CHAPITRE XXlli
compter sur la France pour se soutenir. Pendant quelque temps, Napoléon avait pensé à £aire jouer ce rNe à la Prusse agrandie, qui setait devenue le centre de Tunité allemande; mais les tergiversations incessantes de cette puissance, sa conduite ambigufi, Tayersion de la cour de Berlin pour ralliance française le forcèrent enfin à renoncer à ce projet.
Il rencontrait des dispositions toutes différentes, non seulement chez la plupart des princes, mais même ches les peuples de rAllemagne. Pour les princes, deux parmi eux, l'électeur de Bavière et Télecleur de Wurtembei^, avaient été élevés à la dignité royale, tous enfin se tsouvaient soustraits à la suzeraineté de l'empereur d'Allemagne : désormais leur puissance était absolue. Autrefois ballottés incessamment entre la Prusse et l'Autriche, ils se trouvaient jouir d'une indépendance qu'ils n'avaient jamais connue. Pour les peuples, rinfluence française ftiisait pénétrer ehez eux un souffle plus libéral, et même, sous une forme des* potique, de nombreuses améliorations s^accomplissaient dans l'administration. Il n'y eut pas jusqu'à la gloire des armes qui n'exerçât son prestige et n'entraînât ceux des Allemands qui se montraient fiers d'avoir combattu à nos côtés et vaincu avec nous.
Tous voulaient donc conserver les avantages qu'ils avaient acquis et se montraient impatients de se réunir pour se les assurer en se plaçant sous la protection de Tempereur des Français. On peut s'étonner aujourd'hui de ce mouvement d'un peuple se plaçant ainsi sous le joug d'un conquérant étranger; mais alors FAUemagne sortait à peine des langes du moyen âge, de la féoda- II 17
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lité; trop longtemps elle avait subi Tiniluence dissol- Yante, énervante, des petits Étals; le sentiment de la nationalité allemande ne s'était pas encore développé, ou ne germait que dans quelques âmes. L'heure du léveil n'avait pas sonné. L'on vit à cette époque les plus grands esprits de ce pays vanter, glorifier Tinlluence étrangère.
Jean de Mûller, le célèbre historien de la Suisse, espht élevé, cœur sincère, proclamait avec enthousiasme que le peuple allemand avait besoin d*nne impulsion, et que celait Napoléon qui la lui imprimait: « Les hommes, dit l'historien Pûster, qui représentaient le génie et la littérature allemande, descendirent à un tel degré d'abaissement qu'ils devinrent les adorateurs du conquérant, et Gœthe lui-mtoie chanta les hauts fitits de Napoléon » (!)•
Tons ces sentiments ayant été habilement exploités, les négociations furent menées avec rapidité et dans le plus grand secret par M. de Talleyrand. Au commence* ment de juillet 1806, les plénipotentiaires des princes allemands se réunissaient à Paris, et le 12 l'acte de confédération était signé par le roi de Bavière, le roi de Wurtemberg, l'électeur archichancelier, Télecteur de Bade, le duc de Berg et de Glèves, le landgrave de Hesse-Darmstadt, les princes de Nassan-Usingen et Nassau- Weilbourg, les princes de Hohen:£oilern-liechingen et HohenxoUem-Sigmaringen, les princes de Salm-Salm et Salm-Kirbourg, le prince d ieeubourg- Birstein, le due d'Aremberg, le prince de Lichtenstein
(i) PUâter, Mutoire d'Allmofine, t. XI, p. Ik
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et le comte de la Leyen. Par Tarticle premier, ils dédaraient être pour jamais séparés de l'empire germanique et indépen^hnts de toute puissanee étrangle à la confédération, et reconnaissaient pour protecteur Tempeieur des Français. Ik formaieut &a&a avec la France une alliance offensive et défensive: en cas de guerre, le contingent de la Confédération devait être de 58,000 hommes.
La notification de l'acte de confédération ayant été faite à la diM de Ratisbonne, le 1^ août, Tempereur François II d'Allemagne déclara renoncer à Tempire. Ainsi disparaissait, après dix siècles^ ce vieux monument du moyen dge. Déjà, depuis près de deux cents ans, il avait reçu bien des atteintes : la Réforme, la paix de Wes^ibalie, les conquêtes de Louis XIV, plus
tard les guerres entre Frédéric et Marie - Thérèse, lavaieat profondément ébranlé, désorganisé ; il était réservé au mouvement produit par la iévdiuti<m firan- Saise de lui porter le dernier coup et de déterminer une transformation qui, d*après des phases diverses, aboutit sous nos yeux à un résultat qu^il était alors dif&cile de prévoir.
Lasensation fiit grande en Europe, lorsqu'on vit plus de dix millions d'Allemands, se retournant en quelque sorte contre T Allemagnei se placer sous le protect(«at delà France contre laquelle ils s'étaient conjurés tant de fois«
On peut maintenant considérer l'oBUvre de Napoléon dans son ensemble et essayer d'en saisir la pensée.
