‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 53 sur 139 · CHAPITRE ZX · texte numérisé non relu

CHAPITRE ZX

miOy ne s'éUit-eUe pas ezxiparée fiau» aucuu scrupule de Venise?

L'empereur Alexandre était tourmenté du désir de jouer un rôle. Qe n'était pas celui de conquérant qu'il rêvait, non : le spectacle des révolutions, des guerres qui bouleversaient l'Europe, l'affligeait, et dans son âme rêveuse, remplie d'idées philanthropiques, il aspirait à jouer le rôle d'arbitre désintéressé, s'éievant au-dessus de toutes les passions et de toutes les querelles, ramenant dans le monde le règne de la justice et de la paix.

Lorsqu'un souverain nourrit certains sentiments, est dans une certaine disposition d'esprit, il ne manque pas de gens pour abonder dans son sens. Un abbé Piatoli avait fait un plan de réorganisation de TEurope, il avait amené' à ses idées le prince Gzartoryski, devenu à cette époque ministre des Affaires étrangères. D'après ce plan,toutesles cours de TEurope reconnaissaient Napo* léon pour empereur des Français : la France conservait pour limites le Rhin et les Alpes, elle abandonnait le Piémont, ritalie était constituée indépendante, rAutriche rendait Venise; la Suisse cl la Hollande étaient neutralisées à tout jamais ; l'Angleterre évacuait Malte, et l'on devait aider la France à reconquérir Saintr-Domingue. Toutes les nations devaient s'entendre sur la rédaction d'un nouveau droit des gens et refaire le code maritime. . Enfin ce plan rmfermait Tidée assez singulière de confier l'Egypte à la France, pour y créer un royaume oriental, (ftid serait donné à un Bourbon, si Napoléon continuait à gouverner les Français, ou à Napoléon si les Bourbons remontaient sur le trône. Toutes les nations de l'Europe devaient 8*unir sous le nom d'alliance de médiaiia»^

m TRADITIONS ET SOUVENIRS

et la puissance qui se refùsefait à Texéeutioii des mesures adoptées devait y être conlramle par loutes les autres.

Sans doule, il y avait là beaucoup de choses justes, éqiûtabied, des vues élevées, qui ne pouvaient provenir que d^ftmes généreuses, mais singulièrement candides. Le bon aLbé de Saint-Pierre, l'auteur du projet de paix iMiverselUf n'aurait pas fisdt nûeux. L'empereur Alexandre avait été séduit par ce plan dont les idées Timpressionnèreut si vivement que, dix années plus tard, on les retrouva en partie dans le fameux pacte de IdL Sai9ite- Alliance el ddius les traités de 1815. M. de Nowosiltzof, un des jeunes Russes associés aux idées de rSmpereur et du prince Gzartoryski, fut chargé d'aller eu Angleterre pour communiquer le projet au ministère.

Pitt n'était pas homme à s'égarer dans des nuages philanthropiques ; il n'était pas plus disposé à abandonner Malte et à rendre aux mers leur liberté, que Napoléon à rendre à l'Italie et à la Hollande leur indépendance. Mais^ dans l'isolement où était encore l'Angleterre, c'était un fait important que cette démarche du puissant souverain de la Russie. La sagacité de Pitt démêla bien vite qu'il ne serait pas difûcile de faire * tourner ce grand projet de médiation en une coalition. . 11 accueillit donc avec toutes sortes d'égards le jeune envoyé russe, écouta du plus grand sérieux l'exposition du plan élaboré à Saint-Pétersbourg, quelquefois lui donnant des éloges, quelquefois faisant des objeaious, laguant certaines parties ob en remettant Texéeution à n autre temps, mais eu somme il approuva le projet

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et écrivit m nom de son souveiaiii que « e^était avee une fsatisfaetioii inexprimable que Sa Majesté Britanmque avait examiué le plan de politique, sage, grand et généreux que FEmpereur de Russie était disposé à adopter daos la situation calamiteuse où était TËu* rope* »

Les négociations se poursuivirent à Londres, puis à Saint-Pétersbourgy et aboutirent, le 11 avril 1805, à un traité de coalition dans lequel tout ce qu'il pouvait y avoir d'équitable, d'élevé, de généreux dans le plan primitif, avait disparu sous quelques phrases vides et hypocrites. Le projet de médiation ainsi remanié devenait, cooime le disait Pitt lui-même, a la barrière la plus forte qui eût encore été opposée à Tambition de la France. » Yoici quel était le préambule du traité :

