CHAPITRE XXI
Le 6" corps d'armée à Stultgard. — Lettre du maréchal Ney à l'Empereur. — Arrivée de tous les corps sur le Danube. — L'armée autrichienne enfermée entre le Danube et l'Iller. — Rôle du 0* oorps. — Ney et Lamiet plteé» «mm les ordres de Mur&t. — Combat de Wertingen. Mission d*Edoiitrd Colbort. — Prise du pont de Gunzbonri. Mort dueolonel lAcoée. — Munt veut bire IMsser le corps de Ney sur la rire droite da Danube. — > Dupont à Haslach. — Lettre de Lannes à Murât. — Mdo^ntentenent de Ney. — Première tentative pour s'emparer du pont d*£lcbingen. — Reproches de l'Empereur à Ney. — Bataille d'Elchingen ; glorieuse part qu'y prend le colonel Colbert. — Brillantes charges du 10« de chasseurs et du 3* de hussards. — Importants résultats de In journée d'Elchingen. » Crespo et son colonel. — ires preneurs de • drapeaux.
Le 6® corps, après avoir passé le Rhin, s'était dirigé sur Stattgard. L'Éleeleur de Wuriembeig» retiré à sa résidence de Ludwigsburg, ne voulut pas recevoir le quarlier-générai français. Ney passa outre. A Stuttgai'd, trouvant les portes fermées, il les fit enfoncer à coups de canon. Une portion de Tinfanlerie occupa la ville et ses environs, et le colonel Ck>lbert avec sa cavalerie se porta en avant jusqu'à Esslingen.
Napoléon avait passé le Rhin le 30 septembre. Arrivé à Ludwigsburgy il calma T Électeur, fort ému de ce ui s était passé à Stultgard, et Teut bientôt amené à son
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alliance. Ces princes secondaires de rAllemagne auraient bien voulu conserver la neutralité, mais élaitelle possible entre leurs puissauts voisins ? En général ils avaient à se plaindre de TAutriche et la craignaient, ils se rangèrent du côté où ils crurent avoir le moins à redouter et le plus à gagner. Napoléon ût avec le Wurtemberg, Bade et laHesse, des traités par lesquels ces petits États s'engageaient à lui fournir quelques troupes (dix ou douze mille hommes) ; s'ils ne devaient pas prendre une part active à la guerre, au moins ils n*allaient pas grossir les rangs ennemis, et ils assuraient nos communications.
« La rapidité de notre marche, écrivait Ney à Tempereur^ en a tellement imposé à l'ennemi^ qu'il déseqpèrè de pouvoir &ire sa retraite asses promptement pour atteindre Vienne. Les troupes autrichiennes sont fatiguées et harassées. Elles ont pris la résolution de se retirer sur Vienne pour y attendre les Russes ; mais, si Votre Majesté juge convenable de faire marcher sur-le-champ soit sur Donauwert, sur Ulm ou Biedlingen, passer le Danube avec une partie de l'armée et attaquer l'ennemi partout, j'ose lui assurer que larmée autrichienne sera accablée. » Ainsi le maréchal semble ignorer encore le plan de TEmpereur, et, chose assez curieuse, il en suggère un semblable. Puis il ajoute, dans la même lettre :
« Les troupes de Votre Majesté, que j'ai l'honueur de commander, quoiqu'elles aient presque toujours fait dix lieues par jour depuis lo départ des côtes, sont assez eu haleine pour faire des marches de dix à douze lieues ; le soldat est plein d'ardeur et sUnquiète de n*avoir pas
encore rencoixtré Teimemi* Le 1^*^ et le 3^ de hussards et le 10^ de chasseurs à cheval sont au-dessus de SliUtgard, sur la route de Tubiugen, la gauche sur ËssUngen, le centre en arrière de GrOtzingen, et la droite sur la direction de Boblingen. Ils communiquent par leur gauche avec la 2® division qui occupe Unter- Turkenheim, sur le Necker, et par leur droite, avec les troupes du prince Murât, vers Bonlach et Rastadt... La cavalerie est fatiguée, les trois régiments ne forment que huit à neuf cents hommes ; celle force sera absolument insuffisante lorsque nous serrerons rennemi de près. Je demande donc en grâce à Votre Majesté de disposer en faveur du 6® corps de quelques corps de cavalerie de plus » (1).
