‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 52 sur 139 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Ce fut à cette époque que Napoléon donna à son armée la vigoareuse organisation qui depuis a prévalu, La division était trop faible ; Napoléon forma des corps composés de trois divisions, commandés par des maréchaux, et assez forts pour supporter à eux seuls le choc d'une armée, et pour donner à un autre corps le temps d'arriver. Cette concentration avait en outre l'avantage de simplifier les ordres de mouvement. Enfin il forma des masses de cavalerie en réserves puissantes, ne donnant à chaque corps d*année qu'une brigade de cavalerie

légère (1).

On était au mois d'avril 1805 ; c'était vers cette époque que, d'après la combinaison de Napoléon dont j'ai parlé, des vaisseaux français sortant de divers portS| prenant des routes différentes, devaient se réunir dans la merdes Antilles, pour revenir de là tous ensemble en Europe rallier à eux de nouvelles forces et se porter dans la Manche. Napoléon choisit ce moment pour aller en Italie ; c'était dérouter Tattention des Anglais, leur donner le change; de grands intérêts Ty appelaient d'ailleurs.

Entraînée par le changement qui s'était opéré en France, l'Italie avait abandonné la forme r^ublicaine pour se constituer aussi en monarchie héréditaire ; elle avait appelé Napoléon à ce nouveau trône, et il allait à Milan pour placer sur sa tète une seconde couronne. Il s'achemina lentement, s'arrètant à Lyon, à Turin, à Alexandrie ; partout sa présence était féconde : il n'est peut-être pas une ville oîi le souvenir de son passage ne

soit marqué par des créations utiles ou des amélionn

tions importantes. Bientôt les voûtes de la cathédrale de Milan retentirent de ce cri : Viva il lie de Italia l Napoléon était entouré de la plupart des ambassadeurs de TEurope; ils avaient reçu de leurs souverains Tordre de raccompagner. Les splendeurs de cette cérémonie furent grandes sans doute, mais sous celte pompe extérieure il y avait quelque chose de bien autrement sérieux : ce cri de Viw U fûi éFItalU t était le signai de la naissance de la nationalité italienne; car, jusque-là, s*il y avait communauté de langage, de génie, de mœurs, entre les habiUiuls de la Péninsule, ritalie, brisée, fractionnée en petits États» souvent conquise, passant d*une main à une autre, gouvernée par des princes étrangers^ n'avait ni unité, ni, à bien dire, de nationalité.

Napoléon ne venait donc pas seulement élever un trône, constituer une monarchie, il voulait constituer un peuple, et pour accomplir une œuvre aussi sérieuse, mieux que personne il savait qu'il ne suCiit pas de quelques décrets ou d'une organisation sur le papier, quelque profondément élaborée qu'elle puisse être; aussi ce fui aux mœurs qu'il s'adressa ; il fiEdlait relever celles des Italiens, leur donner plus de virilité, rendre à lalamiiie et au naariage leur dignité ; restait ensuite à fidre l'éducation politique et administrative du pays.

Une des premières conditions de l'existence d'une nation est le courage et la pratique des vertus militaires,

saus lest[uelle8 elle ne saurait se défendre ui conserver son indépendance. Aussi Napoléon disait-il, en s'adres* sant aux Italiens : « La force des armes est le prinei-

pal soutien des Étals; il est teni])S que cette jeunesse qui languit dans Toisiveté des villes cesse de craindre les fatigues et les dangers de la guerre, et qu'elle se mette en état de faire respecter la patrie, si elle veut que la patrie soit respeetable » (1). Les Italiens reparurent sur les champs de bataille, où ils ne s'étaient pas montrés depuis plusieurs siècles, et plus d'une division italienne fut, dans les guerres de l'Empire, la digne émule des troupes françaises. Enfin, il appela un grand nombre dltaliens dans les différentes administrations, dans son Conseil d'État, au Sénat, et partout Tintelligence italienne ne tarda pas à se placer aux premiers rangs. Les hommes étant oecupés, les mœurs y gagnèrent. De cette époque date la disparition à peu près complète du sigisbéisme et des eavalieri semMti,

Le royaume d'Italie disparut en 1814; l'œuvre de Napoléon a été emportée avec lui, mais les sentiments qu'il avait éveillés, les idées que contribuèrent à répandre dans leur pays celte foule dlioinmes mêlés à la guerre, à la politique, furent autant de semences fécondes qui plus tard se sont flBdt jour* Au moment où j*écris, 1 Italie possède enfin cette unité, cette nationalité que Pétrarque, Boeeaee, Machiavel et les plus illustres de ses enfants appelaient de leurs vœux depuis des siècles. Les amis de Thumanitéi tous ceux qui la respectent, peuvent se féliciter de yoir la patrie de Dante, de Raphaël, cette Italie qui a tant fait pour la civilisation et pour rhonneur de l'esprit humain, libre enfin et

(i) Discours de l'Empereur au Corps législatif d'Italie* {Corretpon* dance de îia^konl^, t» X, n* SS48«)

m TKÂDITIONS ET SOUVENIHS

maîtresse de ses destinées. La postérité dira que c^est du géuérai Bonaparte, de Napoléon, fondateur du royaume d'Italie, que date cette régénération. Puisset-elle être féconde !

