CHAPITRE XXIV
l'eq^iildu loi au moment du eombftt et gagner du temps;
au reste, Montesquiou, arrêté par les Prussiens, fut retenu par le prinee de Hohenlohe, et la lettre ne parvint au roi qu*à Auerstœdt, lorsque la lutte était déjà engagée.
Le roi parti avec Tarmée principale, Hobenlohe restait dans la plaine d'Iéna avec 40,000 Prussiens et Saxons ; derrière lui, à deux lieues, était le général RUchel avec 25,000 hommes; c'étaient donc 65,000 hommes environ qui allaient se trouver devant Napoléon.
Le prince de Hdienlohe, s'atlendant à voir arriver les Français par Magdala, avait placé son quartier général et sa droite à Gapellendorf, sa gauehe s^étendait jusqu'à la Sclmœcke.
Chose à peine explicable, rien de ce qui s'était passé dans la journée du 13, ni rengagement de son avantgarde avec Lannes, ni tout ce grand mouvement de troupes qui se faisait sur sa gauehe et sur ses derrières, ni roccupation du Landgrafenberg, ne lui avaient fait pressentir quel péril le menaçait; aussi toute Tarmée pmsBOHMxonne, sans se dout^ de Vouragan qui allait fondre sur elle, sommeillait paisiblement, comptant même, pour le lendemain 14, sur un îour de repos.
Cependant, dès quatre heures du matin, Napoléon faisait appeler le maréchal Lannes et lui donnait ses derniers ordres. Il fallait avant tout sortir de l'espace étroit où on était entassé, quitter les ilancs de la montagne, ses ravins, et descendre dans la plaine pour s y développer et y faire en quelque sorte son champ de bataille. La nuit était encore ebse. Dès que les divisions 'Suèhet et Gazau eurent pris les armes, Tempereur, à la
lueur des torches, passa devant les rangs: «Soldats,
leur disait-il, l'armée prussienne est coupée comme rôtait Madc à Ulm, le même jour, Tannée derni^ ; elle ne combat plus que pour échapper ; le corps qui se laissa rait percer serait déshonoré. Ne redoutez pas cette cava* lerie si vantée; opposes-lui des carrés fermés et la baïonnette. » Et ces hommes, frissonnant encore d'une nuit froide et hiunide, se réchauffant et s'ezaltant à ces paroles, eriaient : Viw l'empereur 1 et ne pensaient plus qu'à marcher en avant. Il fallut encore attendre ime heure; Tobscnrité disparaissait à peine lorsqu'à six heures l'empereur donna le signal. Le jour se levait au milieu d*un brouillard tellement épais qu*on ne pouvait distinguer les objets à quelques pas ; mais le terrain avait été reconnu avec soin la veille par l'empereur luimême, et, à défaut d'autre direction, on put se guider par les penles. Les deux divisions du cinquième corps, âuchet à droite, Gazan à gauche, précédées de nombreux tirailleurs, commencèrmt à descendre du Landgrafenberg. Bientôt on entendit éclater la fusillade et les rouges lueurs des coups de fusil apparaître à travers le brouillard. On se battit d'abord sans se voir; puis, peu à peu, il y eut quelques éclaireies« Les Prussiens occupaient le bois de Glosewitz ; on finit par les en débusquer. Nous avions poiu^ nous tout à la fois l'offensive et le brouillard ; nous savions oh ^us voulions porter nos coups, l'ennemi n'apercevait l'attaque que lorsqu'il était trop tard pour y parer ; aussi, dans le désordre qui en résulta, dans un mouvement de retraite, ils laissèrent entre nos mains vingt-deux pièces de canon. Le succès avait été rapide, et le cinquième corps '
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avait conquis son champ de bataille : il occupait Feqpace
compris entre Lutzerode et Glosewilz.
A peu près aa même momeut, la division Saint- Hilaire, du corps du maréchal Sonlt, arrivait par la route de Swetzen et le Eaugthal, et attaquait brusquement les troupes du général Holzendorf, chargées de couvrir la gauche de l'armée prussieuue et de maioteuir les communications avec Dcnnbourg, les coupait et les rejetait pour toute la journée eu dehors du champ de bataille. Ainsi, à dix heures, Tavant-garde de Hoheulohe, commandée par Tauensien, avait été complètement refoulée ; on s'était débarrassé d'ilulzendorf, et l'armée française pouvait librement se déployer sur un tmain découvert. Pour le moment, Napoléon semblait se contenter de ce succès, voulant attendre rarrivée d'autres troupes et celles de la cavalerie de réserve.
Quant aux Prussiens, le prince de lioheulohe, malgré tout ce qui s'était déjà passé, malgré tous les avis qu'il recevait, ne voulait pas croire à une attaque sérieuse. S^étant porté à son camp de Gapellendorf, il avait même fisdt rentrer des troupes qui prenaient les armes ; puis, sur les instances du général Gravœrt, il se décida à le kiseer partir avec sa division et la brigade saxonne de Dyhrn, en tout vingt bataillons ; bientôt enfin, plus complètement renseigné, se faisant suivre par trente escadrons de cavalerie prussienne et saxonne, il se hâta de conduire lui-même toutes ses troupes vers Yierzehnhiôligen. Ayant iait déployer son infanterie, il arrêta la prmiière ligne à mille pas en arrière du village ; la cavalerie était disposée en échiquier, toute prête à la soutenir et à descendre dans la plaine qui s^éteodait par uno
9fâ TRADITIONS ET SOUVENIRS
douce peule jusqu'au bas de la position. Enfin, il plaça des balteries d'artillerie à droite et à gauche du village ; les troupes saxonnes sons les ordres du lieutenant général Zeschwilz occupaient la chaussée qui va d'iéua à Weimar, faisant face à Remderode. C'est par là que devait arriver Augereaii, débouclianl du Muhlthal et gravissant les pentes du Flohberg.
