerre, tandis que le vieux roi Geor^s, abandonnant ses habi-

.(1) Alison, t. V, p. 137.

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tudlss paisibles, passait en revue les camps placés sur les dunes de Douvres et dans les comtés de Kent et de SuBsez.

C'est ainsi que les doux puissantes naiious, ravivant leur TieiUe haine, appelaient & elles toute leur énergie, rassemblaient toutes leurs forces, tous leurs moyens d'action, et, placées en face Tune de Tautre, s'épiant du r^ardycherchaientcommentelles pourraient s'atteindre. Je me trompe, FAngleterre savait bien où porter ses coups ; tandis que nous étions absorbés par ce qui se passait en Europe, l'empire des Indes achevait de tomber en son pouvoir ; et en présence de cet immense accroissement de richesse et de puissance qui, vingt ans avant, eût donné lieu entre elle et nous à une lutte for* midable, où le succès eût été pour le moins contesté, noua restions désarmés et impuissants.

Lorsque, le 28 mai 1803, le colonel Colbert, revenant de Russie, rentrait en France, tout respirait donc déjà la guerre. Peu de temps après son arrivée, il dut se rendre au camp de Saint-Omer avec les escadrons de guerre de son régiment. Il était sous les ordres du général Ney, qu'il avait connu pendant la campagne de Hohenlinden, et avec lequel il avait entretenu depuis de fréquentes relations.

La vie du camp lui parut d'abord d une monotonie fort triste : le iGùt est que descendre des hauteurs de la diplomatie, passer d'une cour brillante et animée, d'une splendide capitale à un cantonnement dans quelque pauvre village, était un contraste assez grand ; aussi ne peut-il

-npécber de s'écrier dans une de ses lettres : <( Quelle existence que celle d*un colonel sans emploi 1 »

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Bientôt ses idées se tournèrent d*un autre côté. Auguste Colbert était encore fort jeune et possédait tous les ayanlages qui font qu'en général les jeunes gens tiennent à leur indépendance ; cependant il songeait à se marier. Il avait sans doute de l'ambition, rêvait la gloire, il eût probablem^t tout sacrifié à sa carrière; mais Texislence d'un homme ne lui paraissait complète que dans le mariage. Il rêvait la famille, et une iamiUe nombreuse. D'où lui venaient ces idées ? Il subissait sans doute, comme beaucoup de ses contemporains, l'iailuence de Rousseau. — Gomme observation de mœurs, il est à remarquer que la plupart des généraux, des officiers les plus connus à cette époque, bien que le plus grand nombre fosseijit fort jeunes, étaient mariés. J*ai déjà eu lieu de faire cette observation à propos de l'entourage du général Bonaparte, qui encourageait les mariages et souvent les arrangea lui-même.

Dans les derniers jours du mois de décembre 1803, Auguste Golbert épousait M^^ de Ganclaux. On se rappelle que le général Canclaux, commandant en chef de Tarmée de TOuest, avait aidé aux premiers pas d'Au* guste dans sa carrière ; dix années s'étaient écoulées ; il le retrouvait colonel, plus d'une fois il avait inspecté son régiment. Les qualités d'Auguste Golbert, cet avenir si rempli d^espérances que chacun devinait en lui, étaient faits pour séduire M. de Canclaux, et ce fut avec bonheur qu'il lui donna sa fille chérie, unique enfant sur laquelle il avait concentré toute lafTection du cœur le plus tendre.

Auguste Golbert n*avait point de riches présents à

oilrir a sa fiancée ; ce fut l'amitié de Murât, qui,

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en youlant bien ge charger du soin de choisir la cor*

beilie^ eu rehaussa le prix. Le générai Mu^al lui servii de témoin.

