‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 87 sur 139 · IX · texte numérisé non relu

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m TRilDlTIONS ET SOUVENIRS

n'ayant ni les vues asaes étendues ni le caraclère assez

vigoureux pour le commandement d'une armée; irrésolu, vaniteux, et, malgré sa position, jaloux de ce qui ren-* touvait. On peut s'en faire une idée d'après ce que disait Mirabeau (1) en 1780, ou par ce qu'en pensait le général Kaikreuth en 1806 (2). C'était, en somme, une de ces médiocrités brillantes qui ont pu feure dire avec raison « que l'esprit servait à tout, mais ne suffisait à rien. »

Le duc de Brunswick conduisait lui-même avec le roi l'armée du centre, forte d'environ 70,000 hommes; sous leurs ordres^ commandant la réserve, était le maréchal MoUendorf, vieux compagnon de Frédéric, sans volonté personnelle, et qui n'était plus que Técho du due.

L'aile droite, de 40,000 hommes, y compris un corps de 15,000 hommes sous les ordres de Biûcher, était commandée par Rûchel. La grande aile gauche avait pour chef le prince de Hohenlohe, esprit faux, emporté, prétentieux; il avait exigé un commandemoiiit à part de 50,000 hommes ; sous ses ordres étaient le prince Louis, le général Tauenzien et le général Grawaert.

On avait laissé sur le second plan, comme conmiandant la réserve du centre, ce qu'on appelait l'armée du roi^ un homme qui, par son caiaetère, ses brillants services, eût semblé devoir être au premier rang : c^était le général Kaikreuth, qui, bien qu'ayant pris une glorieuse part aux guerres de Frédéric, était encore capable de supporter les fatigues de la guerre.

(1) Voir la Monarchie prussienne^ par Mirabeau, (â) Voir le journal de Geutz, Gardeo, t. X, p. 76.

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Pour rannée françuee^ die Avait eooservé la même

organisation que dans la campague précédente ; les corps élaieat commandés par les mêmes chefs ; en im mot, larmée était la même, mais grandie de toute la gloire d'Ulm el d'Âusterliis.

Le gros de Tamée française était encore tranquillement dans ses cantonnements de Souabe et de Bavière, lorsque, le 24 s^tembie seulement, Berthier, qui en l'absence de l'Empereur commandait Tarmée, transmit de son quartier général de Munich les ordresqui allaient mettre en mouvement les divers corps d*armée.

Bemadotte, prince de Ponte-GorvO| qui avait ses troupes concentrées autour de Nuremberg, avait Tordre de se porter, le 2 octobre, sur Bamberg.

SouU, qui était àPassau avecle 4* corps devait, i^rès avoir pris toutes les dispositions nécessaires à la déiense de l lnn, dans le cas où r Autriche deviendrait menaçante, réunir son ccnrps le 3 octobre à Àmberg, pour marcher ensuite dans la direction de Bayreuth.

Le maréchal Davout, avec le 3* corps, partit d'CBtlingen avec ordre de se porter le 3 octobre sur Bamberg,

Le 5® corps devait être réuni à KœnigshofTen également le 3.

Ney , avec le 6^, partant de Memmingen, devait ôtre rendu le 3 à Anspach.

Augereau devait être à Francfort le 3^ et porter son avant-garde sur Giessen.

Les six divisions de grosse cavalerie et de dragons, formant la réserve sous les ordres du prince Murât, partaient de leurs cantonnements el devaient arriver le 3 sur le Mayn.

En même temps, le roi de Bavière, le roi de Wurtemberg, les grauds-4ucs de Bade et de Hesse-Darmstadt, étaient invités, comme membres de la Confédération du Rhin, à réunir leurs contingents.

De part et d'autre, tout était préparé ; lesarmées étaient pour ainsi dire en présenee, et cependant on échangeait encore des paroles amicales ; le général KnobelsdorI les prodiguait à Paris.

Vers le milieu de septembre, la garde impériale occupait encore le camp de Meudon, la tente de Tempereur y était dressée ; il semblait que ce fût plutôt un camp de plaisance qu'une préparalion à la guerre.