Diaprés les statuts du royaume d'Italie, la eouronne devait passer à un fils ou fils adoptif de Napoléon, lorsque les troupes étraugèreâ auraient évacué les Deux-Sieiles, Malte et les Iles loniennea. Avant de quitter Milan, Napoléon créa uiievice-rojauté pour le temps où les deux couronnes de France et dltalie seraient réunies sur sa tèle ; il la confia en ces termes à Eugène, le fils de Joséphine : « Je laisserai dépositaire de mon autorité ce jeune prince que j*ai élevé dès son enfiuice, et qui sera animé de mon esprit. J'ai d âiileuis pris des mesures pour diriger les affaires importantes de TËtat. »

Après un séjour à Milan qui se prolongea jusqu'au

10 juin, Napoléon visita Bologne, Maiitoue, Vérone, Brescia^ puis il alla prendre possession de Gènes. La république ligurienne avait cessé d^exister. Enfin, pensant que le momenl approchait où Villeneuve avec la flotte allait revenir des Antilies, Napoléon partit subitemcQL pour Turin au milieu d'une revue. Peu de temps après, il était à Boulogne, où Tarmée n'attendait plus que le signal: 120,000 fantassins, 12,000 cavaliers, 0,000 dragons à pied, 4,000 artilieurSi 450 pièces de canon, 7,000 chevaux étaient prêts à être embarqués.

qHÂPIÏRË XX

Troisième coalition. — L'einpereur Alexandre et le plan de réorganisation européenne de l'abbé Piatoli. — Pitt. — Convention signée à Londres entre l Angleterre et la Russie. — Plan d'at- Uqse des coaUséi. ^ Concoure de la Suède et de rAutriche. — Neomuté de la Pnitee. — Réunion de Génea k rEmpife. — L*amiral Villeneuve dit éeliotter les projets de Napoléon. — Plan de la oampegne de i8ÛS, dicté par rEmpefenr è Dam. Les Autrichiens entahissent la Bavière. — Vaste mouvement stratégique de Napoléon. — La grande 'armée. — Passage du Rhin. — Proclamation de r Empereur à l'armée. — Marche des différents corps sur le Danube. — Position de l'armée atitrichienne. — Le ()« corps ; les généraux Dupont, Loison, Mallier, Marchand. — Le colonel Colbert commande la cavalerie légère du (i* corps. — Le maréchal Ney.

Tandis que Napoléon, le bras levé sur T Angleterre, attendait avec anxiété des nouvelles de Villeneuve et de ses iloUes, il euleudait la menace gronder du cùié du continent : une nouvelle coalition européenne venait de se former contre la France ; c*était la troisième depuis 1 791 . La première s'était terminée eu 1797 par la paix de Gampo-Formio, la seconde par le traité de Lunéville et la paix d'Amieuseu 1801.

A bien dire, ces intervalles de paix n'avaient été que des temps d*arr6t, des trêves imposées par nos victoires, La Prusse, la Russie, l'Aulriche muUiêe» ou vaincues,

m TRAmriOKS et SOUVENIItS

rAagleterre ellMnÀme, bien que moms vulnéiablev avaient été contraintes tour à tour d'abandonner la lutte; mais c'était en valu que les hostilités cessaient : les animosités, les haines subsistaient toujours.

Si les rois et les aristocraties maudissaient la Révolution française, les peuples s'effcayaient de 1 accroissement du torritoire et de la puissance de la Frakice : débordant de ses limites naturelles, elle avançait toujours, et Ton se demandait où s'ariètorait cet envahissement de TEurope et des nationalités.

L'Angleterre avait jeté la première son masque pacifique ; les autres puissances hésitaient. Nous avons déjà vu dans quelles dispositions était le jeune souverain de la Russie; le refus dédaigneux du premier consul de donner des explications sur Toccupation de Naples Tavait froissé ; il hésitait encore, lorsqu'eut lieu TexécuUon du duc d'Ënghien; la cour de Russie ^^^ffmfiffta

avec éclat son indignation, et l'Empereur ne tarda pas à rappeler de Paris, son ambassadeur hL d'Uubril.

Quant à rAutriche, bien qa'ella fût œcore sous le coup de ses défaites, occupée à panser ses plaies, et dans une pénmîe financière qui la condamnait à Tinaction^ bien qu^elle protestât sans cesse à la France de ses in^ tentions paciliques, cependant elle ne pouvait se résoudre à renoncer à Tltalie et ne pensait qu'aux moyens de la recouvrer.

La Prusse était le seul des grands États du nord de FEurope qui voulait conserver la neutralité : Napoléon lui offrait le Hanovre ; cette acquisition tentait fort le roi. Les gouvernements qui se posent en conservateurs mt aussi leurs convoitises. L'Autriche, à Campo-For*

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