Il faut ajouter à tous les éloges que le maréchal fait des troupes dans cette lettre que, dans cette armée si nombreuse, après une route aussi longue, il n'y avait pour ainsi dire ni malades, ni déserteurs, ni traînards.
Le 6*^ corps se portait sur le Danube par Esslingeu, Goppingen et Gundelfingen, La cavalerie du colonel Colbert marchait en avant, précédant habituellement les divisions d'inianterie de 12 à 16 kilomètres* Par ordxe spécial de TEmpereur (2), elle se porta même tout d*une traite de Goppingen à Giengen, poussant des reconnaissances pour éclairer les défilés de Gundelfingen, c'est-à-dire à plus de 25 kilomètres di; corps d'armée,
(1) Stuttgard, 8 Tendémiaire (30 septembre laûS). Arolii?e» dii (dépôt de la guerre. ^ ' ' . ' *
' ^3) LeUr« au princp Munit, k oclobro. .
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Les ordres de FEmpereur sur la manière de s*édairer
étaient en général fort précis : voici ce qu'il prescrivait au maréchal Lannes : « Les recoimaissances de cava« lerie partiront avant le jour ; on fera faire deux lieues par deux régiments, deux autres lieues par ua régi menty une autre lieue par un escadron, une autre lieue par un piquet des mieux moulés » (1).
Le corps du maréchal Lannes marchait à la gauche et à peu de distance de celui du maréchal Ney, puis successivement, et toujours à gauche, et tous se dirigeant sur le Danube, Soult, venant de Spire, passait par Wieslach, Hall, Abgmund et Aalen; Davoui, partant de Manheim, suivait sa route par Ueidelberg, lugelfingen^ Creilsheim, Fremdingen et Nordlingen (2) ; puis venait Marmont, puis entiu Bernadotte formant lextrème gauche.
Du e6té de la Forêt Noire était Murât avec la cavalerie, ayant la mission délicate (3) de ilanquer cette marehe oblique vers le Danube en attirant Fatt^lion
de ce côté.
L*£mpereur marchait de sa personne avec le corps du maréchal Lannes, ayant pour réserve sa garde et la cavalerie du général d'iiautpoul.
Les commandants des divers corps devaient communiquer à chaque couchée pour être à même de se secourir et de s'appuyer mutuellement.
Ainsi s'exécutait avec un ensemble imposant ce grand mouvement qui, du nord de l'Allemagne et des côtes de
(1) Lettre de l'Empereur pu maréchal Lnniies (^septembre ISOîi).
(2) Lettre au maréchal Davout, 27 septembre.
(^) Termes de la lettre tic l'.|im|)e{.eu|' i\ ^l^rat^ 2 qctobre,
m TRADITIONS ET SOUVENIIIS
l^Océan, devait porter cent qoalre-vingt mille hommes
sur les communicalions derarmée autrichienne. Si Ton admire la grandeur du pian, oa n'est pas moins frappé de la prudence minutieuse qui en règle toutes les parties dans Texéculion. Non seulement le génie de Napoléon conçoit et embrasse le plus vaste ensemble, mais aucun des moindres détails ne lui échappe.
Tous les corps de Tarmée française atteignirent le Danube du 6 au 7 octobre. Ney, qui formait Textrème droite de larmée^ s'arrêta sur la rive gauche; les autres, continuant leur mouvement de conversion, franchiient le fleuve.
Cependant Mack, vers le 5, commençant à comprendre le mouvement de l'armée française, avait cm pouvoir couvrir la Ugue du Danube en portant sa droite sous le général Kienmayer à Rain; il faisait en même temps occuper t'urtement Gunzbourg, plaçant son centre < à Burgau, appuyant sa gauche à Ulm. 11 avait d'ailleurs laissé une partie de ses troupes sur la rive gauche du ûeuve ; mais déjà Textrémiié de sa ligue était débordée, et son extrême droite prise à revers. '
Le 7, le maréchal Ney arrivait à peu de distance d'Ulm : sa droite était à Uerbrechtingen, et sa gauche i se prolongeait vers le Danube jusqu'à Hoehstœdt. La cavalerie légère envoya des patrouilles à Dillingen, i Lawingen, et^ de l'autre côté du Danube, sur la nyé 1 di'oite, jusqu'à ^Yertingeu dans la direction de Zus- J marsiiausen. 1
En avançant sa droite si près d*Dlm, tandis que, I reiusant sa gauche, il s étendait aussi loin que possible | en obliquant vers le fleuve, Ney avait pour bat noo 1