‹ Traditions et souvenirs touchant le temps et la vie du général Auguste Colbert, 1793-1809Chapitre 91 sur 139 · CHAPITRE XXIV m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV m

Enfin, Tevenant au prince Louis, Gentz dit : « La

triste fin de ce prince admirable inspira en général très peu d'intérêt; parmi ceux qui, pour le bien de la chose, auraient dû le regretter le plus, il y en eut dont les calculs personnels étouffaient les sentiments; d'autres étalent trop fortement frappés de Timprudence et de la témérité de sa conduite pour s'occuper du juste tribut dû à tant de rares qualités et à un dévouement aussi héroïque; plusieurs se livrèrent même sur son compte aux propos les plus indécents et les plus atroces; tous enfin étaient tellement pénétrés du danger de leur propre position qu^ils ne trouvaient pas le temps de jeter un regard en arrière ; de sorte que cet événement eruel et décisif (car il le fut bien plus qu'on ne se Tima* ginait dans le premier moment) passa conmie un événement subalterne» (1).

Certes la peinture est saisissante, la nature prise sur le vif; et pourtant Gentz ne disait pas tout et ne savait pas tout encore. Les troupes qui avaient été battues à Schleits et à Saalfeld n'étaient pas seulement en retraite, elles fuyaient dispersées, portant au loin la ter* leur des Français; la panique grossissait de proche en proche; partout on croyait les voir arriver; des colonnes saxonnes qui avaient conservé quelque ordre fiuent prises pour Tennemi ; les Saxons criaient hautement qu'on les avait sacrifiés; le désordre gap-na jusqu'à Weimar, où le prince de Hoheniohe eut beaucoup de peine à arrêter cette espèce de sauve-qui-peut.

(1) Histoire générale des traités de paix, parGtrden, t. X, p. 157 tHsuiv.

330 TRÂDITiûNS ET SOUVENIRS

Pendant que Lannes et Bernadette balayaient ainsi devant eux les corps insuffisants qu'on avait si imprudemment livrés à leurs coups^ les cdonnes de droite de Davout, de SouU et de Ney achevaient, sans rencontrer d'obstacles, le grand mouvement de conversion par lequel ils débordaient Taile gauche des Prussiens.

Le 12 au soir, Davout occupait Nauenbourg; le grand-duc de Berg, avec la cavalerie de réserve, avait atteint Zeist, envoyant des coureurs sur Leipzig; Soult occupait Géra; le maréchal Ney, parti le malin de Schleitz avec le général Colbert et son avant-garde, bivouaquait entre Mittel et Wolfsdorf ; les deux divisions dUnftnterie restèrent en arrière de Brauendorf , à cheval sur la route de Géra. Lan nés atteignait léna, Augereau Eahla; tous avaient ordre de pousser en avant des coureurs pour tâcher d'obtenir des renseignements exacts sur la position de Tarmée prussienne, sur laquelle oa avait beaucoup d*incertitude.

Le 12 octobre, dans l'après-midi, le maréchal Lannes, un peu avant d'arriver à léna, avait rencontié un corps assez considérable, qui, après lui avoir tiré qudques coups de canon, s'était retiré par la route de Weimar. La journée était avancée, les cb^oalns détestables; il ne put le poursuivre. S'arrètaiit, il plaça la division Suchet sur la route de Weimar, et la division Grazan en avant de la ville d'Iéna.

J'insiste sur ces détails, parce que c'est à bien dire ici que commence le drame.

léna est situé en terrain plat sur la rive gauche de la Saale ; une route venant de Bamberg la traverse du sud au nord, et, suivant parallèlement le cours de la ri-

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