Peu de temps après, Murât douuait à son ancioii compagnon d'Italie et d^Égypte une preave de rattachement le plus vrai et le plus sérieux. C*était le 20 mars 1804.11 prévint ou ât prévenir Âugufite Golbert, qui se trouvait alors à Paris, de ne pas rentrer chez lui le soir, et de ne point dire où on pourrait le trouver. On vint dans la nuit chercher le colonel Golbert par ordre du gouvemeor de Paris, qui n'était autre que Murât ; il était absent, on ne put dire où il était. Le lendemain, on apprenait qu une commission militaire avait prononcé contre le duc d'Enghien une condamnation qui avait reçu son exécution le matin même. G^était pour siéger dans cette commission qu ou était venu chercher Auguste Colbert (1).

Le surlendemain, il partait pour rejoindre son régiment à Montreuil. Déjà la séparation commençait pour

(1) Artaud de Mentor^ aneten chargé d'albires da Franm à Room et à Vienne. laoonte que, ae trouranl lejonr de Texéciition dana le jastti dea Tuitoffiea, il leneontra Sieaaon, chef du bureau dea finida an miniatère, ancien conventionnel, celui-là môme qui manifeata en fmur de Louia XVI un vote détaillé, ai noble et al dangeienx à une telle éf>oque. Bresson rappela vivement et lui dit : < Vous savez ? > Artaud lui répondit : Je sais la mort aana détails par M. de Chateaubriand, qai donne sa démission. Et vous, que faites vous ici? — Je suis hors de moi. Jo connais un colonel, Colbert, qui a été nommé juge ; je viens de chez lui... il n'est pas rentré à son domirile depuis hier : ainsi il n'a pas siégé... Je pense nu crime dans lequel n'a pas trempé mon jeune homme, et je me promène pour ne pas tomber en défaillauce. »

(J'extrais cette note de VRùioire générale dei traités de paix, de

M. deGarden, t. VII!, p. 2i3.)

Lu autre témoignage vient confirmer ce que j'ai raconté :

Le colonel du 39* de ligne, Darricau, depuis général de division, se

promenant le fO mara au Palaia-Royal. rencontra le cotonel Colbert.

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le jeune ménage ; les deux époux ne devaient ôlre réunis que quelques mois en dnq années... Que la Providence a bien fait de nous dérober l'avenir I La vie s'arrêterait, elle deviendrait impossible.

J*ai sous les yeux les nombreuses lettres que mon père écrivit alors ; elles respirent la tendresse la plus pure; il voit toujours dans sa jeune épouse celle qui doit être la mère de celle famille qu'il a rêvée : s'il l'aime, il la respecte avant tout, il épie pour ainsi dire le dévelop* pement de cette jeune âme qui s*ouyre à une nouvelle vie, il encourage sa timidité : a Fie-toi, lui dit-il, aux iiistiiicts de ton bon cœur et à ton esprit natureUement droit, w Si parfois son langage s'éloigne de ce qu'il a liabituellement de sérieux et de grave, c'est pour lui dire avec une grâce charmante : Je te désire auUuit que je t'aime, et je t'aime plus que je ne saurais le diie. » Ces lettres sont remplies de rêves d^avenir, de projets, d'espérances ; il semble en les lisant qu on sente encore battre le cœur qui les a dictées...

Et de tous CCS rêves et de toutes ces espérances, que leste-t-il ? ces feuilles jaunies et fiBuiées, auxquelles je ne saurais toucher sans une émotion profonde i

C étaient de vieux camarades d'Egypte , ils étaient fort li»^s. Colbert, l'abordant brusquement, lui dit : a Qu'est-ce que tu fais ici? Tu ne sais donc rien? dépôchc-toi de quitter Paris. — Pourquoi? — Tu le sauras plus tard... On va prendre les colonels présents à Paris pour former QM oommission militaire. Va-Uen. > Le cohmel Danioau profita de l'avis et partit pour la campagne, échappant ainsi à la terrible mission dont H MiltflMnacé.

