‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 82 sur 139 · CHAPITRE XXIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIIl

trop souvent les vices de l'âge viril. » Puis il disait à la mère : « Garde ton enfant pour ton cœur, n*en fais pas un objet de vanité. » Enfin, il ajoutait : « Quanta moi, je ne sais quand je le verrai ; je pense qui! faudra bientôt rengager, et très probablement je ne Tembrasserai que quand il sera sous-lieutenant. »

Auguste Golbert avait su se créer de nombreuses relations et même rencontrer des amis. 11 est une de ces amitiés que je ne dois pas passer sous silence, parce qu^elle a un caractère particulier et digne d'intérêt.

Dans la campagne de 180Û, en Allemagne, les hasards de la guerre Tavaient mis en présence d'un colonel Walmoden : c'était le plus jeune colonel de Tannée autrichienne ; mon père était le plus jeune colonel de Tarmée française: ce fut un motif de rapprochement. D'autres circonstances s'y mêlèrent probableuient , mais je les ignore. Toujours est-il qu*il en résulta une liaison qui durait encore en 180G.

J'ai de cette époque plusieurs lettres de Walmoden; il écrivait le 10 mars, après la campagne : « Votre lettre m'est parvenue il y a quelques jours, mon cker Golbert, et je n'ai sûrement pas besoin de vous dire qu'elle m'a causé un plaisir bien sensible.. Nous avons fait, renoué et cultivé connaissance sous des rapports trop • intéressants pour ne pas s^attacher réciproquement quandf du reste, les caractères se conviennent. C'est ce qui nous est arrivé, et dès les premiers moments nous nous sommes rapprochés, et je me rappelais toujours le jeune colonel que je désire extrêmement revoir.

« Au début de cette campagne, je me suis bien informé de vous, et comme à Aicha j'ai eu une aEaire sô-

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rieuse avec le 11® de chasseurs et le 8« de hussards, je craignais bien que le 10^ ne fût à côté. C^est la dernière fois que je me suis battu avec plaisir, et je prévoyais déjà ce qui est arrivé plus tard.

« Mon régiment est une des choses qui m'attristent le plus, je me suis donné pendant quatre ans de paix tant de peines pour le bien composer ; nombre de jeunes gens de familiot d*éducation, se seraient distingués, dau£> une campagne médiocre, à Tenvi Tun de l'autre ; deux escadrons que j^avais détachés en Bohème pendant toute la guerre ont bien maltraité la cavalerie bavaroise à Iglau. Adieu tout cela à présent, on nous a mis en garnison sur les ftontières de Saxe, dans les montagnes, où il y a six mois d'hiver : je ne vais avoir que des gens ennuyés, dégoûtés et mécontents. Adieu, cher Golbert, répondeas-moi et présentes-moi des t^ bleaux plus riants que ceux que je puis vous offrir : savoir ses amis heureux lEait toujours plaisir; parlesmoi de vos projets, où vous passerez Tété, et n'oubliez pas votre ami.

« Vienne, 24 mars 1806. »

La famille de M. de Walmoden possédait dans le duché de Berg des domaines qui avaient été séquestrés. D'après Tavis de mon père, et probablement avec une recommandation de lui, le colonel Walmoden alla trouver Murât, qui était devenu grandr-duc de Berg. Il en fut personnellement fort bien reçu, et, bientôt compris dans une mesure générale, il rentra en posseiMiond'une partie de ses droits et de sea biens. Toutefois il évaluait encore la perte à la moitié.

On me pardonnera ces détails: ils peuvent servir à

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faire connaître quelle était la position des nobles allemands à cette époque» Ënûn cette liaison de deux jeunes et vaillants hommes combattant Tun en ùm de lautre, se prenant d'une estime mutuelle et se liant d'une étroite amitié, a quelque dioee de chevaleresque qui m'a paru ue pas devoir être laissé dans l'oubli.

Si Murât était devenu grand-duc de Berg, prince souverain, Berthier était aussi devenu souverain, prince de Neufchàtel et Yalengin. On ne devenait pas alors seulement général, maréchal; on passait prince, on passaU roi.

Berthier était un excellent homme, je Tai déjà dit et

prends plaisir à lui rendre hommage ; mon père le connaissait d'Italie, d'Egypte, et rJâgypLe avait créé un lien entre tous ceux qui avaient fait cette campagne. Il lui écrivit donc pour le iéliciter, et voici la réponse qu'il reçut ; elle est curieuse et peut servir à faire connaître rhomiiio et Tépoque :

a Mon cher Goibert, je reçois avec plaisir vos féUcitations, parce que ce sont celles de Pamitié. L'empereur m'a fait servir d'exemple pour prouver à l'armée que tel zèle que Ton puisse porter à le servir, lisait encore mieux récompenser.

« Vous avez apprécié mes sentiments ; la grandeur ni les dignités ne sont rien pour moi, mais je suis sensible à rintérôt que me porte un ami, à celui de rhomme de bien, à l'idée de savoir que l'empereur est satisfait de mes services.

«c Ck>n8ervez-moi l'amitié que vous devez à celle que je vous porte : e*est là le véritable bonheur de la condition humaine ; le reste est chimère.

aOD TEADIUONS ET SOUVENIRS

.« Croyez, mon cher Golbert, à mon attachement.

a Le maréchal priAceALfiXANDU (1).

a 18 avril 1806. »

Cependantl'année s'avançait, on touchait à l'automne ; c'était en vain que la ii'rauce avait élevé des arcs-detrîomphe ; Tarmée ne devait pas encore revenir.

Dans la lutte engagée contre l'Europe, aux ilôts qui venaient d'être repoussés en succédaient d'autres. Enfin, le 15 septembre, huit mois après la bataille d'Austerlitz» un an après le départ de Boulogne, mon père ayant obtenu un congé, partit pour Paris, où, pour la première fois, il allait embrasser ce dis qui préoccupait si vivement sa tendresse.

( 1 ) L'original de oetta tettre est en ma posieiiioe.

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