‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 59 sur 139 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

le tiers de son monde; mais il restait maître du

champ de bataille, et trois mille prisonniers étaient eatre ses mains. Les géntotux Maiehand et Rouyer commandaient les brigades; Darrieau, comme je Fai déjà dit, commandait le 32®, Meunier le 9° léger, et Barrois le Tous ces noms, qui devaient s'illustrer sur bien d'autres champs de bataille, sont inséparables du souvenir du combat d'Uaslach, un des plus remar* quables qu*ait livrés l'infanterie, tant par la disproportion des forces que par l'audace et Thabileté qu'y déployèrent ehefe et soldats.

Dupont profila de la nuit pour se retirer, et prit position sur la Brenz, quelques lieues eu arrière. Sans doute, à force d*énergie, il avait refoulé Tannée autricbienne dans Ulm ; mais le secret de notre faiblesse sur la rive gauche du Danube était dévoilé. Evidemment une crise approchait. Lannes, qui était àWeîssenhorn, apprenant ce qui s'était passé à Haslach, et ne pouvant taire son inquiétude, écrivit le 12 octobre à Murât. Cette lettre est curieuse à plus d'un égard :

... ce Tout parait confirmer, Motueigneur^ que l'ennemi a le projet de se retirer par la Franconie, et il n'est plus douteux pour moi qu'il ne commence son mouvement cette nuit. Vous jugerez sans doute convenable, Monseigneur, d'aller au secours de la division Dupont et de porter une grande partie de vos forces sur la rive droite du Danube; en mon particulier, je pense que ce mouvement est on ne peut plus urgent, et je vous prie même en grâce de Tordonner.

« Si Votre Altesse est aussi fixée que moi sur les desseins de l'ennemi, je ne tarderai pas de recevoir des

ordres de sa part : je les attends avec la plus vive impatience. »

Puis E ajoute : « Eu ami, je vous réitère Tassurauce de ma ferme conviction que ce mouvément doit produire les résultats les plus avantageux. Dans tous les cas, nous serons toujours à temps à revenir ici àFappui du maréchal Soult, et d'en finir enûn avec Tarmée qui est devant nous ^ (1).

Murât ne fût pas convaincu, et, le 13 octobre, il écrivait encore à l'empereur : « Quoique le combat livré avant-hier par le général Dupont aU démasqué notre fidblesse sur la rive gauche et nos desseins sur la rive droite, je ne partage pas l'opinion du maréchal Lannes. Les Autrichiens ne pourraient commencer leur mouvement qu'après avoir marché sur le corps à la division Dupont, qui certainement se battrait et lui disputerait vivement le passage, et je ne suis pas encore informé qu'on se soit hattu iiier de ce côté. »

Jusqu^au 12 octobre dans la journée, Napoléon pensait que, s'il y avait une bataille, elle aurait lieu sur la rive droite, et la preuve qu'il y croyait et la préparait encore, c*est qu'il écrivait à Hurat : «c Mon intention est que, si rennemi continue à rester dans ses positions et se prépare à recevoir la bataille, elle n*ait pas lieu demain, mais après-demain, afin que le maréchal Soult et ses trente mille hommes en soient, qu'il déborde la droite • de Tennemi, l'attaque en la tournant, manœuvre qui nous assure un succès certain et décisU. £n attendant,

(1) Weissenhorn, 20 vend. (12 octobre), à onze heures et demie da soir. (Tiré des Archives du dépiftt de la guerre, «iati que Uiletlie »uiyanfce de Murât à l'empereur.)

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frites jeter un pont sur le Danube, le plus près possible

de votre ligne, vis-à-vis d'Aibeck, de manière que le eorps qui est à Albeck u trouve en eommMmieaHo» et Ué avec le reste de Varmée^ et que, si Tennemi agissait trop vivement au se trouvait obligé de se réfugier sur la rive ^andl^, je puisse, dans le jour mème^ tomber dessus

On voit que, tout en penchant à croire que Faction principaleauraitlieusurlarivedroite, Napoléon attachait une grande importance à ce que les communications fussent maintenues avec la rive gauche, et c'est ce qui n*avait pas été fidt. Le pont d'Blchingen n'était pas môme occupé.

Dans oette journée du 12, Napoléon expédie lettres sur lettres pour presser l'arrivée de Soult et la marche de tous les autres corps qui doivent fermer toute issue à la droite des Autrichiens. Il dit à Soult : « Je vous recommande de faire crever vos chevaux à vos aides de camp et à vos adjoints*. • Assemblez vos généraux et eh^de corps quand vous seresà Memmingen, elei Tennemi n'a rien fait pour échapper au coup de massue qui va l'assommer, &ites4eur connaître que je compte que, dans cette circonstance importante, on n'épargne rien de ce qui peut rendre notre succès complet et absolu ; que cette journée doit être dix fois plus célèbre que celle de Marengo ; que, dans les siècles les plus reculés, la postérité connaîtra en détail ce que chacun aura fait; que, si je n'avais voulu que battre Tennemi, Je n'aurai pas eu besoin de tant de marches et de fatigues, mais que je veux le prendre, et qu'il faut que,

(1) Correspondance de Na§oUou u XI, n. 9871* n i8«

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de cette armée qui la première a rompu la paix et nous

a fait manquer noire plan de guerre maritime, il n'en reste pas un seul homme pour en porter la nouvdle à

Vienne » (1).

On voit que toute sa pensée se porte encore sur les éi^énements qui peuyent se passer sur lHler, sur la rive droite du Danube. Marmont, partant d'Augsbouig, devait prendre position sur les hauteurs d'Illeraiehheim,

Soult touchait à Memmingen, la garde était à Burgau et en avant de Zusmarshausen, lorsque le soir du 12 oc-» lobre, à 10 heures et demie, Napoléon apprend à la fois queTennemi, avec quarante mille hommes, est concentré dans nim, et le rude combat soutenu par Dupont la veille (2). Il vit qu'il n'y avait plus un moment à perdre: de suite il se rendit à Kissendorf, quartier général de Ney, à qui il avait déjà fait écrire dans la matinée du 13 parBerthier:

a L'empereur ordonne que vous vous empariez du pont d'Elchingen; que vous ordonniez au généralDupont de reprendre sa position d'Albeck; que vous perdes votre quartier général à l abbaye d'Elchiogen avec toute votre cavalerie légère; que vous laissiez votre troisième division au pont; que vous occupiez avec votre avantgarde le village de BoUingen, le débouché de Pfûhl, le grand chemin d'Augsbburg et le débouché du pouL de Tballingen, dont il sera à propos de s'emparer le plus

(1) Corre^. de Napoléml**^ t. XI, n« 0374.

(2) Post-scriptam d*oiie leltre à Soult 9379). On trouve ua peu {ilns

loin^dans la Correspondance^un projet de procIainatioDèrarinée,qui porte la dato du 13. Suivant toute probabilité, cette proclâmation avait été écrite avant la résolution prise par Napoléon dans la BOirée dtt i%i elle n'a d'aiUeurs jamais été misa à l'ordre du jour.

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