Cependant, le 19 septembre, l'Empereur fit d'abord partir la cavalerie, l'artillerie légère ; puis Tinfanterie de la garde fut conduite par des relais de voitures, et lui-même quitta Saint-Cloud dans la nuil du 25, emmenant l'impératrice Joséphine, qui l'accompagna jusqu'à Hayence ; le 5 il étaità Wurtdxmrg, etle 6 àBamberg. Ses ordres avaient été exécutés, et toute son armée, qu'on pouvait croire encore dans la Souabe ou épaise sur les bords du Mayn, se trouvait rassemblée en deux masses principales à Wurtzbourg et à Bamberg.

Toutes ces forces s'élevaient à 170,000 hommes, sans compter les contingents allemands ni l'armée avec laquelle le roi de Hollande occupait Wesel.

On admire la facilité avec laquelle Napoléon fait mouvoir d'immenses armées, les amenant avec sûreté, à jour fixe, au point désigné par son génie, et s'assurant tout d'abord la victoire stratégique. Ainsi, à Marengo, dés qu'il a franchi le Simplon ; à Ulm, désqu*il a tourné par Donawerth la droite de l'armée autrichienne, il est

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188016 de la victoix6 ; de même à Bamlwg, dans la^

campagne qui va s ouvrir, débordant la gauche de rarmée {Hnuaieniie, il est déjà assuré de la gagner par

sa droite, et de la devancer toujours sur l'Elbe et sur rOder.

Les résultais obtenus par ces eoinbinaisons tiennent

du prodige : ce sont des armées entières anéanties d'un seuleoup ; voilà ce que tout le monde voit, admire;

mais, ce qui est également digne d'altentioa, rempli d'enseignements, ce sont les détails, les soins minutieux, enfin la préroyance en quelque sorte surhumaine avec laquelle Napoléon préparait Texécution de sa pensée. C'est une étude qu'on ne saurait trop recommander non seulement aux hommes de guerre, mais encore aux hommes d'Etat, surtout à ceux qui se figurent la conduite de grandes armées chose facile, et qui croient que le succès s'improvise (1).

A chaque instant il avait présents la situation de chacun de ses corps d'armée, des régiments qui les composaient, Tétai de leur armement, de leur équipement, de leur habillement, ce qu'il y avait dans les maga&iuti de souliers, de capotes^ etc. Si un régiment était en marche, il savait à jour donné où il devait être. Avide de tous les renseignements qui devaientréclairer

(1) La Correspondance de Napoléon et le Précis des évédernents militaires, par le général Mathieu Dumas, qui contient toutes les lettres adrossôes par Derthier aux maréch.mx, par ordre et sous l'inspiration de l'empereur, forment déjà les t leinents les plus précieux do celte étude. Il serait désirable qu'ils fussent complètes par la publication de Ici correspondance des maréchaux eux-mêmes avec l'empereur et te major général ; c'est ce que, dans des limites fort restreintes, j'ai emyé de foire dent ee livre.

sur Tétat léei et l'effectif de ses troupes, il éccivait ua jour aa prince Eugène, qui lui faisait de beUes plunsM dans un rapport : a Envoyez-inui des états de siluationbien £ûts ; saches qa'aueane lecture ne m^est plus

agréable. »

U apportait la même attention aux approvisionnements, qui, sueeesûvement placés dans des lieux de dépôt ou suivaut les mouvements de Tarmée, en assuraient la subsistance. Le service des hôpitaux et des ambulances élait pour lui Tobjet d'une sollicitude incessante; l'état des places fortes, des arsenaux, loi était toujours présent; en un mot, son regard se portait sur tout, et cette vigilance, qui de Tensemble descendait aux moindres dAtaîlg, embrassait wnn itnmAnflA mq* pire.

Dans les préparatifs de la guerre contre la Prusse,

on le vit redoubler, s'il était possible, de soins et de prévoyance. L'armée prussienne était encore entourée pour lui du prestige de la gloire et du génie de Frédéric. Il s'en iaisait une haute idée; aussi disait-il à ses généraux : a Ce ne sera pas comme à Dlm,nous aurons de la terre à remuer ; » et dans cette prévision, chaque corps d*armée était muni de pelles, de pioches, et il avait attaché à chacun d'eux trois officiers du génie.