h tiens ces détails de M. Derricau, son fils, conseiller d'État

CHAPITRK XIX

Pourquoi TEmpire. — Comniuiiication du sénat au premier eonsul. — Opposition de Carnet. — Conspirations royalistes. Geofges Cadoudal. — Afiaire de Drake. — Suicide de Pichegra. » Condamnation de Moreau. — L'ambition des grands lioniines. - Proclamation de l'Empire. — Adresse du sénat à l'Empereur. — Création de grands dignitaires et de maréchaux. — La nouvelle cour. — M. de Caulaincourt, grand écuyer. — M'"** Aug. de Colbert est nommée dame du palais. — Lettre du colonel Colbert à sa mère, au sujet de cette nomination. — \ oyaj;e de l'Empereur et de rimjxiratrice aux bords du llhin. — Sacre de Napoléon par le pape Pie VII, à Notre-Dame. — Napoléon essaie vainement d'amener l'Angleterre à la paix. — Nouveaux préparatifs d'hostilité. — Napoléon couronné roi d'Italie à Milan. — Ses efforts pour constituer la nationalité italienne. li fetOHfne à Boulogne.

Je reviens aux grands événements qui se passaient alors, et dont je veux continuer à suivre au moins la

trace.

Bientôt l'Empire allait se faire : était-ce la conséquence de la situation, ou bien Tunde ces faits ylolents

qui s'imposent parfois, mais disparaissent bientôt, parce qu'ils n*ont pas leur raison d*ètre ? Les uns, ce n'était qu'un parti, auraient voulu voir en Bonaparte un second Washington ; ils n'oubliaient qu'une chose, c'est qu'on n'était pas en Amérique ; les autres, et e^élail

cuâpithe: XIX lai

encore an parti, eussent voulu quMl jouât le rôle de Monk : le rôle était petit pour sa taille, et ne répondait pas mieux à la situation ; c'eût été marcher en arrière. Mais, à côté de ces partis divergeuLs (ropiuiou, cl toujours prêts à se heurter l'un contre Tautre, il y avait la masse de la nation qui cherchait, qui voulait des garanties sérieuses aux conquêtes iaiteb par la Révolu liou, aux nouveaux intérêts qu'elle avait créés. A. une France nouvelle il fallait des institutions nouvelles. Le présent semblait sans doute être bien tossuré par le génie de Bonaparte et par la puissance qui résidait m lui, mais la nation voulait aussi assurer Taveuir, et Bonaparte, comme la nation, pensant que des institutions monarchiques dans un pays de mœurs, d*habitude8 monarchiques, étaient les seules offrant des chances de stabilité et pouvant assurer l'avenir, on recourut au

liioycu ([ui s'est montré jusqu'à présent le plus efficace contre les commotions périodiques, Thérédité du pouvoir.

Ces considérations sont exposées avec i'orce et netteté dans une communication faite le 4 mai par le sénat au premier consul :

a Les 1^'rançais ont conquis la liberté; ils veulent conserver leurs conquêtes ; ils veulent le repos après la victoire. Ce repos, ils le devront au gouvernement héréditaire d'un seul, qui, élevé au-dessus de tous, investi d*une grande puissance, environné d*éclat, de gloire, de majesté, défende la liberté j^uhlique^ maintienne V égalité et baiuê ses faisesam devant VexpreetUm de la volonté souveraine du peuple qui Uaura proclamé, C est ce gou^ vernemnt que voulait se donner la nation /rançaise dans

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ces beaux jours de 89, dont le souvenir sera cher à jamais amanis de la patrie^. Le sénat pense, citoyen Premier Consul, qu'il est du plus grand intérêt du peuple français de conûer le gouvernement de la république à Napoléon Bonaparte, empmwr héréditaire. »

