CHAPITRE XXIII 9B
très souvenirs des rudes campagues qu'ils avaient faites. Ck>mme ils vantaient la bonhomie de leurs hôtes,
la complaisance, la douceur de ces bonnes familles allemandes au milieu desquelles ils avaient vécu 1 Aussi leur conclusion était-elle que le meilleur des pays pour faire la guerre était l'Allemagne.
Il faut aussi le dire : lorsque le soldat finançais ne fait que passer dans un pays, il est le plus exigeant, le plus insupportable des visiteurs ; mais, s'il est établi pour quelque temps, il s^associe et s'assimile en quelque sorte aux gens au milieu desquels il vit, témoin ce maréchal des logis de hussards dont on raconte Thistoire, qui, le jour de son arrivée, s'amusait, après diner, à faire tourner les molettes de ses éperons pendant qu'il fumait sa pipe, et qui, au bout de deux jours, jouait avec les en« fants et, au besoin, leur eût fait manger la soupe.
Malgré l'inaction, malgré les douceurs de ce long repos, l'Allemagne ne fut pas une Gapoue pour nos soldats. On pourrait également croire que cette dissémination des troupes éparses au loin dans les villes, dans des cantonnements, souvent séparées de leurs chefs, aurait relAché la discipline et enlevé à Tarmée quelque chose de cet esprit d'ensemble qu'elle avait en quittant le camp de Boulogne. U n'en fut rien : on la verra bien** t^t reparaître sur les champs de bataille avec toute sa vigueur, son entrain, sa mobilité. £lle s'était reposée, refaite, mais ne s'était pas endormie dans le repos. Enfin, par les soins de Tempereur, qui avait toujours les yeux ûxés sur elle, les pertes qu elle avait faites en hommes, en chevaux, en matériel, avaient été, non pas seulement réparées, mais elle avait reçu des renforts.
tous les corps étaient au complet et prêts à tout évéoe*
jnent.
* II n'avait pas été permis aux généraux de s'absenter, et c'est à peine si le maréchal Ney lui-même quitta son corps d'armée pendant quelques jours.
Cependant on parlait soavent de retour ea France, l'empereur lui-même le désirait ; il y crut uu instanl et faisait préparer des fêtes magnifiques pour celte grande armée, Tinstrament de sa gloire ; mais les jours, les mois s'écoulèrent dans une Longue et vaine attente.
Pour des hommes habitués à une vie active, pleine d'émotions, il n'y avait que la guerre ou le retour; condamnés au repos loin de la patrie, Timpatience les gagnait: « Je me promène de château en château, écrivait mon père ; je suis à présent dans une grande commanderie de Tordre Teutonique ; le commandeur est homme de bonne compagnie et gourmand, ce qui me
convient assez Dernièrement j'étais dans un grand
manoir, des corridors comme au couvent ; un prince sourd et une princesse criarde en étaient les maîtres ;
du reste, bien logé et bien soigné et je n*en suis
que plus ennuyé. Le maréchal lui-môme est atteint ; je cherche à le distraire, je Tentraine ; nous chassons la grosse bête et l'ennui, mais Tennui revient toujours. Ah! j'ai grand besoin de me dégermanuer. »
Malgré cet ennui, il écrivait des lettres gaies, spirituelles, dont je regrette de ne pouvoir citer que quelques rapides passages* Une chose surtout le préoccupait, c'était l'éducation de ce fils qu'il n'avait pas encore vu : <t Qu'on ne cède pas à ses caprices, écrivait- il j les caprices de renfsnt sont les volontés de Tadolescent et