CHAPITRE XXU m
Un poÎAt préoceiqMult encore Napoléon ; il ignorait ce
qu étaient devenus Werneck, rarchiduc Ferdinand et les vingt mille hommes qu'ils avaient emmenés» et cependant tout le pressait d'en finir. Une partie de son « armée encombrait le pays autour d'Ulm; elle était iatitiguée par des marches incessantes, par le mauvais lemps, et manquait de vivres. Il voulait entiu être en mesure de marcher au-devant des Russes, et de ne pas laisser sur Tlnn Bernadette et Davout exposés seuls à
chaik en vain de tous côtés un passage, lorsque I^explosioo d*UB coup de fusil nous fit apercevoir à une assez grande distaoce, une barque raoïitée par des soldats qui citassaieiiit. Cette vue ranima en
nioi respérance de pouvoir remplir ma mission, espérance ((ui commençait l\ m'îibnudoner. Nos cris et un coup de pistolet attirèrent rattention de ces soldats, qui bientôt se diri.L'èrent vers le monticule oii nous nous étions réfuj^iés. ils m'assurèrent que le pont de Giinzbourg n'était abordable qu'en bateau, et m'oiïrireiit obligeamment de m'y conduire, ce que j'acceptai de grand cœur. Un de ces soldats resta avec l'ordonnance pour l'aider à garder le guide et mon cheval ; et, de cavalier devenu naviijaleur, j'arrivai en bateau juscpi'au camp du général Beaumont. Je lui transmis l'ordre de l'empereur de se porter avec sa division de dragons en avant du pont d'Ulm ; je reçus de lui quelques renseignements sur sa position, et, sans perdre un instant je regagnai de la même manière que Je favais quittée l'Jle où favala laissé mon monde. Avant la nuit J'étais sorti du pays inondé, et J'étais arrivé au village de oU j'avais pris mon guide. J*y soupat. J'y fis rafraloldr les dievaux, et à la pointe du Jour, le lendemain, J'étais chez l'empereur, lui rendant compte de Texécution de ses ordes.
« Dans la même journée, plusieurs officiers furent, comme mol, envoyés à GttDzboufg, mais aucun n'osa se risquer au milieu de l'inondation et tous revinrent en déclarant qu'il y avait impossibilité de passer. L'empereur savait pourtant que cette difficulté ne m'avait pas arrêté, et il me sut j^rê des etlorts qui m'avaient procuré, bien qu'un peu par hasard, un moyen de réussir. A la guerre, l'art de réus^-ir n'est souvent que l'art d'oser. L'empereur, homme tout positif, ju;^'eait tout par les résultats ; il n'applaudissait guère qu'au succès. Il demandait probablement, connue certain cardinal, quand il voulait employer quelqu'un : « lilst-il heureux ? Est-il entreprenant ? > {Souvenirs inédits du général Bdouard Colbert.)
su TRADITiONS ET SOUVENIRS
tours coups. Ce fut sur ces entrefEdteSy vingts-quatre heures après la convention faite avec ICack, qu*il apprit les rapides succès de l'infâtigablc Murât, la capitulation • de Trochtelfingen et la destruction complète du corps sorti d'Uliii. Mural avait alleiiil WerneckàLaDguenau, puis à Neresheim; en vain celui-ci se débarrassa-t-il de nombreux chariots de bagage pour marcher plus vite; atteint encore à TrocbteUîngen, pour cette fois il fat obligé de mettre bas les armes, et le lendemain son convoi était pris à Topfingen.
Ainsi quatre jours avaient suiii à Murât pour détruire toute cette armée. Les grenadim d*Oudinot» dans cette poursuite, firent plusieurs marches de quatorze et quinsfie lieues par jour. L'archiduc Ferdinand, qui avait avec lui deux ou trois mille chevaux, donna le change à Murât en taisant prendre à son arrière-garde une autre route que celle qu'il suivait lui-même, et parvint, après avoir passé l'Ait Muhl, à gagner par Ratisbonne la frontière de Bohème.
Aussitôt l'empereur fit venir Mack à son quartier général; le pauvre homme se prêtait à tout. 11 lui communiqua les nouvelles qu'il venait de recevoir, ajouta que Kienmayer avait été rejeté au-delà Je i'Inn, que Soult occupait tous les débouchés du Yoralberg et du Tyrol, que désormais il n'avait plus aucun secours à espérer, et qu'en gardant la place d'Ulm jusqu'au 25, il ne ferait que prolonger inutilement une situation que les mauvais temps et le manque de vivres rendaient pénible pour deux armées.