On a souvent parlé de la bassesse, de la lâcheté, de la servilité (aucune qualification de cette sorte n a été épargnée) avec lesquelles les grands corps de TÉtat, sénat, tribunat^ corps législatif, autorités de toute espèce (et qu'on y prenne garde, l'accusation est sérieuse, car la nation était avec eux), se courbèrent à l'envi sous le despotisme de Napoléon. J'avoue qu*en lisant le passage que je viens de citer, je n'y trouve ni bassesse ni lâcheté ; plus j'y réiléchis, et plus j'y trouve une appréciation exacte de la situation, des besoins du pays, en uu mot la solution la plus rationnelle des difiicultés du moment, celle qui offrait le plus de chance pour sauver la Révolutiuu, sauvegarder tout ce qu'elle avait de bon et préparer pour Tavenir la stabilité et le repos. Sans doute, il a pu se trouver à cette époque, comme dans tous les temps, des âmes corrompues et avilies, qui ne voyaient dans le nouvdL ordre de choses qu'une curée offerte à leurs appétits de fortune et d'honneur, ou tout simplement, ainsi que cela se produit après les révolutions, des esprits fatigués qui n*aspiraient plus qu'au repos ; mais lorsque je relis (1) les opinions ou les discours prononcés alors par Siméon, Portails, Fontanes et d'autres encore, j'y trouve une élévation de pensée, une indé-

(1) Et j'é^ncnt^e lo lecteur h en faire autant, h remonter aux sources our juger. ^\ oir la CrazeUe mliouale ou Moniteur, à partir de mai 804.)

CilAPl i Ul:: XiX 40.)

pendance d'esprit, qui pourront élonoer plas d'un lec* teur ; leurs arguiiKnils sont fondés sur l'expérience et la connaissance de rhumanité, et il me parait difficile de leur opposer le discours, fort calme et digne d'ailleurs, de Carnot» le seul opposant qui prit la pa* lole.

Les tentatives d'assassinat dirigées contre le premier eansul, les complots, les menées de TAugleterre, contribuèrent à hâter le dénoûment; la nation voulait sortir d'uu état incertain, provisoire, qui ne faisait qu'entretenir les espérances des partis, et arrlTer à un gouyernement stable qui garantit sa sécurité. Mais, plus ou approchait du but, et plus ces partis redoublaient de violence. CSe fut alors qu*eut lieu la conspiration de Georges Gadoudal, qui voulait, ce sont ses expressions, aitofuer B(maparie earpg à corps ^ à armef égales, pour

le tuer. Kn \v luaût, il pensait ramener les Bourbons : étrange illusion des partis, toujours aveuglés par les passions I Et quand il Taurait tué, pouvait-on croire que la grande majorité qui avait fait la Révolution, effaçant un passé de dix ans, se fût tout d'un coup réconciliée avec les Bourbons et l'émigration, et eût appelé Louis XYIII à monter sur le trône...? Mais, comme je le disais, la passion ne raisonne pas. Lorsque les partis sont à bout de ressources, ils conspirent et assassinent, pensant, en tuant Phomme ou les hommes, tuer les choses ; et ils se trompent, on ne tue pas les choses.

Qu'une telle aberration, capable de conduire jusqu'au crime, puisse entraîner des hommes qui, ayant longtemps lutté les uns contre les autres, croient combattre encore, alors qu'ils ne font plus qu'assassiner, il y a là

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peut-être, sinon une justiâcatian, du moins une espèce d*explication ; mais qu*une nation qui a des prétentions à une moralité sévère s'associe à de pareilles tentalivcs, voilà ce qui est inexplicable ; et cependant c'est le spectacle que donna alors l'Anglelerre. Je sais bien que les Anglais se défendent d'avoir été jusqu'à prêter les mains aux projets d'assassinat, et croient s'en disculper; toujours est^il qu'on vit alors des ministres anglais près des cours d'Allemagne, Drake entre ftutres, accrédité près TélecLeur de Bavière, se faire le moteur, le centre d'un plan complet de contre-révolution; il indiquait à ses agents les moyens de désorganiser l'armée ; il fallait gagner les gardiens des arsenaux, des magasins à poudre, afin depouvoiraubesoinlesincendieroules faire sauter, etc. Malheureusement pour lui, la police française le ût tmnber dans ses pièges, et chaque jour sa correspondance arrivait à Paris. Lorsque le premier consul la jugea assez eomplète, assez compromettante pour accabler son auteur sous la honte et le ridicule, il fit paraître au Moniteur deux rapports appuyés de noml^reuses pièces tirées de cbtte correspondance (1), et livra au public et au jugement de toutes les cours de TEurope les détails de cette machination.