« Gomme Tétat de souffrance qui pèse sur TËurope exige un prompt remède, Leurs Majestés se sont entendues pour mettre un terme immédiat aux envahissements du gouvernement français, et cela sans en attendre de nouveaux, et ont donc résolu d'emploj^er les moyens les plus efficaces et les plus prompts pour former une ligue générale des États de l'Europe et de les engager tous à s*unir aux parties contractantes. »

Le but qu'on se proposait était : 1® Tévacuation du Hanovre et du nord de rAilemagne ; 2*^ Tindépendance des républiques de Hollande et de Suisse ; le rétablissement du royaume de Sardaigneet de Piémont, avec une augmentation de territoire aussi grande que les circonstances pourraient le permettre ; 4^ la sécurité du royaume de Naples devait être assurée, et l'Italie entière, y compris Tlle d'Ëlbe, devait être évacuée par les

Français. La Ugae enfin devait avoir pour but Tétidlilia*

semenl eu Europe d'un ordre de choses qui pùt garantir d'uue manière efficace la Bécurité et Tindépendance des divers États.

Pour faciliter aux Étals qui accéderaient à la coalition le moyen de mettre sur pied les troupes qui leur sersdent demandées, T Angleterre s'engageait à fournir un subside de 1,250,000 livres sterling (31,050,000 £r.) par cent mille hommes. Il était en outre convenu entre l'Angleterre et la Kussie que les forces de la coalition seraient de cinq cent mille hommes, sur lesquels deux cent cinquante mille seraient fournis par TAutriche (on comptait donc sur cette puissance dès le 11 avril), cent quinze miUe par la Russie, et le reste par la Suède, le Hanovre, Naples. Ou devait entrer en action dès que quatre cent mille hommes seraient réunis.

Un article mérite d*étre signalé : la Russie s'engageait à envoyer sans délai, et cela indépendamment des cent quinze mille hommes, un corps de 8<nxante mille hommes sur les frontières de T Autriche, et un autre de quatre-vingt mille sur les frontières de la Prusse « pour èUe à même de coopérer avec lesdites cours et pour soutenir chacune d'elles dans le cas où la Frauce les soupçonnerait de s'occuper de négociations contrairet> à ses intérêts. » Sous ce prétexte se cachait la défiance où Von était de la Prusse, et les quatre- vingt mille hommes |i*avaient d autre but que de la contenir ou de Tenvahir en cas de besoin.

On le voit, on avait stipulé pour P Autriche sans qu'elle fût partie contractante : le fidt est que peu de temps j^aiU, nqvembfç 18Q4, elje ayait sjgijéqi} traité an^-

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logue «vee la Russie; nul doute que son intention ne

fût de se joindre à la coalitioix, mais elle savait qu'elle serait la première exposée aux eoups de Napoléon ; ses finances étaient dans un élat déplorable; elle hésitait donc, ou tout au moins elle voulait» avant de donner son adhésion complète^ faire ses conditions. Elle de* manda et Unit par obtenir de l'Angleterre des subsides plus considérables (trois millions de livres sterling), s'engageant alors à mettre trois cent vingt mille hommes sous les armes. Le couronnement de Milan et le titre de roi dltalie pris par Napoléon achevèrent de la décider.

11 ne fut pas difficile de Mre adhérer la Suède à la coalition; son roi, Gustave IV, portait à la Révolution

française une haine qui approchait de la démence.

C'était par quatre côtés à la fois que les coalisés devaient attaquer la France : les Russes, par Corfou et Naples, se joignant aux Anglais et aux Napolitains, devaient marcher sur le Pô; à Test, sur le Danube, devaient agir les forces autrichiennes et russes ; enfin, au Nord, les Russes devaient opérer de concert avec les Suédois et les Hanovriens.

