CHAPITRE XXil
guerre, il se sert de nos jambes plus que de nos baïonnettes. »
Nul^ au reste, mieux que Napoléon lui-même, u a su résumer en peu de mois les résultats de cette
campagne et en apprécier les opérations avec imparliaUté :
« Soldats d© la grande armée, disait-il dans sa proclamation datée du quartier impérial d'Ëlchingen (29 Tendémiaire an XIY), en quinze jours nous avons iait une campagne. Ce que nous nous proposions est rempli. Nous avons chassé les troupes de la maison d'Autriche de la Bavière, et rélalili noire allié daus la souveraineté de ses États. Cette armée qui, avec autant d'ostentation que d'imprudence, était venue se placer sur nos frontières, est anéantie. Mais qu'importe à l'Angleterre? son but est rempli. Nous ne sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand*
« De cent mille hommes (jui composaient cette armée, soixante mille sont prisonniers ; ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de nos campagnes : deux cents pièces de canon, tout le parc, quatre-vingt-dix drapeaux, tous les g^raux sont en notre pouvoir, il ne s^est pas échappé de cette armée quinze mille hommes*
d Soldats, je vous avais annoncé une grande bataille ;
mais, grâce aux mauvaises combinaisons de Tennemi, j'ai Tpvk obtenir les mêmes succès sans courir aucune chance I et, ce qui est sans exemple dans 1 hibloire des nations, im aussi grand résultat ne nous affaiblit pas de plus de quinze mille hommes hors de combat.
« Soldats, ce succès est dù à votre coaliance saûs bornes dans votre empereur, à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce, à votre intrépidité.
« Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatients de commencer une seconde campagne. Celte armée russe, que l'or de l'Angleterre a transportée des extrémités de l'univers, nous allons lui faire éprouver le même sort. A ce combat est attaché plus spécialement l'honneur de l'infanterie; c'est là que va se décider pour la seconde fois cette question, qui la déjà été en Suisse et en Hollande : si l'infmterie française est la seconde ou la première de l'Europe. Il n'y a point là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir ; tout mon soin sera d'obtenir la victoire avec le moins possible d'efiusion de sang ; mes soldats sont mes enfants d (1 ).
On le voit, c'est en leur montrant la grandeur de ce qu^ils ont fait qu'il stimule leur ardeur et double leur confiance pour ce qui leur reste à faire. Puis, en leur parlant de ces Russes iransjportés des eatrémUés d$ Vumvers par l'or de TAngleterre, il s'empare tout à la fois de leur imagination et réveille le sentiment d'une vieille haine nationale. Avec quelle adresse il sait encore piquer Tamour-propre du soldat, surexciter l'orgueil militaire, en leur disant que la lutte qui va s'engager doit -décider si TinSuiterie française est la première de l'Europe ! Enûn, il leur promet de nouveaux triomphes, après Ulm, Austerlits; car il fidlait
(1) QMrmp^néknee de Napolémk t. XI,