CHAPITRE XXI
Un dernier mot sur Elchingen. On se rappelle que deux drapeaux avaient été pris par la brigade de cavalerie légère. Le lendemain delà bataille, Pempereur ayant son quartier générai à Tabbaye d^Elcliingen, mon père lui présenta les preneurs de drapeaux : un s^appelait Pimm, un autre Dopplé : « Qu'est-ce que tu es ? » dit Tempereur à Tun d^eux. — '< Sire, répond celui-ci, bri-
magne ; ce glorieux exil de la mère-patrie lui avait un peu fait perdre Hiabltiide de la langue materneile, ou du moins, au contact des idiomes étrangers, il avait enricbi le sien propre de mots tudesi^ucs et itaHenSy qui làisaient de son langage un jargon assez blzane. Dieu stit ce que cela devint lorsqu'un peu plus tard il le saupoudra de fusse, de polonais, enfin d'eapagnoL Du reste, au moyen de oe barsgouia cosmopolite^ il avait la prétention de se Ciire entendre partout.
Crespo était une de ces natures qui ont besoin de se donner, de se dévouer, de vivre par un autre, sMl est permis do s'exprimer ainsi. Lorsqu'il eut perdu mon père, l'airection qu'il avait pour lui, so reporta sur moi, ou plutôt se confondit avec celle qu'd me porta bientôt. J'étais tout enfant, il avait pour moi toutes les ambitions, et rùvait toutes les perfections ; or, l'idéal de toutes ces perfections, il le voyait dans un bon soldat; aussi ses principes d'éducation pouvaient-ils se résumer en ces mots t « fist*ce qu*utt soldat a jamais peur ? fisl-oe qu'un soldat a jamais flroid? Est^e qu*un soldat se plaint jamais? » Et si parfine je montrais quelque apparence des qualités qu'il désirait trouver en moi, oh ! alors, son visage couturé s'eiforçalt de sourire ; son OBÎI, celui du c6té du coup de pied de cheval, s*écarquiliait, l'autre brillait de joie, et, dans son contentement, il ne trouvait rien de mieux pour l*ezprimer que de s'écrier : c Ali 1 le petit gueux 1 le petit gueux ! »
Quelquefois, je me le rappelle, il me disait : « Allons, Monsieur, tenez-vous droit, il faut avoir l'air fier I » Fier ne signifiait pas pour lui orgueil ou sotte vanité ; non : ce (ju'il entendait par là, c'était la fiert('' de l'àme, la hauteur du cœur. Car, si l'éducation chez Crespo n'avait pas aidé à développer l'intelligence et à la faire briller d'un bien vif éclat, il possédait cependant tous les instincts de l'honneur, et des senUments élevés.
Crespo trouva, malgré son coup de sabre, son coup de pied de cheval, et ses cinquante ans, une veuve qui lui apporta de l'aisance ; tout semblait lui promettre des jours tissés d'or et de soie ; il nous quitta, et au bout è» six mois il mourut de son bonheur.
m TRADITIONS ET SOUVENIRS
gadier. » LWpereur lui doima la croix; puis il dit à rautre: «El toi, quWtuî— Sire, cordonnier* » —
«. Qu'où lui donne dix louis, » dit Fempereur.
Je tiens cette historiette d^of&ciers et de sous-officiers du 10^ de chasseurs et du 3^ de hussards, qui étaient présents. La manière diEéreuie dont Napoléon avait récompensé chacun suivant sa réponse les avait vivement frappés, et le malheureux cordonnier, tout brave qu'il était et malgré ses laurierSi fut Tobjet de plus d'un lazzi.