On voulait bien dire, dansTarticle VI du traité, qu'on n'imposerait pas de force un gouvernement à la Franoe ; c'était biens le moins que douze années de victoires sur ses ennemis l'eussent mise à Tabri d'une pareille insulte; d'ailleurs les coalisés se rappelaient le triste effe^ produit par le fameux manifeste du duc de Brunswick psk 1792. Aussi toutes les précautions devaient être employées pour ménager le sentiment natilmal, et Pitt, ^fi^ 4q rs^ssvMrer l^s ^cqu^feufs 4^ h\Qifii n^fiougux, émi|.

i9i TRADITIONS ET SOUVENIRS

dès lors ridée de désintéresser les émigrés français par une indemnité (1).

Ainsi toutes les puissances de TËurope, à Texception de l'Espagne, du Portugal et de la Prusse, qui gardait obstinément sa neutralité, ayant toujours l'espoir d*obtenir le Hanovre, étaient de nouveau soulevées et liguées ëoDtre la France. L'habileté de Pitt avait non seulement détourné Torage prêt à fondre sur l'Angleterre, mais armé l'Europe à son profit. L'empereur Alexandre, tout entraîné qu'il était, le sentait bien, et, dans sa faiblesse, tenant encore à conserver le rôle de médiateur, d'arbitre, qu'il avait voulu prendre, il exigeait qu'avant d'en venir à lexécution, des propositions fussent faites à la France, et il s'en chargea. Mais quelles propositions faire? On demandait tout à la France et on ne lui concédait rien : il était évident qu'on ne pouvait se présenter ainsi. Alexandre insista pour que l'Angleterre abandonnât Malte, elle refusa. L'Empereur dit alors . qu'il ne donnerait sa ratification au traité que lorsque cette concession aurait été faite. M. de Nowosiltzof, qui avait présenté le projet primitif à Londres, fut cluuqgé d'aller à Paris. Il avait obtenu des passeports par l'entremise de la Prusse, et se préparait àpar tir, lorsqu'on apprit la réunion de Gènes à la France. A ce nouvel envahissement, il n'y avait plus à répondre que par la guerre.

(1) En 1S!4, 1 li pi0inièr§ RestaitMtk», le maréebal lUodonald propota ««Mi de donor une lAdemdté aas émigrés ; il damendait en oatie une indemnité pour les doneUiies de TEmpIre défoesèdés, m des pensions pour les militaires qui STaient été mutilés dans les guerm de la Révolutioa el de TEmpire. La mesme relative aux émlgiée» nit sure éminemment politique, fut réalisée en îtâSi sous le ministèio de M. de Villèle.

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Cette réunion de Gènes fut, dil-on, une grande faute de la part de Napoléon ; sans doute, c'était un pas de plus dans celle voie d'envahissements qui effrayait FEurope. Mais la coalition n'était-elle pas déjà formée ? Napoléon ne s'abusait pas à cet égard, il ne youlut pas laisser subsister une séparation qui était une anomalie dans la nouvelle organisation de l'Italie, et qui pouvait d*an moment à Tautre ouvrir un port à PAnglelerre et lui donner un nouveau point d'appui dans la Méditerisanée. La réunion de Gènes fut tout au plus la goutte d'eau qui fil déborder le verre.

Tout en persistant dans son projet de descente, Napoléon avait tout préparé pour la guerre continentale, et les armements qu'il faisait sur les côtes de l'Océan lui servaient à détourner l'attention et à dissimuler ceux quMl&isait d*un autre côté. H était donc prêt pour Fun ou l'autre cas : aussi écrivit-il à M. de Taliejraod, alors même qn*il avait encore l'espoir de voir apparaître ses flottes : a Plus je réfléchis à la situation de l'Europe, plus je vois qu'il est urgent de prendre un parti décisif. Je n*ai, en réalité, rien à attendre de l'explication de l'Autriche : elle répondrapar de belles phrases et gagnera du temps, afin que je ne puisse rien ikire cet hiver; son traité de subsides et son acte de coalition seront signés cet hiver, sous le prétexte d'une neutralité armée ; et en avril, je trouverai cent mille Russes en Pologne, nourris par TAngleterre. . . , quinze à vingt mille Anglais à Halte, et quinze mille Russes à Corfou. Je me trouverai alors dans une situation critique. Mon parti est pris.Mon escadie est sortie le 26 thermidor du Ferrol avec trentequatre vaisseaux; elle n'avait pas d'ennemis en vue;

si elle suit ses instructions» se joint à Teseadre de Bnst

et rentre dans la Manche, il est encore temps, je suis le maître de rAngieterre, Si, au contraiie, mes amiraux hésitent, manœuvrent mal et ne r^plissent pas leur but, je n'ai d'autre ressource que d'attendre l'hiver pour passer avec la flottille. L'opération est hasardeuse... Je cours au plus pressé ; je lève mes camps, et au l®*" ven-démiaire je me trouve avec deux cent mille hommes en Allemagne et vingt-cinq mille hommes dans le royaume de Naples. Je marche sur Vienne, et ne pose les armes que je n'aie Naples et VenisOi et augmenté tellement les États de TÉleeteur de Bavière que je n^aie plus rien à craindre de l'Autriche » (1).