Pendant Tinterralle de repos qui succéda aux premiers mouvenients, et tandis que les Prussiens faisaient leurs préparatifs^ le maréchal Ney, impatient de prendre quelque part à la lutte, et voyant que ses divisions d*infanterie n arrivaient pas, avait pris le général Golhert avec son avant«-garde, et pénétrant^ malgré tous les obstacles, à la gauche du maréchal Lannes, il était venu se camper avec ses 4,000 hommes en face du centre de la position de Tenn^ni.
Son impatience avait été telle qu'il avait laissé en route plusieurs de ses aides de camp, qui le matin le cherchaient au milieu du hrouillard. L*un d*eux, Saint- Simon (1), était tombé au milieu d'un parti prussien; grâce à sa bravoure, à son adressOt il s*en était débarrassé, bien qu'ayant reçu trois coups de sabre. A ce moment il fui rencontré par Tadjudant-commaudant Jomini, qui, attaché au quartier général de Fempereur, avait obtenu pour ce jour d'accompagner le maréchal Ney, près duquel nous l'avons vu dans la campagne précédente, et tous deux le rejoignirent. Ils le trouvèrent dans les fonds entre Krippendorf et Yieizehnheiligen, avec son avant-garde.
(i) Marquis, doc de Saint-Sioon, mort général de division, sénateur.
CHAPiTfiE xxnr * SttI
Le bataiilGN:! de grenadier» et le Ijatailloii de voltigeurs occupaient la droite ; à gauche étaient les deux bataillons du 25^ léger ; puis, un peu en arrière et sur la ganehe, se trouTaient rangés en oolonoe par escadrons
le 10® de chasseurs et le 3* de hussards, dont les pelisses gris de fer se coufoudaient avec le brouillard.
Je cioia devoir donner ici quelques détails sur cette troupe, que mon père avait rhoiiueur do commander, et avec laquelle le maréchal Ney se proposait d'aborder Fennemi comme s^il eûtaveclui tout son corps d'armée.
Quelques noms éclatants s'imposent à Thistoire, ellemême en piodame quelques-ims ; parfois â)louie par le rang, la position, elle en met en lumière qui ne mériteraient que Toubli, tandis que de cette ioule qui a été rinstrament du succès de quelques-uns, et à laquelle eu masse ou prodigue Tépithèle d'héroïque, à peine si le hasard lait surgir quelques noms (1 ).
Compagnons d'armes démon père, je veux rappeler ici des noms trop vite oubliés, attirer sur vous quelques x^ets d'une gloire qui vous est due, et, si ce livre doit vivre, vous arracher à cette mort profonde qui eut Toubli.
Le bataillon de grenadiers et le bataillon de voltigeurs étaient sous les ordres du major Lozivi ; Riper t commandait les grenadiers ; Lamour, aide de camp du maréchal Ney, lesvoltigeurs^
Dans le 1 0® de chasseurs étaient le chef d'escadron Lapointe, le capitaine ôaint-L^er, les sous-lieutenants d'Astorg et Molet.
(i) ThoaMnds litfl to d«ek some tiiigle naroe (Lord Byron*», ChMe Mtroldj.
Dans le 3* de hussards se trouvaient deux hommes dont certes je n'aurais pas besoin de rappeler les noms glorieusement connus : le major Laferrière et le chef d'escadron Domon , tous les deux depuis généraux de division distingués.
Un lien puissant unissait tous ces hommes entre eux; ils avaient combattu, souffert et triomphé ensemble; pleins d'une confiance mutu^e, fiers d*une gloire commune, ils n'aspiraient qu'à Paugmenter.
Il était dix heures environ lorsque le voile de brouillard se déchira tout à coup^ et l'on put apercevoir l'armée prussienne rangée en bataille, son infanterie couverte par le village, à droite et à gauche des batteries soutenues par une nombreuse cavalerie. Cet aspect^ tout imposant qu'il fût, n'était pas fait pour intimider rintrépide maréchal. Informé que le corps d'Augereau allait déboucher sur sa gauche, Ney pensa qu*en s'établissant entre un petit bois qui était à sa gauche et le village, toute la droite de l'ennemi pourrait être coupée» Par la direction des feux qu*il entendait sur sa droite, le résultat lui semblait assuré.
€c Malgré le peu de forces dont je pouvais disposer,
dit-il, je résolus de faire charger sur les pièces d'artillerie, qui m'incommodaient beaucoup. » Il donna l'ordre au général Colbert de prendre sa cavalerie et de
les enlever.
Il fallait d'abord monter un peu, puis ou trouvait ua terrain plat qui s'étendait jusqu*à la batterie; au centre de la position était un petit taillis ; la distance à franchir était de mille mètres environ. Le général Ck>lbert t partir le 10^ de chasseurs en colonne par escadrons];