Ën créant ainsi un grand empire fédératif, en s'entouruii de feudataires couronnés, en se fidsant le roi des
m TRADiTlûKS £t SOUVENitlS
rois, Napoléon n'obéissait pas seulement, comme tendraU à le faire croire une opinion superficielle, à Ten* trainement de Forgueil ou bien à un sentiment de mesquine vanité. Sans doute le rôle de Charlemague put briller à see yeux, émouvoir une imagination telle que la sienne, mais ce furent des raisons bien autrement puissantes qui le guidèrent.
La victoire avait mis sous sa domination de vastes États : ne fallait-il pas les organiser, les constituer ? Devait-il, en présence des coalitions sans cesse renouvelées contre lui, abandonner au hasard les éléments de puissance dont il pouvait disposer ? Ne devait-il pas, au contraire, en les hiérarchisant, les ramener, les coucentrer dans samain? Ainsi, était-il possible d'abandonner la Hollande à elle-même ou de lui laisser une forme républicune tombée en décrépitude? Pouvait-il placer sur le trône qu'il y élevait ou sur ceux dltalie des princes étrangers appartenant aux anciennes dynasHeB- qui
toutes lui étaient hostiles? S'il y plaça ses frères, des membres de sa famille, c'est parce qu'en eux seuls il pouvait trouver des garanties d^appui, de sécurité.
Ceux qui veulent ne voir dans tous les actes de Napoléon qu'une insatiable et vaine ambition oublient, il me semble, de se rendre compte des nécessités impérieuses qui pesèrent toujours sur lui : a La vérité, a»til dit, est que je n^ai jamais été maître de mes mouvements et que j ai toujours été entraîné par les circonstances. » Aussi Téminent et sage historien anglais, Alison, n'hésite pas à dire: « Le système qu'adopta résolùmenL Napoléon de placer sa famille et les siens sur les trônes des royaumes voisûM et d*entOQifer la France
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non point de r^uUiques affiliées, mais de dynasties dépendantes, n'était pas, comme on a quelquefois pu l'imaginer, une simple ébullition de vanité personnelle ou d*oi^ueil de souverain. Ce système reposait sur les principes d'une politique profonde et sur une juste apprédation tout à la fois des circonstances qui Tavaient élevé au trône et qui lentouraient lorsqu'il y fut » (1).
Tandis que toutes les grandes questions d*où devaient dépendre les destinées de l'Europe s'agitaient, l'armée française continuait d'occuper rAllemagne du Sud. jNa* poléon Fy maintenait sous le prétexte de la non-exéculion du traité de Presbourg, en ce qui touchait les bouches du Gattaro et la Dalmatie. Il surveillait ainsi TAutriche, menaçait la Prusse, et tenait dans la dépendance ceux des princes allemands qui eussent été tentés de se soustraire à la confédération*
En évacuant la haute Autriche, le corps de Soult, qui formait i*arrière-garde de Taimée, fut placé derrière rinn, daus l'angle que forme l'inn en so jetant dans le Danube ; il occupa Passau, Braunau et Landshut. Tous Iss autres corps de la grande armée, à TexcepUon de la garde impériale qui était rentrée en France, furent cantonnés en Bavière et en Souabe, de manière à pouvoir se réunir sur rinn. Berthier avait établi son quartier général à Munich. Un peu plus tard, une partie des troapes françaises fut portée plus au nord : Bernadette occupa Anspach ; Davout alla s'établir àŒttingen, dans la principauté de Limbouig et le Mergentheim, tandis que Ney remontait dans la Souabe, sur la riye droite du haut Danube.
(1) AlUoQ, t. Y, p. 583.
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Le 6* corps avait beaucoup couru avant de prendre
des cautoimements un peu stables. Nous lavons vu, après la conquête du Tyrol, se diriger sur Salsbouiqg^; de là il se rendit à Clageufurth, pour revenir, le 11 janvier 1806, à Sals&bouig, où. s'établit le quartier général* La cavalerie, commandée par le général Golbert, occupait les environs de cette ville : la guerre le ramenait aux lieux où déjà elle l'avait conduit en 1800.
Vers le milieu de mars, le corps d'armée se replia sur Munick, autour duquel il se dispersa.
Le général Colbert occupa alors successivement Mindelheim, Wolfecli, Kaufbeuren, Alschausen, où je le vois rester le mois de juin et le mois de juillet» enfin Memmingen, où il se trouvait encore en septembre.
Indépendamment des raisons politiques ou stratégiques que j 'ai déjà signalées, ces changements de cantonnements étaient motivés par le besoin de trouver des subsistances : on disséminait les troupes autant que possible, puis, quand on avait tout épuisé dans le pays, il fallait bien chercher ailleurs.
Ce fut ainsi que, pendant près d'une année, nous vécûmes aux dépens de nos amis et alliés de Bavière et de la confédération du Rhin.
En somme, nos soldats se trouvaient fort bien, et, après s être remis de leurs fatigues, ils jouissaient d une hospitalité qui, pour être imposée à leurs hétes, n'» était pas moins douce et bonne peureux. Lorsque j'entrai au service, on rencontiait encore dans Tarmée bon nombre de vieux officiers qui se rappelaient ce temps, et pour eux c'était le bon temps. Les récits qu'ils en Csisaient semblaient être une idylle au milieu des au*