Napoléon, d*aprôs tous ses calculs, s'attendait à apprendre à chaque instant que Villeneuve, après avoir débloqué le Ferrol» Rochefort, rallié à lui les forces qui étaient dans ces diCB^rents ports, avait foit son apparition devant Brest, et que, réunissant encore à lui la flotte qui y était renfermée, il allait bientôt pénétrer dans la Manche avec une masse irrésistible de plus de soixante vaisseaux. Ce fut le 26 août, après plusieurs jours de la plus vive anxiété, qu*il apprit par les galettes anglaises que la flotte était encore à Cadix, et que tout espoir était perdu de ce cété.

La déception fut cruelle ; Napoléon s*emporta avec violence contre les hommes qui, par leur incapacité, faisaient échouerune combinaison si profondément mûrie, qui faisaient évanouir tous ses projets. Il était encore 4a^s t'OHte ranimatiou de la colère, ceux qu'il aimait le

(t) Çamp 4e Boulogne, 1:1 fimai4of a(| XII s^oùt i^J.

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plus, lloDg6 entre auireB, osaient à peine soutenir sa

présence, lorsque tout à coup on le vit se calmer, et, faisant asseoir M. Daru, il lui dieta pendant cinq beo* res, avec le plus grand sang-froid et une incroyable lucidité d'esprit, le plan de la campagne de 1805, entrant dans les plus minutieux détails sur la marche des troupes, leur subsistance, indiquant les points où elles devraient se réunir, désignant pour ainsi dire à Tavance celui où elles devaient vaincre.

Voudrait-on cependant conclure de ce récit, d'ailleurs parfaitement exact, que NapoléoUt passant subitement de Temportement à la réflexion la plus froide, aurait, par un e&t de son prodigieux génie, improvisé tout d*un coup le plan de l'immortelle campagne d'Ulm et d'Austerlitz? Il eût peut-être été assez disposé luimême à le laisser croire ; il aimait à frapper les esprits et ne négligeait pas les petits moyens. Mais la vérité est que, reprenant tout à coup son sang-froid, et cela est encore assez étonnant, il ne fit que résumer un plan conçu déjà depuis longtemps. Le mouvement qui se préparait en Europe n*avait certes pas échappé à une perspicacité telle que la sienne ; dés le commencement de juillet, la concentration de forces qui se faisait en Autriche et en Italie ne devait plus lui laisser de doutes à cet égard, et son parti était pris suivant les éventualités (1).

Cependant Tambassadeur d*Autriche, M. de Gobent-

zel, protestait encore dans les premiers jours d'août des

[\) On a d<''jà pu s'en convaincre par le passage que j'ai cité de sa ettre à M. de I alieyrand ; on peut consulter eocore À C6 sujet reosemble 4p c(>rre8^n(i;|nce cje Napoléon»

m TRADITIONS £T SOUVENIRS

inlenlions pacifiques de son souverain, et le 9 l'Autriche adhérait complètement à la convention du 11 avril. Napoléon de son côté, en partant pour Boulogne, le 12 août, avait dit à M. de Cobentzel « qu'il ne voulait que la paix du continent. » Arrivé à Boulogne, il multiplia les manœuvres, les revues; le corps de Soult fut même emharqué, ainsi qu'une partie de celui de Ney, et M. de Cobentzel, alors convaincu, écrivait à sa cour que Napoléon serait en mer daas huit jours.

