‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 72 sur 139 · CHAPITRE XXll m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll m

fort tout ce qui tenterait d'en sortir. Pendant ce temps,

un bataillon du 76**, commandé par le colonel la Jonquière, descendait dans la vallée en face du fort, tandis qu'un autre bataillon, se prolongeant à gauche, menaçait le flanc droit. Tous ces mouvements s'cx(^culaicut avec lenteur à cause de Textrème difficulté du terrain, et l'enucnii en profila pour canoancr vivement nos troupes et diriger sur elles un feu de mousqueteriei tandis qu'elles tournaient péniblement les flancs du fort.

Enfin, vers quatre heures de l'après-midi, le général

Loisou, ayant toutes ses troupes réunies et maître de son tmrain, fit sommer le commandant de Leutascb, qui, après quelques pourparlers, rendit le fort : cinq cent soixante hommes, dont cinquante blessés, furent faits prisonniers.

D'après les ordres qu'il avait reçus du maréchal, Loieon sebàla démarcher sur Scefeld et de s'en emparer pour couper la retraite tà tout ce qui aurait pu sortir de ôcbarnitz, dans le cas où ce fort aurait été abandonné par Fennemi. Un détachement de la 3* division arriva au moment même où on abaissait le pont-levis. Le général Loison lui en confia la garde, et de suite il marcha sur Seefeld, où il arriva à onze heures du soir. Après quelque résistance des paysans tyroliens, il s y établit, plaça un poste de deux cents hommes à Schlossberg, sur la route de Scharnitz, et fit éclairer le chemin du côté d'Inspruck.

Pendant que ceci se passait à Lculasch, la division Malher s était également mise en marche dans la matinée du 13, ayant avec elle d© Tartillerie et de la cava-

982 TRADlTiONS £T SOUVENIRS

lerie. Vers midi, l'artillerie, ayant pris position, cauonna le fort, qui répondit vivement. On attaqua alors les ouvraj^es accessoires placés à droite et à gauche des

iortiiications priucipales. La résistance fut sérieuse : vainement quelques hommes pénétrèrent dans les palissades de quelques-unes de ces défenses, ils en trouvèrent d^autres derrière ; en somme, toutes les attaques furent repoussées, et la nuit mit fin au combat.

Le commandant de Scharnitz ayant appris dans la soirée la prise de Leutasch, et se voyant tourné, partit à une heure du malin, voulant gagner par Seefeld la route d'Inspruck; il emmenait tout son monde, son artillerie, ne laissant en arrière, à Porta Claudia, qu*un poste de cinquante hommes qui partit lui-même deux heures après. Vers les quatre heures du matin, le général Loison, établi dès la veille à Seefeld, se disposait à réunir ses troupes pour les diriger sur Scharnitz, lorsqu'il apprend que les postes qu*il avait établis sur la route sont attaqués par l eunemi, qui ûlait sur luspruck; le poste de Schlossberg était forcé et pris en partie; ce qui avait échappé se relirait en toute hâte sur Seefeld. Au même instant, les voltigeurs du 25® étaient attaqués par Tennemî, qui pénétrait dans le village, où ^ i s engagea une lutte corps à corps.

Prendre les armes, marcher à Tennemi, fut pour la division Taffaire d'un instant. Deux compagnies de grenadiers du 76^ se portèrent rapidement sur la route d^Inspruek pour couper la retraite aux Autrichiens, tandis que le reste des deux autres régiments, marchant k leur rencontre^ les attaquent, les mettent en déroute, '^mpapant 4qs do^ze piè<^s d§ c^oi^ qu'ils avaient, et

GUAPITRË XXII ' 188

leur faisauL trois cents prisouiiiers ; Je reste se sauva dans toutes les direetions : ceux qui tentèrent de

s'échapper par la vallée furent ramassés par le 10° de chasseurs, arrivant de Schamitz. Voici ce qui a*y était

On a vu tout à l'heure que la deuxième division, n'ayant pu s'emparer de Scharnitz la veillei avait bivouaqué devant le fort, lorscjue le lendemain, vers quatre heures» on s*aperçut qu*il était évacué ; on avait à la hâte rétabli des ponts pour y pénétrer, et la troisième division, précédée par sa cavalerie, avait immédiatement pris la route de Seefeld et dlnspruck. Voilà comment le 10° de chasseurs avait rencontré les fuyards de Scharnitz mis en déroute par la deuxième division (1).

Les portes du Tyrol étant ainsi forcées, le maréchal Ney résolut de marcher de suite sur Inspruck, et commanda immédiatement au général Loison, au<[uel il donna le 1 0*^ chasseurs pour l'éclairer, de pousser en avant, et il le ût suivre par la troisième division. Le soir même, le sixième corps occupait Inspruck et poussait ses détachements dans la vallée de i'inn.

Il fallait tout le désarroi où étaient l'archiduc et les généraux autricliienspour avoir ainsi abandonné la capitale du TyroL Inspruck est situé au milieu des montagnes et avait toujours semblé un asile impénétrable à Tennemi ; aussi TAutriche y avaitr-elle fait un dépôt

(1) Celle relation de la prise dea fbrto de Leutasob et de Schandu dlllèro nolablement dea veraiona tappoiiéea Juaqtt*à préaeiil, qui aont d*aiUeora fbrt incomplètoa. CoiH^ pour ainsi dire lextuellement aur la Jonnal dea marcbes du 6* dorps, qui existe aiix arohlTea de la guerre, eUea, Je eroia, une autheinioité inattaquable*

considérable d^armes et de muDÎtiom. On y trouva

d'immenses approvisioDBemeals de poudre, de cartouches, d'armes de toute espèce; mais il y eut pour l'armée un trophée plus précieux que ces pièces de canon et ces amas de fusils qu*elle venait de conquérir : des soldats du 76* trouvèrent dans l'arsenal trois drapeaux de leur régiment, perdus quelques années auparavant dans les Grisons; ils se hâtèrent d'en prévenir leurs camarades, et 1 émotion de ces braves gens fut grande quand ils reconnurent ces signes respectés pour lesquels ils avaient juré de mourir, et qui, dans le désordre d'un combat, avaient été arrachés à leur courage ; ce fut au milieu de leurs cris de joie, de leurs, larmes même, et des acclamations de tous, que le maréchal Ney les leur remit lui-même.

Ney s'étant ainsi audacieusement placé au centre des corps ennemis et rendu maître de la route principale du Tyrol, tout le système de défense du pays tombait» L'archiduc Jean tenta d'abord de se concentrer sur le Brenner pour couvrir la retraite des corps de Jellachich et du prince de Rohan, qui étaient encore dans leVorarlberg, mais il était trop tard. Augereau, après avoir passé le Rhin à Huningue, s'était avancé en longeant le lac de Constance avec un corps de quatorze mille hommes, forçant les généraux Jellachich et Wolfkellde se replier sur Feldkîrck, oii bientôt, entourés de tous côtés, ils furent obligés de capituler et de se rendre, le 15 novembre, avec environ six mille hommes. Le même jour, l'archiduc Jean, se voyant découvert par la retraite du prince Charles, son frère, pressé d'ailleurs de se réunir au j^^ros des forces autrichiennes pour porter

Digitiztxi by

Page 1