‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 84 sur 139 · CHAPITRE XXIV M · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV M

I prisable et la ra|»acité de piuâ odieux ; d'autres aatious ont pu eéder à Tascendant de la force ; PAutriche a été obligée, par la ibrtuue de la guerrci de céder plusieurs de sea provinces ; la Proase seule, sans désastre venant

du dehors, est descendue au dernier degré d*abaisse-

meut eu se faisant Tinstrumeut de Tinjustice et de la rapacité dun maître » (1).

Pour Napoléon, la duplicité de la Prusse lors de la campagne d'Austerlitz Pavait déjà profondément blessé; toutefois il avait passé outre, tenant toujours à ses projets d*aliiauce avec cette puissance ; mais, lorsqu'il la vit de nouveau hésitant, ne sachant ni accepter ni refuser, il n'eut plus alors pour elle que des dédains, et nous le verrons désormais ne plus sembler tenir le même compte de la Prusse dans les combinaisons de sa politique, r^iu d'ailleurs de la courber à sa volonté s'a le Mkit.

Comment, se demandera-t-on, la Prusse pouvait-elle en être arrivée à s'attirer tout à la fois les justes et

durs reprocbes de l'Angleterre et la colère de Napoléon?

I II faut se rendre compte de ce qu'était cette puissance.

Il y a uu peu plus de deux cents ans, la Prusse u était qu'un pauvre petit pays sablonneux, stérile et fort obscur, lorsque tout à coup, au dix-septième siècle, elle prit son essor ; son accvoiasement fut rapide, dû à Tbap* bileté, aux singularités mêmes de quelques-uns de ses princes, plutôt encore, si Ton eu croit Frédéric 11, au

(i) Alison, fiito/or^ of Europe, tome V, page 715 ; Parliamm' Uiry dâM$s, tome VI, p. 800 (Annml regitter, 1806, p. ieO).

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hasard, à des circonstances heureuses qu'à leurs talents réels.

Au commencemeut du dix-huitième siècle, ils prirent le titre de roi, les premiers des princes allemands qui osassent ceindre le diadème à côté de Temperenr d^Allemagne, dout ils avaient d'ailleurs obtenu Tc^rément.

Bientôt le génie et les victoires de Frédéric second donnèrent à la Prusse l'éclat d'une grande puissance. Dès lors elle en eut tout Forgueil et toutes les ambitions; mais, sous cet orgueil, sous ces prétentions, se cachaient bien des faiblesses. Composée de pièces rapportées (1), souvent séparées les unes des autres par des intermédiaires, ces parties ne pouvaient avoir cette cohésion qui seule fait la force. Elle avait fait Tépreuve de sa faiblesse en 1792 ; la première, elle avait attaqué la France, entrepris avec fanfaronnade de la mettre à la raison. On se rappelle le manifeste du duc de Brunswick; on sait aussi comment Tarmée prussienne se retira de la Champagne. La première alors aussi, la Prusse abandonna la coalition et ht alliance avec la république française (2).

Pendant près de quatorze ans, tous les efforts de la Russie, de l'Angleterre, de TAutriche, pour la faire sortir de sa neutralité, restèrent vains. Elle avait compris que c'était pendant la paix seulement qu'elle pouvait conserver un rôle et maintenir un rang que sa faiblesse

(1) Expression de Frédéric; voir l'appendice du livre du docteur Klopp, intitulé : Frédéric 11, roi de Prusse t et la naUon aUemandet traduit par Émile Borchgrave.

(2) TiraM deBUe, 5 aynl ITStt.

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réelle ne lui permettait pas de soutenir pendant la

guerre. C'est dans le contraste qui existait entre les instmcts ambitieux qm ne Tont jamais abandonnée et la conscience de sa faiblesse qu'il faut chercher Texplir* cation de son étrange conduite.

De là rineertitude de ses conseils, les hésitations» les tergiversations de sa politique. Elle fait des promesses tantôt à la Russie, tantôt à la France ; elle ne les tient pas ou ne les tient qu'à demi ; elle prend des résolutions, et laudace lui manque pour les exécuter.

D'autres motifs encore plus puissants, parce que les passions et les préjugés ont une énergie d'action que n'ont pas toujours les idées, influèrent sur la conduite de la Prusse et finirent par Tentrainer. Je veu2L parler des sentiments qui animaient la cour de Berlin.

Tandis que le roi Frédéric-Guillaume s'efforçait de conserver à la Prusse une neutralité qu'il croyait nécessaire, son entourage, sa famille, la reine (1 ) surtout, ne voyaient dans une semblable couduite qu'une trahison, une désertion de ce qu'on appelait la oarnse des rais ; et ces sentiments, qui étaient ceux de toute l'aristocratie, furent bientôt ceux d*une grande partie de la nation.

Ce serait une loiij^ac et assez triste histoire que de suivre pas à pas les diverses phases qui amenèrent enfin la Prusse à une rupture violente arec la France.

(i) Louise-Augiistine-Amélie de Mecklenbourg-Slrélitz, née en mar^ iTii^, mariée à Frédéric-GuUUume iU eo 1793, morte ea 181 0.