Immédiatement les Autrichiens envahirent la Bavière ; ils espéraient attirer à eux l'ÉIecleur et son armée, ils se trompaient; Maximiiien-Joseph se déhait du cabinet de Vienne, il préférait l'alliance de Napoléon ; il se retira à Wurlzbourg avec ses troupes. Les Autrichiens poussèrent toujours en avant, et vinrent 8*établir sur le Danube et illler. Leur armée, nominalement placée sous les ordres de l'archiduc Ferdinand, était commandée par Mack, en qui les Autrichiens persistaient à voir un grand général, malgré rineptie qu'il avait montrée à Naples en 17.98 (1).

L*archiduc Jean occupait le Tyrol avec quarante

(!) « En conGant à Mack M priDoipale armée, Temperettr d*Aiitrioli0 obéit à l'opinion générale, qui se trompe rarement, mais qui cependant fut coupable dons cette occasion d'une grande erreur : Mack parvenu par les chanceUeries et par la protection du maréchal de l.ascy, dunt il avait élu adjudant et qui lui avait reconnu un mérite de détails qu'on ne pouvait lui refuser, était un assez bon (juartier-nuiitre, un bon faiseur de projets dans le cabinet, un excellent officier d'état-major ; il était très iûvre de sa peraonne, mais n'avait ni les talents ni l'énergie néceasalrea pour eommander lea arméea ; c'était un aubalteme parfidt et un déteatable dief, et malbeureuaement, dana oa poate émlnent, aon ^létement égalait aa médiocrité. « {JouriuU det campagnes faites

service de la Rimie^ par le comte de Langeroo, p. iBet 19. —

hivea du dépôt de la guene.)

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mille hommes, et s'efforçait d'organiser la population guemère de ce pays. L*arehidae Charles devait enfin,

avec cent mille hommes, passer TAdige et s'avancer en Uaiie.

En outre, diaprés le i^n coneerté par la coalition, une armée russe devait se joindre aux Autrichiens. Cette jonetion était doue pour eux un pmnt capital. Que

devait désirer au contraire Napoléon ? Combattre les armées alliées séparément. Les Autrichiens coururent donc pour ainsi dire au-devant de ses vooux en s'éloignaut ainsi des Russes et en s'avançant daus la vallée du Danube ; ils venaient en quelque sorte s'offrir à ses coups. Pour eux, ils croyaient au contraire prendre Napoléon au dépourvu sur la ligne du Rhin, ou tout au moins ils espéraient que de la position d*nim, comme d'un camp retranché, ainsi que Tavait fait Kray en 1799, ils pourraient arrêter les efforts des Français, Candis que, portant en Italie le gros de leurs forées et les plaçant sous la direction de leur plus habile général, ils pourraient reconquérir ce pays, lobjet principal de leurs regrets et de leurs désirs.

Telles étaient les données sur lesquelles Napoléon combina son plan. Les différents corps de l'armée française occupaient le Hanovre, la Hollande et tout le littoral du Nord, du Texel à Brest, Napoléon conçut la pensée de les porter, par un immense mouvement, du nord au nord-est, sur les derrières de l'armée autrichienne, de la tourner par son extrême droite, de l'envelopper complètement et de la détruire, puis de marclier au-devant des Russes. La conséquence des grands coups portés en Allemagne devait être de dégager Tlta-

m THADiTlONS £T SOUVENIRS

lie, où Napoléon avait d^aiileurs euvoyé Masséua, chargé de coi^aoii avec eiiiquante mille hoQiines Tannée du

prince Charles, forle du double.

Jamais mouvemeat stratégique plus vaste, plus hardi, n'*avaii élé eonçu ; mais, quelque grand qu^il fût, ce n'était pas tout de le concevoir sur la carte : pour lexéeiUer il Mlait le génie eila pnîsBaneede Napcdém ; il fallait aussi l'admirable armée qu'il avait formée et les chefs habileSf éprouvés, bien que jeunes meiose^ qui la commandaient (1 ).

Une fois les ordres doimês, vingt-quatre heures suffirent pour qu»! de Brest au Tezel, toute Tarmée ae mit en marche.

Bernadette, partant du Hanovre avec dixHMpt mille

hommes, traversa les deux Hesses, passa sur le territoire prussien d'Anspach, ce qui causa une vive irritation à la cour de Berlin, et, le 21 septembre, il amTait à ^\'urlzbourg, où il fut accueilli avec joie par l'Électeur de Bavière qui réunit wx arméOi forte de vingt-«înq

( I ) On con&erve aux arohnres de la guerre la note suivante de la meiii de Napoléon :

« Note sur les mouvemenUs de la ^anie armée*

c Sainl-Cloud, 5* jour complémentaire X an XIII (32 septembre ÎW)

6 vead. U 17 14

BBUiADom. . WOnbuiiK . Anspsoh. • « Nviembeig. • Rntisbomie. llABHONT... Id. Id. Id, Id.