Tout était donc prêt du côté de Napoléon. U tenait concentrés dans ses mains 180,000 hommes, qui n'attendaient que le signal. Ce fut la Prusse qui se chargea de le donner, et le 7 arriva à Bamberg Tultimatum que M. de Knobelsdorf venait de remettre à M. de Talleyrand. 11 était accompagné d*une longue lettre du roi et serésumaitainsi : <c On sommait Napoléon d*évacuer

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immédiatement rAUemagne, et sa réponse à l'ultimatum devait ôtre envoyée avant le 8 au quartier général prussien. » Sommation hautaine, contraire à tous les

usages des puissances entre elles et qui semblait être un déâ jeté à Napoléon; aussi dit-il à Berthier : « On nous donne unrendee->vous, nous n'y manqueronspas. » Puis, s^adressant à son armée dans ce langage qui va remuer au fond des Ames tout ce qu'il y a d'instincts patriotiques, d'orgueil militaire, d*amour de la gloire, il leur disait :

« Soldats, Tordre pour votre rentrée en France était

parti ; vous vous eu étiez déjà rapprochés de plusieurs marches. Des fêtes triomphales vous attendaient, et les préparatifs pour tous recevoir étaient commencés dans

la capitale.

« Mais, lorsque nous nous abandonnions à cette trop confiante sécurité, de nouvelles trames s'ourdissaient

sous le masque de Tamitié et de Talliance. Des cris de guerre se sont ùài entendre à Berlin* D^uis deux mois nous sommes provoqués tous les jours davantage.

« La même faction, le même esprit de vertige qui, à la fttyeur de nos dissensions intestines, conduisit, il y a quatorze ans, les Prussiens au milieu des plaines de la Champagne, domine dans leurs conseils» Si ce n'est plus Paris qu'ils veulent brûler et renverser jusque dans ses fondements, c'est aujourd'hui leur drapeau qu'ils se vantent de planter dans les capitales de nos alliés ; c'est la Saxe qu'ils veulent obliger à renoncer, par une transaction honteuse, à son indépendance, en la rangeant au nombre de leurs provinces; c'est enfin vos laur riers qu'ils veuleut arracher de votre front. Ils veulent

que nous évacuions T AUeœagne à Taspect de leurs armes I Les insensés! Qu'ils sachent donc qu'il serait mille fois plus iisu^ile de détruire la grande capitale que de flétrir Thonneur des en&nts du grand peuple et de ses alliés! Leurs projets furent confondus alors; ils trouvèrent dans les plaines de la Champagne la défaite^ la mort et la honte. Mais les leçons de rezpérience 8*effacent, et il est des hommes chez lesquels le sentiment de la haine et de la jalousie ne meurt jamais.

« Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en France par un autre chemin que par celui de rhonneur. Nous ne devons y rentrer que sous des aies de triomphe.

a Eh quoi l aurions-nous donc hravé les saisons, les mers, les déserts, vaincu TEurope plusieurs fois coalisée contre nous, porté noire gloire de TOrient à l'Occident pour retourner aujourd'hui dans notre patrie comme des transfuges, après avoir abandonné nos alliés, et pour entendre dire que Taigie française a lui épouvantée à Taspect des années prussiennes l

« Mais déjà ils sont arrivés sur nos avant-postes. Marchons donc, puisque la modération n'a pu les flaire sortir de cette étonnante ivresse. Que rannée prussienne éprouve le même sort qu'elle éprouva il y a ([uatorze ans l Qu'Us apprennent que» s'il est £siciie d'acquérir un accroissement de domaines et de puissanoe avec l'amitié du grand peuple, son inimitié, qu'on ne peut provoquer que par Tabandon de tout esprit de sagesse et de raison, est plus terrible que les tempêtes de VQcéan! « Napoléon.

« Quartier génénl, Bamberg, 6 octobte ISOB. »

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