‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 71 sur 139 · CHAPITRE XXII S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII S

toujoaromareher de victoire en victoire, rentrainement

était fatal, irrésistible.

Déjà se formait un nouvel orage; la Prusse, sous prétexte de la violation de son territoire à Anspach, sortant tout à coup du calme de sa neutralité, rassemblait des troapes. D^autres armées enfin se préparaient à attaquer la France par le Nord. Il n'y avait pas de temps à perdre; il fallait proâter des avantages immenses que donnait la victoire, marcher de soito aux Russes, qui étaient arrivés sur Tlnn ; s'ils reculaient, les poursuivre sans relâche, 8*emparer de Vienne, pousser au delà, et leur faire subir enfin un sort semblable à celui de Tarmée autrichienne. Le salut était dans l'audace, le succès dans la rapidité.

Cette marche sur Vienne, puis en Moravie, était sans doute hardie, on l'a trouvée téméraire ; mais Taudace chez Napoléon n*était pas cet entraînement aveugle qui se précipite au milieu des périls en invoquant lo hasard; ches lui, Taudace était calcul : dans cette immortelle campagne, cliacun de ses pas est déterminé par le raisonnement, par la probabilité, et toujours on le voit cfntever à la fortune tout ce qu*il est possible de lui enlever. Ainsi, s'avançant dans la vallée du Danube, marchant sur Vienne, Napoléon ne voulut pas laisser au pouvoir de l'ennemi, sur sou ilanc droit, le Tyrol, espèce de bastion placé entre l'Allemagne et l'Italie, d*oti Ton peut menacer ou couvrir Tune ou l'autre. En être maître, c'était couvrir à la fois la droite de notre armée d'Allemagne et la gauche de notre armée d'Italie. Ce fut le maréchal Ney que l'empereur chargea de pénétrer dans ce pays montagneux et difficile, et d'en

expulser les Autrichiens, qui avaient encore là au moins trente mille hommes soutenus par une population guerrière et dévouée .

La tâche était plus rude que hrillante, mais digne de Ténergie du inaréchaL Au moment de l'entreprendre, il n'avait plus que les divisions Loison et Malher ; encore celle-ci n^était pas complète, la brigade Labassée ayant été employée à conduire les prisonniers (1) ; des détachements du 1 0^ de chasseurs et du 3* de hussards, sous les ordres du colonel Golbert ; enfin de l'artillerie, conduite par le général Seioux : le tout formait de huit à dix mille hommes. G^eùt été peu, mais timdis que Ney devait opérer au centre, le générai Augereau, qui venait de passer le Rhin à Huningue avec quatorze mille hommes et s'avançait le long du lac de Constance, devait pénétrer à droite par le Vorarlberg, tandis qu'à l'extrême gauche une forte division bavaroise, commandée par le général Deroy, devait masquer et contenir Kufstein.

Cinq routes, qui traversent la chaîne des Alpes, servent de débouchés du Tyrol en Allemagne, et sont défendues par cinq forts: Feldkirch, Renti, Fussen, Schamitz et Kufstein (2). Je laisse ici parler le maréchal Ney :

« Les forces de l'ennemi étaient divisées en cinq corps, ceux des généraux : 1** archiduc Jean; 2^ Chasteler; ?,« Saint-Julien; 4^ Jeliachich, WoUkell et Rohan; 5^ Ihler. Les trois premiers étaient dans le Tyrol, le

(I } La dhrision Dupont, 4*iJ)ord délachéd avec Murât, était paaaéa dans un nouveau corps d'armée formé pour le maréchal Mortier. Voir la carte du Tyrol, page

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qualri^e «ouvrait le Yorarlberg, et appuyait les postes

importants de Fusseu et de Renti. Le cinquième remplissait le double but de couvrir le Tyrol du côté de l'Italie, et de Boiitenir au besoin les autres divisions. La totalité de ces corps pouvait s'élever à vingt-cinq ou trente mille combattants, sans compter les milices du Tyrol. — Les seuls points par lesquels on pouvait envahir cette province étaient le passage de Fussen, celui de Scharnilz, et la vallée de Tlnn, par Eufstein. Le point de Fusseu était trop rapproché de la masse des forces ennemies ; celui de Kufistein, au contraire, trop éloigné, aurait donné à l'ennemi le temps de se rassembler dans la vallée de l'Inn, et de nous opposer des for* ces trop supérieures. Il ne restait donc que le passage de Scharnita^ au centre d'une ligne trop étendue et trop disséminée (1). »

Bien que le passage de Scharnitz fût le plus difficile, le maréchal le choisit; par là il se plaçait de suite au centre de reunemi, et, une fois maître de la route ([ui traverse le Tyrol dlnspruck à Trente, il séparait les corps qui s'y trouvaient épars de ceux qui du Vorarlberg tenteraient de gagner la Carinthie ou l'Italie. Ayant donc remonté le Lech jusqu'à Schongau, ap** payant à gauche par Muriiau, il arriva en face de Mittenwald. Là il y eut une petite aâiaire d'avantr-garde où le 10® de chasseurs sabra et prit quelques hommes.

Le passage de 6charuitz est un col étroit entre deux montagnes inaccessibles ; il était déjà connu du temps des Romains, et portait le nom de Forla Claudia. L'es-

(t) Mathieu Dumas, MeU dâi Mn. milit.,U XIII, p. ML

pace libre entre les deux montagnes était fermé par

une demi-couronne baslionnée, couverte par de profonds fossés.

• A peu de distance de Scharnitz était un autre passage appelé Leutasch, également fermé par un fort. Une fois maître de Leutasch, on peut tourner Seharnilz. Les défenses de l'un et de l'autre fort, tournées du côté de rAllemagne, sont ouvertes à la gorge du côté de l'Italie.

. Le 15 brumaire (6 novembre), le maréchal Ney partit de Mîttenwald, dirigeant la division Malher sur Scharnitz, tandis que la deuxième division, commandée par le général Loison, devait tourner Leutasch. L'avant-garde de cette division suivant des sentiers tellement étroits que Ton ne pouvait j passer que homme par homme, gravit la montagne à pic qui domine Leutasch. Un détachement autrichien du régiment de Einski tenta vainement de l'arrêter dans ces chemins impraticables ; elle atteignit le sommet, où les têtes de colonnes la rejoignirent bientôt. De ce sommet on plongeait sur le fort, défendu par un bataillon et de Tartillerie. Il fallut alors descendre la montagne, qui était fort escarpée, et se diriger de manière à prendre le fort à revers. L'ennemi, s'apercevant de ce mouvement, fit sortir environ cent cinquante honmies, une pièce de canon et des paysans tyroliens pour s y opposer. L'avant-garde les refoula sur le chemin de Seefeld. Le général Loison la fit appuyer par cinq compagnies du 69®, tandis que d'autres compagnies du même régiment, en tirailleurs, continuant à filerpar la montagne, devaient achever détourner la position et rejeter dans le

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