CHAPITRE XXiV
protégé par le taillis, il longe la gauche du bois, puis, amvé à la hauteur de la batterie» se rabat brusquement à droite, tombe sur les pièces, sabre les canonniers et 8*empare de treize canons. Prévoyant ce qui devait arrirer, le général Golbert avait (»rdonné au de huseards de suivre à distance le mouvement du 1 0® de chasseurs, en proQlant également du petit bois. Eu eifet, à peine le 10^ de chasseurs s'était-il emparé de la batterie, que, désuni par sa charge et par le succès môme, il est chargé parles cuirassiers de Henckel, les dragons de Prittwitz, des dragons saxons, et commençait à être ramené, lorsque le 3*^ de hussards, chaugeaul do direction à droite, se jette sur leur flanc et les arrête.
Pendant ce temps, le nuuréchal, pour protéger le ralliement de sa cavalerie, avait fait former deux carrés à ses Toltigeurs et à ses grenadiers. Les cuirassiers de Henckel arrivèrent sur eux ; les carrés, immobiles, les laissent approcher jusqu'à vingt pas et ouvrent leur icu. Déjà intimidés par la fière contenance de cette infonterie, accueillis par une vive fusillade, voyant lus hussards sur leur ilanc, les cuirassiers se retirent.
L'empereur, qui du haut du Landgrafenberg suivait le déploiement de ses colonnes, avait été étonné d'entendre le feu recommencer avec vivacité avant qu'il en eût donné le signal. Sa surprise fut grande lorsqu'il apprit que c était Ney, qu'il croyait encore loin eu arrière, qui était déjà aux prises avec Tennemi. Son pre^ mier mouvement fût celui d^une vive contrariété, car cette attaque prématurée pouvait déranger ses plans, et, à ce moment encore, il comptait avoir a£Eaire à toutes les forces de l'ennemi j mais lorsque, s'appiochant de
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Vîerzelmheiligeu, il vit l'audace héroïque avec laquelle le maréchal et sa petite troupe B'obsiinaient encore à vaincre, lorsqu^on eût pu les eioire écrasés, il se hâta d y euvoy er le général Bertrand, son aide de camp, avec le 9^ de hussards et le 21* de chasseurs. A rapproche de ce rcuforl, la cavalerie ennemie, déjà ébranlée, hésitante, prit la fuite.
Dans ce rade combat, où la cavalerie avait joué le premier rôle, Lapoinle, chef d'escadron au 10* de chasseurs; Laferrière, mAjor; etDomon, chef d^escadrcm an 3® de liubsards, avaient été blessés; uu des aides de camp de mon père avait eu la cuisse traversée d'un coup de mitraille; mon père lui-même avait eu le haut de sa botte emporté par un éclat d'obus, qui lui avait légère* ment effleuré le genou; il était revenu de la mêlée ses habits percés, déchirés, et le sabre qu'il portait aval! reçu une entaille profonde de plus d*un pouce du coup porté par un colonel prussien qui fut tué. Sa bleseure était heureusement légère, car la journée était loin d*être finie pour lui.
Le maréchal Ney était donc resté maitre de son terrain et avait eu l'avantage; toutefois, il reconnut que ce n'était pas seulement avec des hussards et des chasseurs qu^il pouvait entamer ime ligne d'infanterie couverte par une formidable artillerie, et il résolut de se borner à faire des démonstrations qui pussent empêcher l'en* nemi de reprendre Toffensive.
Voyant sa droite appuyée par le maréchal Lannes, il &t marcher vers Yierzehnheihgen son bataillon de voltigeurs, qui se réunit au 40* de ligne de la division Suchet, et tous deux s'emparèrent de ce village. Lo
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bataillon de grenadiers occupa le pelil bois au centre de la position, et 16 25® léger la lisière du bois à gauche* Dans cette position avancée, les troupes furent exposées à un feu terrible d arliilerie et de mousqueterie. Au milieu des balles et des boulets, le maréchal était, comme toujours, invulnérable, taudis qu'autour de lui étaient blessés le major Lozivi, le commandant des grenadiers Ripert, et plusieurs de ses aides de camp. Le feu toutefois devint telieuient violent que le marécbal erut devoir fidre un petit mouvement en arrière, de manière à être un peu protégé par les bois, mouvement qui se fit, dit-il^ avec un aplomb sans exemple* Ce que le maréchal appelait une démoustratiou, et qui était par le fait un mouvement oifensif audacieux, avait eu pour résultat d*attirer Tattention de Fennemi sur cette partie du champ de bataille, et de favoriser les attaques du maréchal Lannes sur la gauche de Tenne-* mi. Jusqu'à ce moment, nous n'avions en ligne que le corps de Lannes et lavant-garde de Ney* L'artillerie des Prussiens, bien placée, avait pris quelque supério^ rité* Le prince de Hohenlohe, croyant à un succès, écrivait au général Rûchel d'arriver au plus vite pour le décider. Cependant, à deux reprises différentes, avec la division Grawoort, la brigade saxonne Cerrini, et sou* tenu par sa eavalerie, il avait vainement tenté de re* ' prendre Wierzehnheiligen ; le couvrant alors de ses obus, il l'avait incendié.
