I CHAPITRE XIV H
taille. La vue de ee mouvement rétrograde domie aux
Aulrichiens une nouvelle confiance ; le comte de Bellegarde redouble ses efforts, tandis que la éavalerie s'étend sur nos ailes.
Victor et Lannes jugèrent alors qu'il fallait ordonner la retraite. Elle commence par échelons par la gauche. A part quelques légers désordres, noire infanterie ne
I perd pas contenance ; de temps en temps elle s^arrète
' pour se remettre face en tète et faire feu avec sangfroid. La brigade Keliermann» toujours exposée au feu
! d'arUllerie le plus meurtrier, ne cessa de couvrir cette
j retraite, « donnant à Tinfanterie le temps de se rallier, se retirant par pelotons, au pas, &isant, de distance
I en distance, ses demi-tours k droite sans permettre que Tennemi ât un seul prisonnier sur ce point » (!)• A la droite, le général Ghampeauz, qui fut blessé à mort, rendait avec sa cavalerie les mêmes services.
La lutte durait depuis plus de cinq heures ; pendant deux heures elle avait été soutenue par la seule division Gardanne, forte de trois mille six cents hommes, et par la cavalerie de Eellermann; puis peu à peu toutes les troupes de Victor et celles de Launes étaient en-
I trées en ligne, et ces treize mille huit cents hommes avaient repoussé les attaques répétées de plus de seize mille hommes d'infanterie soutenus par une nombreuse artillerie et par plus de quatre mille chevaux, sans compter Ott, qui était sur leur ûanc droit avec près de
{ sept mille hwunes et six escadrons. Il &ut reconnaître que le ravin profond et fangeux qui couvrait leur front
(1) RtpporI àiè KeUermtnn.
^ IKADiïlONb £T SOUVEMHS
avait siugulièremeuL aide à la défense, et l'on est fort étonné que les Autrichiens niaient pas pourvu plus tôt aux moyens de le franchir rapidement ; ce fut seulement vers midi qu'ils imaginèrent de placer des ponts volants en face de Mareugo.
La retraite était commencée depuis un quart d'heure, lorsque, vers trois heures, le premier consul arriva sur le champ de bataille. Il s'était fait précéder parla division Monnier et n'avait voulu partir de ïorre di Garofolo qu'après avoir reçu des nouvelles certaines de Desaix. Ce général, marchant de Uevalta sur Novi dans la matinée du 14, et entendant derrière lui une vive canonnade, s'était arrêté et avait envoyé prévenir le premier consul qu i/ suspendait sa marche et atten^ daU de nouveaux ordres. Au même moment Bonaparte lui faisait dire d'accourir au plus vite. Ce n'était donc qu'après avoir reçu des nouvelles positives de Desaix que le premier consul s'était dirij^^é vers le champ de bataille (1). Il passa au milieu des rangs plus que déci-
;^1) Il est, je crois, indispensable, pour justifier ce que j'avance ici, et pour expliquer cette arrivée tardive du premier consul sur le cbuuip de bataille, d'entrer dans un examen plus minutieux des faits.
Môme «près avoir reça le rapport du ctpitaine Deblou, qui lui annonçait rimmineotie d*an engagement général , BonapaHe était resté persuadé pendant une partie de la matinée que Mélaa cherchait à lui échapper. Force lui fut cependant de reconnaître son erreur, etc*est alors qu*il envoya Taide de camp Bruyères (depuis général de diriaion, tué à Bautien) porter Tordre- à Desatz d*aceourir au plus vite.
Or, Bruyères dut partir vers les onze heures et demie, car Desaix, de son côlé, marchant de Rivalta sur iNovi et entendant derrière lui une furit'iist' canonnade, s'était arrêté et avait donné l'ordre à son aide de camp Sa\ar\ de faire une rapide reconnaissance sur Novi. Savary rapporte qu'il mit environ deux heures pour aller et revenir.
