CHAPITRE XIX
rAUemagne I Ses princes aecouraîenl de toutes parts, courbaul le front devant le nouveau Cliarlemagne ; ceux qui ne pouvaient venir envoyaient des ambassadeurs.
Gomme Charlemaguc, Napoléon voulut que le pape lui donnât i'onctiou saintOt mais ce ne fut pas à Rome qu'il alla la ehereher: Pie VII vint en France, et dans ce pa^s, où ({uelques années avant, lesautels avaient été renversés, les églises transformées en temples de la Raison, oh les prêtres fidèles étaient proscrits, où le cahoiiciâme osait à peine se montrer, le pontil'e retrouva les autels relevés, la foule respectueuse accourant à sa rencontre et remplissant les églises ; et riiomme par qui ces choses s'étaient accomplies, l'homme dont la grandeur fixait les yeux du monde, s'inclinant devant lui, lui demandait de consacrer, au nom de la religion, Tcravre du peuple qui, par des milliers de voix, Tavait appelé à réiiner; il lui demandail, uou pas de placer sur son front une couronne qu'il savait bien y placer lui-même, mais, en la bénissant, de montrer que la voix du peuple csl bien celle de Dieu.
On a parlé de la contrainte que subit alors Pie VU : il me semble au contraire que jamais triomphe plus grand ne dut consoler sa pieuse âme, et que jamais les paroles de FÉvangile : « les portes de V enfer ne prém^ clront ^as contre elle w, ne durent paraître au chef de r£glise plus éclatantes de vérité.
Le couronnement eut lieu le 2 décembre» dansFéglise de Notre-Dame. Je ne parlerai pas de cette cérémonie, de l'éclat dont ^e fut entourée ; elle frappa vivement les couLeinpuraius. Uucl est celui de uuus qui n'en a pas entendu raconter les splendeurs» qui n'a entendu
dire avec quel vif scntiinent de son époque et par quel geste plein de calme et de dignité Napoléon, prenant la ooaronne, la plaça lui-même sur sa tète et couronna ensuite Timpératrice?
En se fusant sacrer par le pape, non seulement Na-> poléon pouvait ramener à lui les catholiques, mais encore il espérait pouvoir ainsi réconcilier les partisans du droit divin arec r<Nrigîne de son pouvoir. Il n'en fut rien. Les rois de droit divin ne virent toujours en lui que rhomme de la souveraineté nationale, le représentant d'un principe qui les ébranlait sur leurs trônes* D'ailleurs le génie, rimagination de cet homme, ce qu'il avait déjà fait, ce qu'il pouvait faire encore, les effrayait.
Un des premiers actes de Napoléon, après son sacre,
fut d'écrire au roi d'Angleterre pour essayer d'amener son gouvernement à des idées de conciliation et de paix. Le cabinet anglais fit savoir au ministre des Affaires étrangères, M. de ïaUeyrand, qu'il ne pouvait répondre avant de s'être entradu avec les autres puissances. Nous verrons bientôt quelle réponse préparait Pitt.
Si Napoléon se montrait disposé à faire la paix, il n'en poursuivait pas moins ses projets de descente en Angleterre, et chaque jour il en perfectionnait ou complétait les moyens. Et qu'on ne croie pas que, nouveau Xeizès, ce fût une vaine menace qu'il jetAt aux flots : à force de génie, de combinaisons iugénieuses, habiles, il en était arrivé à rendre possible, probable même, la réussite d'une leutative qu'au premier abord on eût pu juger impraticable.