‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 89 sur 139 · CHAPITRE XXIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIY

tente, il avait enûii pu jouir de ces joies de la iamille que son eœor était si bien fiait pour goûter; puis il avait fallu partir. Telle est l'existence de l'homme de guerre; s'il vit et s'élève par le SMitiment du devoir, s'il s'enivre de la gloire, dhin autre c6té il est condamné à toutes les abuégalious ; ce n'est pas seulement sou sang qu'il verse, sa vie qu'il sacrifie à chaque instant, il faut qu'il renonce aux émotions les plus douces qu'il ait été donné à l'homme de sentir. C'est une jeune iemme qu*il £aut abandonner aux hasards de la vie; c'est un iils qu'il faut quitter, alors qu'à peine il a reçu les premiers embrassements de son père.

Dès que le général Golbert fiit de retour, le maréchal forma un corps d'avant-garde dont il lui donna le commandemenu U était composé de deux bataillons de grenadiers et de voltigeurs pris dans les divisions, du 25^ léger, du 10^ de chasseurs, du 3® de hussards et de six pièces d*artillerie. « Rien, dit l'auteur des Btmmin militaires^ n'égalait l'ardeur de ces régiments, leur émulation, leur désir de se distinguer. Le général Ck)lbert se trouvait fier à juste titre d'avoir un commandement important, qui eût fait honneur à un général plus ancien d'âge et de services. Il est vrai quelecommandement ne pouvait être en de meilleures maiils » (1).

Mon père avait alors pour aides de camp le capitaine Desfossés et le lieutenant Brunei. Adrien d'Astoi^, sous-lieutenant au 1 U^' de cliassem's, faisait les fonctions d'officier d'ordonnance.

Tandis que les trois colonnes de Tannée finmçaisef

(i) FeieBsae, pago iOO.

tm TRADITIONS ET SOUVENIRS

fortes ehacune de plus de 50,000 hommes» entraieat en

Saxe, du côté des Prussiens tout n'était encore qu*mcertitude, hésitation. Le duc de Brunswick avait bien senti la nécessité de renoncer au plan d'ofteisive sur sa droite et compris jusqu'à un certain poiut le danger qui menaçait sa gauche^ mais sans s'en rendre un compte exact. Au lieu de se masser sur sa gauche vers Hof, il concentra ses forces vers Weimar. C'était justement ouvrir le chemin aux Français pour achever de tourner sa gauche et le séparer de TElhe et de ses magasins. Pour s'opposer a leur marche, les Français ne devaient plus rencontra <[ue deux petits corps de 10^000 hommes environ chacun, l'un sous les ordres du général Tauenzien, l'autre commandé par le prince Louis. C'était une iàute de plus que de laisser ainsi en l' air, sans soutien, ces deux petits corps destinés inévitablement à être balayés par les forces qui allaient tomber sujf eux.

Le 8 octobre, Tarmée française franchit par les défilés de Gobourg, de Kronach et de Hof, les montagnes boisées de la Thuringe, dont le versant descend dans cette plaine immense qui occupe tout le centre de TEurope et s'étendjusqu'â la mer du Nord.

Les troupes du maréchal Bemadotle étaient en tète de la colonne du centre, et précédées elles-mêmes par une brigade de cavalerie légère (4® de hussards et 5"^ de chasseurs), conduite par le prince Hurat. Après avoir passé par Labenstein et Ëbcrsdorf, ils arrivèrent en fàce de Saalbourg, petite ville sur la Ôaale, oh se rencontra le premier détachement 'prussien. L*empereur, qui était à peu de dislauce, donna Tordre d'attaquer, et voulant assister lui-même au début de la campagne, il

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se porta en tùtc de la cavalerie, sur les hauteurs de la . rive gauche de la Saale» pour examiner le passage. ^ présence, laproelamation qu'il fit lire à Tannée, excitèrent lealliousiasuie des soldais, déjà impalieuls de combattre.

Les troupes qui étaient à Saalbourg faisaient partie du corps du général ïauenzien; bien que la position qn'elles oeeapaient fût bonne, en présence des forces qui s'avançaient, elles se hâtèrent de se replier sur Schleitz, où était le gros du corps. Le lendemain 9, le général Tauenzien, déjà en retraite sur Auma, fut culbuté avec une perte de 7,000 hommes environ. Dans celte première rencontre, la cavalerie avait été vigoureusement engagée de part et d autre, et Mural serré de près ; aussi rempereur le bl&ma de s'être aventuré avec une seule brigade.

Le 1 1 y Bernadette arrivait à Auma, et Murât marchait sur Gréia, enlevant sur sa route un convoi de cinq cents

voilures. Le maréchal Davoul suivit la même route ([ue le premier corps jusqu'à Auma; le il, il reçut Tordre

de se rapprocher de la Saalc et s'établit à Miltel- Polnitz.

La coloone de gauche, en tète de laquelle marchait

le maréchal Lannes avecle cinquième corps, après avoir franchi les montagnes, était arrivée à Orafenthal d'où

elle s'avança sur Saaiield.

Le prince Louis de Prusse l'occopait, ainsi que Hudolstadt, avec onze bataillons et dix-huit escadrons, afin

de couvrir le mouvemenl de ilauc du corps de liohenloiie,. dont il formait l'avant-garde. Napoléon, auquel ne déplaisait pas le caiaclcie de ce prince, causant avec ses n 19

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généraux avuit la campagne, avait dit : <c Pour oeliii-4à, il se iera tuer. » »

Bien que le prince pût, des hauteurs de Rudolstadt,

juger des forces considérables auxquelles il allait avoir affidre^ et que ses instructions lui prescrivissent de se retirer, ce qu*il lui était possible de faire, mécontent, irrité de la tournure que prenait une guerre à laquelle il avait poussé, il voulut ooûte que coûte, £ûre tète à l'ennemi.

Le 9, il écrivait au prince de Uoheniohe (1) : « Puissions-nous, fidèles à l'ancien système prussien, toujours suivi avec tant de succès par son Altesse, passer à une offensive vigoureuse^ conforme à l'esprit du temps, de larmée, de ses chefs, et commandée par les circonstances 1 Les forces de l'ennemi s'accroîtront toujouTSi et tout délai de notre part ne fait que paralyser nos moyens. »

C'était de la témérité sans calcul; comparez ces quelques lignes avec ce que ISapoléon frisait écrire au même moment au maréchal Lannes, qui venait de recevoir l'ordre d'attaquer Saalfeld : « Si l'ennemi s'y trouvait en force supérieure, il ne devait rien engager que le maréchal Augereau ne l'eût rejoint, et dans ce cas même, suivant les nouvelles que recevrait l'empereur, celui-HÛ se psoposait de marcher de Saalbourg à Saalfeld avec 25,000 hommes pendant la nuit. L'ennemi, ajoutait l'empereur, ne peut se hasarder à marcher sur vous ayant des forces aussi considérables sur son flanc gau-

(1) Mathieu Dumas, t. XXI, p. 45 {PrêcU (k& événements mili" tairez).

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