Le bruit persistant de la canonnade n'avait pu éveiller l'attentioa
CHAPiTHE XiV i3
més des soldats de Victor et de Lannes, qui raecueilU-
rt^iiL aux cris de : « Sauvons la Képubiic^ue i Sauvons le premier consul I »
A ce moment, les Autrichiens franchissaient le Fontanone sur tous les points ; cavalerie, infanterie, débouchaient dans la plaine que leur formidable artillerie couvrait de boulets et de mitraille. Nos divibious, uou encore vaincues, mais épuisées et haletantes, se retiraient en échiquier, soutenues par des colonnes serrées prêtes à former le carré.
Cependant Elsnitz et Ott, s'étendant au delà de notre
droite, menacent de prendre notre ligne à revers. C'est ce qui préoccupe le plus Bonaparte. 11 envoie la division Monnier pour s'emparer de Gastel Geriolo. La 19*
de Desaix que yen les neaf heures un quart;* Stvary pouYsll donc être de retour à onze heures un quart. Desaiz renvoya alors prévenir le premier consul que tout était tranquille du côté de Novi, et qu*il ^voit iutpendu son numvmeni en attendant de nou~ veame ordres.
Savary rencontra alors Bruyères. En supposant que ce fut à moitié chemin, on peut admettre sans beaucoup d'ei n ur (|uo l'un et l'autre a>aient été expédiés à la même heure. Kntin le tr.ijct à parcourir de Hivalta à Torre di Garolulo était d'environ huit kilomètres. Si l'on tient coujpte des obstacles que pouvait présenter la route et do l'état des chemins détrempés par l'orage qui avait eu lieu la nuit précé" dente (V. les Mémoires du duc de Raguse), il bai bien compter une heure et demie pour parcourir cette distance. Savary ayant quitté Rivalta vers onze heures et demie, ce ne fut donc que vers une heure que Bonaparte put recevoir les pfenorières nouvelles de Desaiz; sans même supposer, ce qui serait fort admissible, qu'il ait voulu attendre le retour de Bruyères, il est facile de concevoir qu'il ne soit parti au plus tût ([u'à une heure et demie, et ne soit arrivé sur le champ de bataille, distant de dix kilomètres de Torre di Garofolo, qu'à trois heures. — Au reste, le i^éiieral Monnier qui, ainsi que tout le monde le reconnaît, précéda le premier consul, dit positivement dans sou rapport : t Ma division arriva sur le champ de bataille è lieux heures. •
fk TRADITIONS ËT SOUV£NihS
légère et la 70® de ligne, conduites par les généraux Carra Saint-Cyr et Schiklt, s^y portèrent seules et ypénétoèreot sans peine» mais bientôt délogées par le général Vogelsang, elles se jetèrent dans les vignes pour échapper à la cavalerie.
C'est alors que Bonaparte, prenant neuf cents grenadiers et chasseurs à pied de la garde consulaire, les forme en carré. Placée au milieu de la plaine comme une redoute de granit (1), cette poignée d'hommes entreprend d'arrêter les progrès menaçants de la gauche de l'ennemi; battus par l'artillerie, chargés par la cavalerie, ils repoussent tous les efforts dirigés contre eux. Ott les Mt alors attaquer par TinCanterie. Les grenadiers se déploient pour soutenir cette attaque ; ils sont chargés en queue par les hussards du général Frimont qui les ébranlent enfin, et ils se retirent vers les Poggi.
Rien ne pouvant plus arrêter la marche des Autrichiens, notre gauche et le centre étaient en pleine xe-> traite. La bataille était perdue. Il y eut un moment d'anxiété profonde pour Bonaparte. Un instant, dit-on, il fut tenté d'arrêter la retraite et de se précipiter avec désespoir sur l'ennemi, lorsqu'on vint lui annoncer que les têtes de colonnes de Desaix étaient en vue de SanGiuliano ; ce général accourait lui-même au galop. Bonaparte se porta au devant de lui ; on tint conseil à cheval : £atllait-il se borner à se servir de la réserve qui arrivait pour assurer la retraite ou bien
(i) Bulletin de l'ai nu e de réserve^ adressé le 27 prairial (l(i juin) aux consuls de la Hépublique.