CHAPITRE XXIV
che; cependant, 8*il le faisaiti tous devriea battre en
retraite, parce qu'alors il serait pris en flanc par le corps du centre; mais, si Tennemi n*a que 15 à 18,000 hommes, vous devez, après avoir bien étudié sa position, Tattaquer ; bien entendu que le maréchal Augereau sera avec TOUS » (1).
Ici, c'est la fermeté calme et prudente qui assure le succès. Le résultat ne se fit pas attendre; le prince fut défait et tué (2), laissant 1 ,200 hommes sur le terrain et perdant trente-trois pièces de canon. Pauvre jeune prince I il avait rêvé la gloire et ne trouvait que la mort, sans que les siens pussent même lui dire un dernier adieu, Im adresser un suprême hommagel Le général Suchet Le lit ramasser sur le champ de bataille, et ce furent ses vainqueurs qui lui rendirent les derniers devoirs.
Les conséquences du combat de Baalfeld furent plus désastreuses encore que le combat lui-môme. Il £sLut lire dans le journal de M. de Gentz (3j l'effet produit au quartier général de Weimar. « Nous sommes, dit-il, entrés à Weimar à onze heures, et j'ai été frappé de surprise et d'épouvante par le spectacle qui s'est offert à mes yeux : une bagarre comme je n'en avais pas en- Ci) Mathieu Dumas, t. XVr, p. 41.
(2) Voir les pièces ju&tiûcatives {Notes sur la mort du prmce
Louis)»
(3) Gentz, dont j"ai déjà parlé, né sujet prussien, était passé vers 1H02 au service de rAulriclie ; au comniencenicnt de la guerre de 1806, il fut appelé près du roi de Prusse. Dans ce qu'on appelle le Man uscrit du mais d'octobre, Gentz a raconté jour par jour tout ce qu'il a vu et entendu* Son talent, la connaissance profonde quUl avait des hommes et des choees, font de journal un des dooumeiits historiques les plus préoieiix. Voyez Oaiden, t, X, p. 60 et suiy.
m TRADITIONS ST SOUVENIRS
core renoonirée ; les rues gorgées de ^upes, de chevaux,
de chariols ; au milieu de cela des officiers de toutes armes, des généraux, des personnes de la suite du roi, que je n'avais pas attendues ici. Les voitures s'arrêtent; je vois arriver le conseiller du cabinet Lombard, qui, pàle et défait, me demande si son frère est dans la mienne; puis, s'approche et me dit : «t Vous ne savez pas ce qui se passe? Nous avons perdu une bataille ; le prince Louis est tué. » Ce coup subit était hors de mes culculs el au delà de mes craintes ; j'en ai été comme anéanti. J'avance sans savoir ce que je fais; je vois M. de Schladen et M. le comté de Gosrts au milieu de la foule. On me dit : « Le quartier général est ici ; le roi <x et la reine viennent d'arriver; la marche des troupes a est suspendue ; le duc fait former un camp, tout est « dans la plus grande consternation. » A ces mots, mes forces m'abandonnent ; quelques faibles débris d'espérance qui s'étaient cachés dans mon âjne disparaissent conmoe un rêve trompeur et Tabime s-ouvre devant moi.
a Le tourbillon me pousse en avant; j'arrive à ce qu'on appelle l'Esplanade. J'y vois trois ou quatre cents officiers; j'y trouve aussi des hussards prussiens et saxons, plusieurs d'entre eux grièvement blessés ; j'apprends successivement tous les détails de la malheu«reuse affaire de Saalfeld. J ^apprends en môme temps les nouvelles fâcheuses du corps de Tauenzien. Je rencontre le général Kalkreuth, qui me dit : « Venez me « voir ce soir ; » bientôt nous ne compterons plus par jours, mais par heures. Je rencontre un moment aprôs le général Pliull, qui, d'un ton mêlé de fureur et de rage, me dit : « On perd la téte, cela ira furieusement mal. »