Davoot • • • • Manhein • • Meigentheim Anepeob • . • JMetAifC. Nbt. • • • • • Seltz. . . . CrailBheim. • Weissenborg Ingoletadt. LAiiNit. .... Strasbourg. GmOnd. . • . Nœrdiinge . . Neaburg.

SouLT Landau... Aalen DoniuwcBrtb ».

« Celte note trace, vingt-cinq jours à l'avance, rensemble des op^ rations qui ont déterminé la capitulation d'Ulm, le 17 OCiobra (COT*

respandafèce de Napoléon u Xi.)

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jnille hommesy à raimée française. HaraKmty rejoignit également Beruadotte avec viagt mille hommes. Le 24 fieptombre, tou3 les autres corps venant des environs de Boulogne étaient arrivés sur le Rhin : Davout à Manheim, Soult à Spire» Ney un peu au*defisous de Strasbourg; il y avait été précédé par la cavalerie aux ordres de Murât.

Ainsi pvès de cent quatre-vingt mille hommes» divisés en plusieurs corps partant de points différents, avaient marché pendant vingt-quatre ou vingt-cinq . joors sans s^arrèter» étaient arrivés au point désigné à Jour fixe, laissant à peine quelques hommes en arrière, et cette marche s'était accomplie avec un tel secret, que TAllemagne et toute TEurope apprirent presque en même temps le départ de cette immense armée de Boukgne et sm arrivée sur le Rhin, à quelques journées du Danut)e. On avait expliqué le mouvement des corps qui étaient hors de France eu disant qu'ils y rentraient; pour ceux qui étaient à l'intérieur, on £ûsait courir le bruit qu'ils allaient former un camp de trente mille hommes sur le Rhin, motivé par les mouvements de troupes qui se frisaient en Autriche.

Au^^ereau, qui partait des côtes de Bretagne avec quators» mille hommes, n'arriva que plus tard: il devait servir de réserve et couvrir la droite de l'armée, du côlé des Grisons, en occupant l'espace compris entre le Rhin et le haut Danube.

Ce fut à cette époque que chacune des armées que nous venons d'énumérer reçut le nom de corps ^ et chacun de ces corps fut désigné par un numéro. Ainsi Bernadette commandait les l®*" et 2^, Davout le 3^, Boult le 4''

Lannes le 5®, Ney le 6°, Augereau le L'ensemble farinait la grande armée^ nom que Napoléon lui donna, et

qui, pour la postérité, rappelle plutôt le souvenir des glandes choses qu'elle a Mies» que le nombre de ses bataillons.

Chacun de ces corps n'avait que peu d'artillerie, et en cavalerie ce qui lui était indispensable pour s'édairer.

Napoléon aimait à concentrer ces deux ai^mes sous sa main.

Il réunit sôub le commandement de Hurat six mille

dragons et six mille cuirassiers, véritable ouragan quit tant6t devançant Tarmée, aUait porter au loin la terreur, ou qui, poursuivant les longues colonnes d'infanterie à demi-vaineues, achevait de les briser.

La garde impériale, commandée par le général Bessières, comptait sept mille hommes : huit batailloos et quatorze escadrons. Elle marchait avec l'Empereur. Toutes ces troupes formaient 186,000 hommes.

Tandis que la grande armée se dirigeait vers T Allemagne méridionale, Napoléon prenait les mesures nécessaires pour protéger Tempire contre toute attaque qui viendrait par le nord , et mettre à Tabri des tentatives des Anglais l'immense flottille rassemblée sur nos côtes. Il reforma un camp à Boulogne, en réunissant les troisiè-' mes bataillons de dépôt ; un autre camp dut veiller à la sécurité d'Anvers et de Flessingue. A Mayeuce et k Strasbourg, les maréchaux Lefebvre et Eellennaim étaient cliai gés d'organiser les conscrits. Enûu Napolécm rétablit la garde nationale, dont il comptait, en cas de nécessité, mobiliser une partie ; il s'y réserva la nomination des of&ciers.