Les faits étaient trop avérés pour qu'ils pussent être niés; le gouvernement britannique non seulement les avoua, mais, par Forgane de lord Hawkesbury, 8*efforçant d'ériger en principe la conduite de ses agents, proclama hautement, à la face de l'Europe, cette doctrine,

(I) Rapports da grand-juge Régnier. (â^/Z^na^lMyltf des S5 mars etlSavrUlSOI,)

CUÂPltRË XiX 165

« que tout gouvernement sage se doit à lui-même et au monde en général de tirer parti de tout mécontement qui existe dans les pays avec lesquels il peut se tronver en guerre, et, par conséquent, de prêter aide et assistance aux projets des mécontents. » Doctrine dictée par les passions du moment, doctrine essentiellement corruptrice et subversive de tout droit des gens, qui aurait pour résultat de transformer des agents diplomatiques, jusqu'ici respectés par tous les peuples, parce qu'ils sont considérés comme ministres de paix et de conciliation, de justice et de sagesse, en instigateui*s de complots, en agents de trouble, en vils espions (1) proûtaut de leur caractère d^inyiolabilité pour fomenter des séditions, provoquer et payer des assassinats...

8i ces détails paraissent un peu longs dans un récit aussi rapide, je ferai observer qu'il y a dans une peinture des traits caractéristir|ues : TafEaire du ministre Drake et k note de lord Hawkesbuiy sont des traits de ce genre ; ils font connaître où en était alors la moralité du gouvernement anglais et qu'elle était l'exaspération des esprits, exaspération faneste, qui des deux côtés poussa aux représailles, aux vengeances, et finit par pousser au crime. Et qui oserait affirmer que si Bonaparte ne se fût vu chaque jour entouré de trames, de complots, s'il n'eût vu cliaque jour sa vie menacée, son œuvre compromise par le poignard des assassins, sHl n'eût été poussé à bout par les injures du cabinet an-: glais et la rage des partis, il eût violemment été saisir

(i) Telles sont les expressions dont se sert M. de Talleyrand dans sa réponse à k»d UawJMsbufy.

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le duc d'Enghien en Allemagne pour le jeter dans une ïos&e à Yiuceuneà'/ Âh ! maudissons le crime parioul où il se présente, mais maudissons surtout les instigateurs du crime, ceux qui le préparent par la calouiuie, par le fiel qu'ils répandent, ces lâches qui souvent aiguisent des poignards dont ils arment d'autres mains. Au reste, qu'aucun parti ne vienne s'attribuer un privilège dMnnoeence ou de vertu; Tinexorable histoire n'oublie rien; que tous s'examineul, ils devicudront peut-être plus humbles et montreront alors

plus de tolérance.

Dans ces jours d'orage qui vinrent assombrir la fin de ce beau gouvernement consulaire et précédèrent Tavénement de l'Empire, dans cette dernière lutte des partis, deux hommes éminents succombèrent : Tun, Pichegru, termina en conspirateur vulgaire une vie (|ui avait été un moment glorieuse ; Tautre, Moreau, compromit par sa faiblesse une renommée jusque-là des plus pures et des plus éclatantes.

