CHAPITRE XXn Mft
Mte des ordres pour renfiorcer les postes de Gûnsbourg
et de Donauwert. Une fois rassuré de ce côté, il résolut d'en ûnir avec Ulm et Tarmée qu'elle renfermait. Avant de reprendre ee sujet, on me permettra quelques réflexions :
Cette sortie opérée par 20,000 hommes montre eom-
bien il était urgent que Tattaque sur Elciiiugen fût faite, et que Tarmée française repassât en force sur la rive gauche.
En second lieu, le fait de cette armée qui se divisait ainsi, montre quel désordre, quelle anarehie yrégnaient.
Enfin, ne peut-on se demander ce qui serait arrivé tà, les 50,000 hommes fassent sortis à la fois d*Ulm, et si. dans ce cas, les belles combinaisons de Napoléon n'étaient pas déjouées?
La ville d*nim, placée sur le bord du Danube, avait en 1805 une enceinte bastionnée et des fossés pleins d^eau; mais elle est dominée par les hauteurs du Michelsberg et du Frauenberg, que le feld-marécbal Kray, en 1800, avait lait couronner par des camps retranchés, seul moyen d'assurer la défense de la ville. Ces ouvraFges avaient été en partie rasés par les Français; Mack n'avait pu complètement les rétablir, mais les avait fait occuper en force. L'empereur résolut de les enlever.
Le 15 octobre, une heure avant le jour, le corps du maréchal Lannes, les divisions de cavalerie de Klein et de Nansouty, la garde impériale, passèrent sur la rive gauche du Danube par le pont d*Elchîngen et celui de Thalfingen qu on avait essayé de rétablir. La division Suchet passa la première, puis la division Gazan et les grenadiers du général Oudinot. Ces troupes devaient Il 14.
prendre les positions occupées à Ëlchingen et à Albeck
par le corps du maréchal Ney ; Murât, avec sa cavale.rie, arrivaii sur les hauteurs d^Elchingen ; Marmont, laissé sur la rive droite, occupait les hauteurs de FfÙbl et devait contenir de ce côté la garnison d'Ulin; Soult s'était encore rapproché par la route de Biberaeh.
A sept heures du matin, le corps du maréchal Ney abandonnait ses positions de la veille ; la division Malher partait du bois d'Elchiugeii et se dirigeait vers la route d*Ulni à Albeck; la division Loison, toute ûère dé ses succès de la veille à Elchiugen, oubliait sa fatigue et partait d' Albeck qu'elle occupait, pour se diriger vers Jungingen. Elle était précédée parle 3^de hussards et le 10" de chasseurs, qui devaient éclairer la marche du corps d'armée sur sa droite et pousser des reconnaissances jusqu'au Danube, de Taiitre côté d'UIm.
La pluie tombait à torrents, les colonnes d infanterie marchaient péniblement dans la boue, et cependant les soldats étaient pleins d ardeur ; ils se répétaient outre eux que cette fois Tennemi était cerné de tontes parts et qu'il ne pouvait échapper.
La division Malher n'était pas encore à la hauteur d'Haslach, lorsqu'apparut l'empereur. Ce fut comme un frisson électrique qui paicourut la colonne, et l'air retentit de cris enthousiastes. Napoléon donna Tordre à la division de marcher sur Jungingen ; en môme temps, il ût attaquer par les chasseurs à cheval de sa garde quelques pelotons de hulans qui cscarmoucliaient eu avant de petits bouquets de bois garnis d'infanterie ; les chasseurs, par des charges successives, les rejetèrent sur la gauchei tandis que, derrière l'espèce de ri-
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deau qu'ils formèrent, la division dUnfanterie s^étendti
sur la droite, de manière à embrasser lout le front de la position de Tennemi et à tourner le reyers du Miclietebeig en poussant jusqu*au Danube. Arrivée k Jungiugen, où elle trouve la division Sucbet rangée en balaillet la division Maiher passe outre et s'avance jusqu'à un village nommé Lehr. Eu arrière el un peu à droite s'étendait la division Loison.
Les troupes étant ainsi placées, l'empereur donne l'ordre de latlaque. Ney marche alors au Michelsberg, où ks Autrichiens sont rangés en bataille derrière les retranchements ébauchés. Trois bataillons du 2ii° léger s'élancent au pas de charge ; l'un d*euz dépasse le retran« chement pour revenir Tatiaquer par la gorge, tandis que les deux autres lattaquent de iront. L'ennemi ne peut résister à eetle manœuvre et se retire en désordre vers la ville; Ney le l'ait poursuivre par le bO"^ de ligne qni pénètre avec les fuyards dans les ouvrages placés en avant de la porte de Bluftgard. Napoléon, inquiet de cette attaque audacieuse et prématurée, envoie le général Dumas dire à Ney d'attendre que le maréchal Lannés, qui était à la gauche, eût enlevé le Frauenberg, de manière à mettre son flanc à couvert : a J y ai pourvu, répond dans son ardeur chevaleresque le bouillant maréchal^ dites à lempereur que la gloire ne se partage pasi »
A ce moment, rennemi ajant démasqué une batterie qui prenait en flanc la gauche de Ney , l'empereur, qui s'avançait, se trouva au milieu d'une grêle de boulets, et le maréchal Lannes fut obligé de prendre son cheval par la bride pour le forcer à s'éloigner. Était-ce folle té*
mérité ou eatrainement de la part de Napoléon? Non» comme il Ta dit lui-même, il se portait là où il eioyaii
sa présence nécessaire, et ne calculait pas le boulet.
Le Frauenbexg fut bientét enlevé par la division Bu* chet, et la brigade Claparède, entraînée par son ardeur, poussa jusqu'aux premières maisons de la ville, une partie pénétra dans les retranchements, mais, n'étant pas soutenue, fut obligé de se retirer après avoir fait quelques pertes et laissé plusieurs hommes aux mains de l ennemi.
A Textréme droitOt la division Loison avait occupé les hauteurs qui étaient devant elle, et la cavalerie du
corps avait remonté le cours du Danube jusqu'à £rbach*
Il n'y avait plus d* bstacles à vaincre en deliors d'Ulm, les troupes n'attendaient plus que. le signal de l'assaut. Des escarpements du Michelsberg, l'empereur voyait la ville à ses pieds : s'il eut une pensée d'orgueil, ce dut être en ce moment, mais c'était le juste orgueil du génie. Il se contenta de faire essayer une batterie d'obusiers, puis retourna à Tabbaye d'Ëlcbingen, d'où il envoya sommer Mack de so rendre. Ce fut M. Philippe de Ségur (1), ïun des officiers attachés à sa personne, qu'il chargea de cette mission. H avait pour toute instruction de décider Mack à capituler, de ne lui donner que cinq jours, et, s il en exigeait absolument six, de les lui accorder.
Le générai autrichien sembla d'abord exaspéré; il
(i) L*auieur de VHistoire de Napoléon et de la grande année en iSli; membre l'Académie Iianyaise (1830j, général de division (1831).