‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 60 sur 139 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

tôt possible. Da moment que yos tioupea seront placées,

l'empereur viendra les voir.

« Mettez votre artillerie en position d*agir; c^est un grand avttntage que nous avons sur l'ennemi, qui n'a que de petites pièces » (1).

Ters deux libres de raprèe*midi, le général Malher, d après les ordres du maréchal Ney, envoya le générai Mareognet avec un bataillon du 25« léger et quarante chevaux du 1 0° de chasseurs pour reconnaître le pont d'Ëkhingen et pousser jusqu'au village. Arrivé sur les hauteurs à gauche, à la sortie du pont, le général Mareognet, se trouvant en présence de quatre escadrons et de trois bataillons, se retira et lepasea le Danube.

U n était pas dans les haLitades de Ney de mener les ehoees aussi mollement; mais ks ordres, les contreordres qu'il avait reçus, ses disputes avec Murât, l'avaient mis de mauvaise humeur. Le soir même, il recevait la lettre suivante du major général Berthier :

(( Monsieur le maréchal, lempereur vous a ordonné d'occuper le pont et la hauteur d'Elchingen : vous n'avez fait ni l'un ui Tautre. Gomment 1 auriez-vous fait ? vous n'aviez envoyé qu'un bataillon sous les ordres du général Mareognet; l'ennemi en a avancé trois, et, par ces petites escarmouches, on ne fait que relever le moral de Fennemi. D'ailleurs, monsieur le maréchal, vous ne rendez pas assez de compte de la situation des choses.

«L'empereur a toujours pensé qu'une de vos divisions occupait Albeck; cependant il parait que T ennemi

(1) Mathieu Dumas, Précù des événements milUaires, t. XIII, p. Wâ et buiv.

m TRADITIONS ET SOUVENIRS

occupe Langiienau, et voua n'en rendez aacun compte à Fempereur.

c( Sa Majesté, monsieur le maréchal, me charge de TOUS recommander de lui donner plus de détails sur les positions de l'ennemi.

«c Sa Majesté a vu avec peine que vous ayez ordonné Pattaque d'Ulm avec la seule division Dupont, ce qui a fait écraser deux régiments de dragons et rartiiierie, quel qu*ait été le courage des troupes*

« Vous n'avez pas eu d'ordre d'attaquer Ulm, et ce n'était pas avec une seule division que vous deviez fitire cette tentative.

a Les événements déconcertent les plans les mieux combinés: il faut éviter tout ce qui rend le moral à une armée qui n'en a plus.

<c Je ne peux que vous réitérer l'ordre de Tempereur de vous emparer des hauteurs d*Albeck, des hauteurs d'Ëlchingen, et du moment que le maréchal Lanues aura occupé la petite hauteur du village de Pfûhl, ce qui sera avant dix heures du matin, vous vous emparerez du pont de Thalûngen, où vous porterez votre division de réserve » (1 ).

Cette lettre n'était pas faite pour calmer la nature irascible de Ney.

Si j'ai insisté sur ces faits et sur le détail de cette correi^ndance, c^est que» lorsqu'on raconte des choses de guerre, il est bon, je crois, de tout faire connaître. Je regarde comme in&niment dangereux, et faits pour

(1) (Arch. du dépôt de la guerre.) On se demande pourquoi celle tre n'a pas été insérée dans la Correspondance de Napoléon*

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égarer, ces récits qui ne sont qu'une fanfare perpétuelle, Bonnaai toujours la victoire, saus nous dire par quelles incertitudes, par quelles erreurs, par quelles chances on a passé pour arriver au succès. De tels récits portent à croire que rien n*a été plus aisé que le triomphe, tandis que le plus souvent c'est le contraire qui est la vérité ; la lettre deJBerthier, ou plutôt de Napoléon, que je viens de citer, le dit : « Les événements déconcertent* les plans les mieux combinés. »

Ënôn, si j*ai parlé de l'erreur dans laquelle était tombé Murât, de la mauvaise humeur de Ney, à Dieu ne plaise que je veuille toucher à la gloire d'hommes que nul ne respecte mieux que moi; mais il me semble utile de montrer combien la guerre est difficile à conduire alors même que le génie d'un Napoléon a pour exécuter sa pensée les lieutenants les plus habiles, des hommes qu'ajuste titre on nomme des héros. Mais, hélas 1 les héros touchent toujours par quelque côté à l'humanité, et c'est ce que les Grecs exprimaient si bien en nous les montrant fils d*un mortel et d'une déesse. Qu'on se rassure d^ailleurs pour Ney : le héros va reparaître tout entier, et, pour Murât, nous n^aurons pas longtemps à attendre.

Quant à l'armée autrichienne, Mack n'avait ni plan ni combinaison ; il laissait Napoléon disposer de l'échiquier comme il l'entendait, et vivait au jour le jour. Nous l'avons vu envoyer Kienmayer, Auffenbourg^ d'un côté, d'un autre Wemeek versHiedenheimi et Jellachich vers Biberach, éparpillant ainsi son armée, la faisant battre, prendre et détruire en détail^ tandis que lui ne bougeait pas d'Ulm où il semblait attendre avec rési-

gaation le sort qui lui était réservé. Il ne montra riea de cet élan qui avait entraîné le vieux Mêlas à Marengo et qui avait été au moment de lui donner la victoire. Une seule chose racheta uu peu l'honneur autrichien : ce fut la résolution prise par l'arcbiduc F^dinand de s'ouvrir un passage avec vingt mille hommes et de gagner la Francooie par Nordiingen. Dans cette vue, les divisi<ms de Laudon et de Riesch avaient été habilement placées dans la forte position d'Elchingen, de manière à pouvoir surveiller les deuxrives du Danube et masquer le mouvement de retraite de Tarcbiduc.

Le 13 octobre au soir, les différents corps de larmée française étaient ainsi placés : Soult, après avoir fait mettre bas les armes aux Autrichiens qui étaient dans Memmingen, marchait avec vingt-cinq mille hommes sur Âehstetten, pour couper Tennemi de la route de Biberach, barrant ainsi tout l'espace compris entre Isl rive gauche de Tlller et la rive droite du Danube, et se liant par sa droite à Marmont, qui occupait les hauteurs de Pluhl et de Kirchberg, où il remplaçait le maréchal Lannes qui devait soutenir Ney. La garde était à Burgau. Enfin, des trois divisions de Ney, deux étaient sur la rive droite du fleuve, et la 3®, celle de Duiiont, à Albeck, sur la rive gauche. Entre la division Dupont et le Danube étaient venues se placer, comme on Ta vu, les troupes de Laudon et de Riesch, occupant les hauteurs d'Elchingen. Il n y avait plus qu'à briser cet obstacle pour cerner complètement Ulm.

Depuis plusieurs jours le temps était affreux, une pluie glacée ne cessait de tomber ; c'était dans uae boue mêlée de neige, où on enfonçait jusqu'à mi-jambe.

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