Mack fut atterré; il acheva de perdre la tète. La capitulation lui accordait jusqu'au 25 octobre, on était
GHÀPiTHË XXli ISI
aa 19 : il aTait encore six jours qu*on ne pouvait lui enlever; cepeadaul il consentit à se rendre immédiatement, BOUS la condition que le corps du maréchal Ney resterait jusqu'au 25 à Ulm ou dans un rayon de dix lieues autour de la ville. La pensée de paralyser le corps de Ney pendant ce temps lui parut une espèce de succès ; il oubliait qu'il rendait immédiatement dispo* nibles les corps de Marmont, de Soult et la garde impériale (1), et quel parti Napoléon, qu'il rendait libre lui-même, pouvait tirer de ces cinq jours au milieu des événements qui se préparaient.
Le lendemain, 19 oaobre 1805, Mack sortit d'Ulm s trente mille hommes, dix-huit généraux, soixante pièces de canon attelées, dénièrent devant Napoléon; quatrevingts étendards forent déposés à ses pieds. L*infanterie française, rangée en bataille, couvrait les hauteurs du Michelsberg et du Frauenberg; en face était massée la . cavalerie. Napoléon était sur un rocher, devant un l'eu de bivouac, ayant derrière lui son état-major et sa garde. P^odant cinq heures, les colonnes de l'armée autrichienne se succédèrent, passant devant leur vainqueur; envoyait leur marche se ralentir lorsqu'elles approchaient de l'empereur. Tous ces hommes qui maudissaient leur défaite, dont plusieurs, quelques pas plus loin, jetaient leurs armes avec rage, voulaient voir, contempler Napoléon : étrange ascendant^ fascination du génie, qui fait que Tadmiration remporte sur les autres sentiments (2).
(1) Lânnes avait déjà été envoyé vers Âalen et MordlÎDgen pour M* ^ conder les opérations de Murât.
(3) Depuis lbl4 et i^io, n'a-t-on pas vu partout eu Âllemagae d«i
S5& TKAUITlOiNS El bULiVEiMUS
Pendant ce long défilé, Napoléon appelait près de lui, à mesure qu'ils passaieut, les généraux aulricliiens, et leur adressait de bienveillantes paroles; eeux qui avaient fait la guerre contre lui en Italie furent surtout Tobjet de sou attentiou : il n'eut de paroles amères que pour leur souverain, Pempereur d*Autriehe. Quant à Mack, son rôle fut triste jusqu'à la fin ; line savait dire qu'une chose aux généraux et aux officiers au milieu desquels il était : « Vous voyez devant vous le malheureux Mack. » Il semblait, en vérité, qu il voulût amoindrir la gloire du vainqueur en montrant la faiblesse du vaincu.
Le plan conçu à Boulogne était accompli de point eu point. D'une armée ennemie de plus décent mille honn
mes, à peme si quelques-uns échappaient ; c'étaient les débris du corps de Kienmajer et ce qui était sorti d'Ulm avec l'archiduc Ferdinand. Tout était tombé en notre pouvoir: canons, drapeaux, un matériel immense, et ces résultats avaient été obtenus pour ainsi dire sans . perles. On a pu remarquer que ce ne fut jamais qu'une portion de nos troupes qui fut engagée; la plupart des soldats ne combattirent pas, aussi disaient-ils : « Le peiU caporal a trouvé un nouveau moyen de faire la
portraits de Napoléon ? Je ne saciio pas tpi'il y ait jamais eu en France beaucoup de ()ortraits de Wellington et de iJlUcher.
Chateaubriand dit dans ses Mémoires, à propos d'un voyage quUl at en Attemagno en i893 : « Tout ce qui t'est pessé I compter de la chute do Napoléon est, en AUemagne, comme non wrenu. Cet hommes qui se sont levés en masse pour arracher leur indépendance nationale h Tambition de Bonaparte, ne rÔTcnt que par lui, tant il a ébranlé rimagination des peuples, depuis les Bédouins sous leurs tentes jusqu'aux Teutons dans leurs huttes. • (Mémoires d^Oulre^Tomhe^ t. XI, p. sa.)