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Les griels de la Prufise avaient élé d'abord la violation de son territoire à Anspaeh, puis la création de la

confédération du Rhin l'avait blessée dans ce que son ambition avait de plus chatouilleux.

On a fort accusé Napoléon de perfidie en cette circonstance ; ce dont on pourrait Taccuser plutôt, ce serait d'avoir agi avec la violence et l'orgueil de la force. Dana la forme même et dans les détails, il avait été sans ménagements : ainsi le prince d'Orange, beau-fipère du roi Frédéric-Guillaume, avait été dépouillé de ses Ëtats et médiatisé.

U avait nommé Murât, duc de Berg et de Glèves,

souverain de ces principautés cédées par la Prusse, et Tintronisation de ce soldat de fortune parmi les souverains allemands avait froissé autant que possible leur vanité féodale.

Cependant, vers la ûn de juillet, on semblait avoir oublié tous ces griefs, et le ministre prussien écrivait : <c Le roi sent qu'il est difficile d'arriver à de grands résultais sans quelques froissements, et il donne une adhésion sans réserve à la coulcdération du Bbin. »

Tant qu'il ne fut pas question du Hanovre, on supporta tout, a Le Hanovre, disait Lombard, secrétaire intime du rcÂ, console de tout, sert de remède à tout. » Mais, lorsqu'on apprit à Berlin que, dans les négociations avec rAngletarre pour la paix générale, il avait été question d*un commun accord de rendre le Hanovre à cetle puissance, bien que cette proposition n'eût été suivie d'aucun acte, encore moins d*un traité» elle apparut à des esprits prévenus sous les couleurs de la

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plus noire et de la plue perfide trahison. A cette nouvelle, ou en avail joint une autre qui n'était qu'un mensonge : « Dee atipulationa» disait-on, avaient été signées entre la Russie et la France, pour dépouiller la Prusse en rétablissant le royaume de Pologne. » L'exaspération des esprits foi alors à son comble ; le roi lui-môme lut débordé, et le parti de la guerre remporta.

Ainsi la Prusse, après avoir pendant pr^ dequatorse

ans sacrifié tout à la paix, laissé échapper les occasions de faire la guêtre avec avantage, s*èlre comj»romise avec ses alliés, brouillée avec l'Angleterre, allait, sans avoir d*autre espoir que le secours lointain d'Alexandre, s'attaquer seule à la France.

A la cour, dans l'armée, dans la ville, dans le pays tout entier, rezaspération était à son comble. La Prusse, disail-on, se réveille donc enfin ; la belle reine Louise montait à cheval, passait des revues, brodait des écharpes pour de nouveaux paladins ; les jeunes officiers des gardes aiguisaient leurs épées sous les fenêtres de M. Laforest, ministre de France. Ce n'est pas tout : les vieux généraux de Frédéric eux-mêmes, par une singulière magie, se crurent tout d'un coup au lendemain de Leuthen. U semblait que, sortant d*une longue léthargie, ils eussent oublié les revers de 1792, et que les prodiges accomplis par Napoléon en Italie et en Allentsgne fussent non avenus pour eux ou bien lettre morte : a La tactique prussienne, disaitr-on« aurait bientôt raison de ces Français, vainqueurs, il est vrai, jusqu'il des Autrichiens et des Russes, mais qui n'avaient pas trouvé en face d'eux rarmée de Frédéric et les tradi-

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tiens du grand roi. » U est d^ gens qui, ptfee qu'ils

ne marchent pas, croient le monde immobile.

Un jeune prince de la famille royale se montrait des plus ardents à cette guerre contre les Français : c'était le prince Louis-Ferdinand, cousin germain du roi, doué par la nature des plus brillantes qualités, beau, brave, d'un esprit élevé, cultivé, avide de gloire ; les regards et les espérances étaient tournés rm lui. Quelle que fût son ardeur guerrière, il avait trop d'esprit et de sens pour partager la jactance que des tètes folles et quelques vieillards infatués montraient à Tégard des Français, et, s'il eut le tort d'entraîner sa patrie dans une guerre ùtiale, il ne céda qu'aux sentiments les plus patriotiques, les plus chevaleresques, et sut noblement payev de sa vie une si généreuse erreur.

Près de deux mois cependant se passèrent encore, les relations diplomatiques durant toujours.. Le roi Frédéric-Guillaume était parfois t^té de revenir sur ses pas, et, tout en rassemblant son armée, ne cessait de protester de ses sentiments amicaux à Tégard de r^pereur et de la France. U envoya même à Paris, pour mieux y faire croire, le général Knobelsdorf, convaincu lui-même de la sincérité des paroles qu*il portait : nvoyen, dit-on, qui ne manque jamais son effet en diplomatie. On Ta avoué plus lard, et M. de iiaugwitz disait dans une ccmversation qu'il eut avec M. de Gentz (1), un ou deux jours avant la bataille dléna : ce Si jamais il a existé une puissance que nous ayons eu rintention de tromper, c'était la France ; » puis il

(1) Çmu9 iNiblMtto né à BnsUu m J76é, mort en i9S^

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