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Toutes ces mesures prises, TEaipereur quitta Paris pour se rendre à Strasbourg, d*oii il adressa à ses troupes la proclamation suivante :

«c Soldats, la guerre de la troisième coalition est commencée. L'armée autrichienne a passé l'Iim, violé les traités, attaqué et chassé de sa capitale notre allié. Vousmêmes vous ayez dû accourir à marches forcées à la défense de nos frontières. Mais déjà vous avez passé le Rhin. Nous ne nous arrêterons plus que nous n'ayons assuré l'indépendance du Cîorps germanique, secouru nos aillés et confondu Porgueil de nos injustes agresseurs. Nous ne ferons plus de paix sans garantie. Notre générosité ne trompera plus notre politique.

oc Soldats, votre empereur est au milieu de vous ; vous n'êtes que Tavant-garde du grand peuple. S^il est nécessaire, il se lèvera tout entier à ma voix pour confondre et dissoudre cette nouvelle ligue qu'ont tissue la haine et Tor de l'Angleterre.

a Mais, Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des fiitigues et des privations de toute espèce à endurer. Quelques obstacles qu'on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons de repos que nous n'ayons planté nos aigles sur le territoire de nos ennemis. »

Sans doute cette éloquente proclamation était bien

faite pour exalter rimagiualion des Français et les entraîner ; mais elle me semble surtout digne d'attention, en ce qu'elle indique l'avènement de tout un ordre d'idées qui bientôt va s'emparer de Tavenir : je veux parler de l'initiation directe, intime des nations, et par conséquent des armées, qui en sont une partie, à la po-

THADITIONb lil SOUVENIRS

littque, auxaetes de leurs goatenmiieiito. G*e8ir«Mi

'iia^oléonnienne qui se manifeste : le gouveruanl est en contact immédiat avec le gouverné ; le souverain e'appule sur les masses et sur ropinton, il n'est plus, pour ainsi dire, que l'instrument habile qui sait dégager la Tolontéy les vœux contenus en germe dans cette opinion, les préciser et les faire passer dans les faits

(i) Un projet d'adresse «ful se trouve dans la CorfUponâmiCê de Napoléon fait ressortir encore plus complàtemeat ce que j'STânee ici :

« SainUCloud, 28 fructidor an XWi (15 septembre 1805).

« Faire une adresse à la nation :

« Français, j'ai passé le Rhin h la tête de mon armée pour rétablir sur son trône un de nus alliés, que Tinjustico et l'am* bition de la maison d'Autriche viennent de chasser de sea Etats. Je marche pour repousser des attaques imminentes, soutenir mes justes droits, et punir un prince qui, deux fois oomUé de la générosité française, n*a contenu sa haine que pour nous attaquer avec plus de perfidie.

« Cent mille Hussos, dit-il, soudoyés par Tor de l'Angleterre* viennent K son aide. Ëh bien ! que cent mille Français viennent de plus se ranger sous mes drapeaux. Vivre sans commerce, sans marine, sans colonies, et soumis à ri^juate volonté de ses eunemisi ce n'e«tpas vivre en Français.

« Si la couronne que j'ai placée sur ma téte m'a été donnée par votre libre volonté ; si vous ave/ alors pris rengagement de la maintenir telle qu'elle fût digne de vous et de moi; si les sentiments d'amour et de eonfitnoe que tous m*aves montrés depuis tant d'années sont sinoères, marches à la voix de votre Empereur; Tenes sa secours de vos enluits» Vous ne me reverret que triomphant ; vous ne me re verres que quand j*sttrai confondu Torgueil de vos ennemis ; que quand ils auront appris que nous sommes encore les mêmes hommes qui enlevèrent si longtemps la victoire à leurs étendards. Moi et mon armée nous forons notre devoir; c'est à vous de foire le vôtre.

« Je laisse peu de troupes dans l'intérieur ; soyez vous-mêmes les gardiens do la tranquillité publique, de l'ordre et des lois. Que les 60,000 conscrits que j'ai appelés marchent avec empressement ; que dans toutes les familles, ils eu reçoivent Tordre de leur père, et qu'Us * obéissent. Je vous promets la victoire et une prompte paix. » Voir

sii k pfoctaBWtfon h rtimée, du 13 octobre 1800» .

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