‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 85 sur 139 · CHAPITRE XXiV âOd · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXiV âOd

ajoutait un peu plus tard : « M. de Knobelsderf fat nommé pour compléter Tillusion » (1 ) .Eu somme, il n y eut dans toute la conduite de la Prasee que fiiuasetét

faiblesse, ambition dissimulée, mêlées à ime ridicule jactance (2).

Pour Napoléon, si Ton sait les détails de sa correspondance publique et privée telle qu ou la possède aujourd'hui, on voit qu'il fdane sur les événements, il les

prévoit; il voit la Prusse s'agiler, se débattre, et sait où elle va lorsqu'elle Tignore eocore; sans s'en piéoccuper, il poursuit Tensemble de ses desseins, et, dans sa conduite comme dans son langage, il ne se départ en rieu de son appaiente impassibilité. Rien ne me semble pon-r voir mieux douuer l'idée de cette conduite et de ce langage que la lettre suivante, adressée le 1 2 septembre au roi de Prusse :

« Monsieur mou frère, j'ai reçu la lettre de Votre Majesté; les assurances qu'elle me donne de ses sentiments me sont d'autant plus agréables que tout ce qui se passe depuis quinze jours me donnait lieu d'en douter. Si je suis contraint à prendre les armes, pour me délendre, ce sera avec le plus grand regret que je les emploierai contre les troupes de Votre Majesté. Je considérerai cette guerre comme une guerre civile, tant les intérêts de nos États sont liés. Je ne veux rien d'elle ;

(1) Gardeo, t. XI, p. 75 et 78.

(2) Je Mto Irfen que M. de Haugwitz, qui longtemps avait soutenu Talliaiioe franctlse, du moment oii il se tU entraîné par le torrent, 86 peignit comme pins lanz qu'il ne rayait réellement été. Unit toujours est-il que les sentiments quHl exprime dans sa oouTersation avec M. de Gentz étaient bien réellement ceux du parti qui ayait triompM.

je no hii ai rien démandé. Tontes les fois que les enne^

mis du continent ont fait courir de faux bruits, je lui ai fait donner les assurances les plus positÎTes de ma constance à persister dans les liens de notre alliance. C'est à elle à voir si elle n'a pas donné trop légèrement confiance au parti qui dans sa cour a été si prmnpt et si chaud à seconder les desseins de nos ennemis comnuuxs. J'ai ui^ telle opinion de sa justice» que je m^en rapporte à elle pour savoir qui a tort, dans cette ctr* constance, de la Prusse ou de la France.

« Tous les renseignMnents qu'on lui a donnés sont faux ; cela seul, dont elle est à présent convaincue, doit lui prouver que je suis à Tabri de tout r^roche. Si Votre Majesté m'eût dit que les troupes que j'ai en Westphalie lui donnaient de l'inquiétude, je les eusse * retirées pour lui plaire. Je suis ami ou enn^ni franche* ment. Ceux de ses ministres qui ont traité ses affaires, et que j^ai admis à mon audience, peuvent le lui té* moigner. Je tiens plus que par le cœur à Votre Majesté; je tiens à elle par la raison. Toutefois, je viens de faire aussi des dispositions pour me mettre en mesure contre ses troupes, qui menacent d'attaquer mon peuple si je ne m étais pas prémuni contre les préparatifs formidables qu'elle fait ; préparatife qui sont si avancés, que les troupes de sa capitale sunt parties, même après la lettre qu'elle m*a écrite. Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre ne sera de mon fait, parce que, si cela était, je me considérerais comme criminel : c est ainsi que j^appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie qui n'est pas justifiée par la politique de ses États. Je reste inébranlable dans mes liens d'alliance avec

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elle. Que par sa réponse elle me fasse connaître qu'elle les repousse, qu'elle ne veut mettre sa coniiance que dans la foice de ses armes, je serai obligé de leeevoir la guerre qu'elle m'aura déclarée; mais je resterai le même au milieu des combats, après des victoires, si la justice de ma cause m'en fidi obtenir. Je de(nanderai la paix , regardant cette guerre comme une guerre sacrilège, puisqu'elle n'est propre qu'à faire triompher et sourire nos ennemis. Que Votre Majesté me réponde au coutiaire qu'elle a contremandô ses dispositions, et je coutromanderai les miennes de grand coBur; nos ennemis seront déjoués, et, j'ose le dire, ma conduite froide et impassible dans cette dreonstance sera pour elle et ses ministres une garantie de la contiance qu'elle doit mettre dans mes dispositions, qui ne seront jamais in* fluencées ni par l'intrigue et les instigations étrangères, ni par la chaleur des sentiments effervescents, mais qui seront uniquement dirigées pajr la saine politique et l'intérêt de mes peuples.

a Napoléon.

« Saint-Gloud, 12 septembre 1806 » (!]•

Enfin, tandis que les généraux prussiens disaient et défaisaient leurs plans de campagne, lui, calme, avait tout prévu, tout arrêté avant d*avoir fait bouger un seul homme. « Si véritablement, écrivait-il à la même date à son frère Joseph, je dois encore frapper, mes mesures sont prises, et si sûres, que FEurope n'apprendra mon

(i) CmêpoHianfiêde ift^oè^t tome UU, 10764.

départ de Paris que par la raine entière de mes eor

nemis » (1).

Au 12 septembre. Tannée prussienne rassemblée

ayait son aile droite à Eisnack; le centre occupait Ërlurt; l'aile gauche, ou plutôt Tarmée de gauche, de force égale ^ les environs de Blank^hayn. On s'était si souvent répété que les succès des Français tenaient à Toffensive qu*ils savaient prendre, que cette fois on avait résolu de les prévenir. D'après le projet arrêté au quartier général par le duc de Brunswick, généralissime, Farmée sortant de la forêt de Thuringe, devait « se précipiter vers le Mayn et couper ainsi par son centre la ligne d'opération de l'ennemi ». C'était juger singulièrement Napoléon que de croire qu'il allait les attendre de pied ferme.

On s'était beaucoup moqué de Mack, qui s'était laissé tourner par sa droite. Napoléon, se jetant en masse par Bamberg, allait tourner leur gauche et la couper par Hof et Géra de la ligne de l'Elbe, de Berlin et de leurs magasins. Lorsque enûn le mouvement des troupes françdses par Gobourg et Bamberg se dessina, le duc de Brunswick commença à ouvrir les yeux et résolut de se concentrer à Weymar pour nous attendre de front; se concentrant ainsi vers sa droite, il abandonnait la gauche qui restait en l'air à Schleitz, laissant ainsi la route ouverte aux Français, tandis qu'il aurait dû au contraire se masser sur Hof.

Du reste, Farmée prussienne était admirable de tenue et de discipline; elle était belle, ce qui veut dire qu'elle

(i) Corretpondênet ée Napoiéon, tome Xlil, kmm 10771.

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