Pichegru s^était acquis une grande réputation par la conquête de la IlollaudcXl 794-1 795)» Dégoûté de la Ré* publique, dès Tan 111 il s'était rapproché des Bourbons et avait rêvé le rôle de Monk. Commandant en chef de l^armée du Rhin, il s'était mis en rapport avec les généraux ennemis, auxquels il avait dénoncé les mouvements de son armée, trahissant ainsi ses propres soldats, des hommes dont le sang lui était confié, et manquant à la fois, comme chef et comme homme, à toutes les lois du devoir et de ThonneUr* Déporté le 18 fructidor à Cayenne, il était revenu eu Angleterre, et là s^était associe aux projets do Georges Cadoudal, ([ui avaient pour

but de tuer ou d*6Dlever le premier CKmsul et de ramener m Frauce les Bourbons* Les conjurés avaient compris que, dans le cas où

leur allenlat contre Boaaparle réussirait, il leur iaudrait, pour dominer une semblable situation, un homme ayaQt un nom populaire et capable d'eulraîiier l'armée; leurs yeux se tournèrent vers le général Moreau; son renom, sa popularité étaient immenses. Eavieux du rôle que jouait Bonaparte, et de cette envie que cause Timpuissance, Moreau boudait à Téeart, en» courageaat de ses propos et de ses moqueries tous les mécontents qui se groupaient autour de lui. Les conjurés avaient fait des tentatives auprès de Moreau : s'il u'accepla pas leui^s propositions, il ne les repoussa pas d'une manière formelle et ne rompit pas avee eux.

Cependant la police avait saisi tous les iils de la con^ration* Georges et onze des siens périrent sur lecliafaud. Pichegru avait été arrêté j il s'étrangla dans sa prison. Le premier consul se décida lentement à faire mettre Moreau en jugement* Ce fat un douloureux spectacle. Deux de ses plus illustres compagnons d'ar* mes, Lecourbe et Macdonald, ne le quittèrent pas pendant les débats, coninie s'ils eussent voulu lui faire un rempart de la pureté de toute leur vie. La défense de Moreau fut dij^ne; après d'émouvants débats, le tribunal le condamna à deux années de détention. Triste dénoûment sans doute pour un homme dont les grands services et la gloire étaient encore préseuts à tous les «prits; mais, derrière le jugement du tribunal, il y eu avait un bien autrement grave, celui que tous les esprits sérieux et réilécbis portèrent sur Thomme lui-

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môme. Moreau avait donné sa mesure en politique ; il avait montré quelle était son indécision en n'ayant jamais su aeeepter ni repousser franchement le gouvernement de Bonaparte; il n'avait laissé voir que petites passions, incertitudes, teq^vexsadbns; sa conduite enfin, en laissant approcher de lui des conspirateurs dont il ne partageait ni les opinions poUtiques ni les vues, dénotait la fSûblesse de son caractère. Décidément Moreau ne pouvait être une entrave pour Bonaparte. 11 partit peu de jours après son jugement pour les États- Unis d'Amérique, la détention ayant été changée en exil.

Pour en finir avec ce qui est relatif à Pavénement de TEmpire, un mot encore. En montant sur le trône. Napoléon foi un usurpateur aux yeux des royalistes et de tous les partisans du droU divin ; pour les républicains, les constitutionnels de diverses nuances, il fut un traître à la hberté, ou du moins fit preuve d'un esprit étroit et rétrograde qui ne comprenait pas le progrès des choses, en parant son front d*une couronne, ornement suranné, désormais ridicule aux yeux des gens qui savent lire dans Tavenir de l'humanité. Uû grand nombre enfin, sans acception de parti, et même parmi ceux qui applaudissent à son œuvre, lui reprochent ce qu'ils appellent son ambition. C'est, au reste, Taccusation que certains rhéteurs de tous les temps ont portée contre les hommes qui, sortant des voies communes, dominant leur époque par leur génie, ont accompli des choses extracMidinaires : Alexandre, César, changent la face du monde; ils ne voient à chacun de leurs actes d^autre mobil^ que la re->

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