Il préparait une grande attaque avec toute bon infanterie ; sa nombreuse cavalerie était placée de manière à prendre en flanc les colonnes françaises, lorsqu*il reçut du lieutenant-général Zeschwitz, qui coxnman-
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dait les Saxons, l'avis que du haut de la Schnœcke on apercevait de grosses colounes eanemies sur la droite, et qu'en même temps des troupes nombreuses d'infanterie et d'arlilierie se dirigeaient de Cospoda et de Glozewitz sur Wierzehnheiligen. Le furinee de Uohenlohe n'entendait plus à sa gauche, du côté de Rodgen et de ^tobra, lo canon d'Uolzeudorf. 11 y avait donc fort à craindlre qu'il ne fût découv^ de ce côté; sa droite était menacée; il allait eu hn avoir aifaire au centre à des forces considérables; il ne pensa plus qu^à maintenir sa position jusqu'à l'arrivée de Rûchel, mais il n'en eut pas le temps. Le moment décisif était arrivé. Tout à la fois il est assailli à sa droite par le corps d'Augereau, le général Heudelet gravissant la Shnœcke, la division Desjardins attaquant Isserstœdt ; Lannes et Ney se précipitent sur le centre, tandis que la gauche de l'armée prussienne débordée est prise à revers par les divisions de Soult. L'impétuosité des attaques françaises devient irrésistible. Wierzelinheiligen , Krippcadorf, où le combat s'était longtemps maintenu, sont dépassés ; la division Grawœrt est rejetée sur Klein^Ramstedt; le^ feu des Prussiens se ralentit, celui de Tartillerie française redouble, et, balayant une plaine découverte, porte un affreux ravage dans les rangs de Tennemi. Le prince de Uohenlohe essaye en vain de faire un changement de front en arrière en s'appuyant sur sa droite; mais il n'y avait plus moyen de ralentir ime retraite qui se changeait en déroute. Profitant du désordre des Prussiens, quelques régiments de cavalerie légère, la seule cavalerie qui fût sur le champ de bataille, se lancent avec impétuosité. TreiUiard, à la tète du 9® et du
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10^ de hussards, Durosael, avec le 1"^ et le 21*^ de chasseurs» font une charge hardie et hrillante ; Golbert, avec ses deux fidèles régiments, le 10* de chasseurs et le 3*^ de hussards, se jette à plusieurs reprises sur l'iuDanterie, et, partout où elle essaye de se reformer» la brise et la culbute. Ces charges à outrâmes comme les appelle Savary (1), qui en était témoin, combinées avec la marche en avant d'une infimterie yictorieuse, achèvent de mettre dans le désordre le plus complet l'ennemi, qui fuit à la débandade. Drapeaux, hommes, canons, tombent en notre pouvoir. Devant le front des attaques du maréchal Ney seulement se trouvaient plus de quatre-vingts pièces abandonnées.
Tout fuyait pêle-mêle au hasard, lorsqu'à la hauteur de Gapellendorf on aperçoit le corps de Kûchel. Au lieu de se jeter sur notre flanc, ce qu'il pouvait faire, il tente de se mettre en travers du torrent, ayant bravement déployé ses dix-sept bataillcAs formés sur deux hgnes, et placé en potence derrière sa gauche onze escadrons, auxquels s'était jointe une partie de la cavalerie saxonne.
A peine a-t-il fait quelques pas en avant, qu'il est assailU par les feux concentriques de toute la ligne française. L'artillerie du maréchal Soult prend sa gauche en écharpe ; la brigade Wedel l'attaque de front, tandis que deux brigades d*infanterie de la division du corps d'Augereau se jettent sur sa droite. En vain sa cavalerie, chargeant avec vigueur, repousse-t-elle une , brigade de dragons de la cavalerie de réserve, la seule
(1) Mémoires du duc de Movigo^ 1. 11.
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qui eût encore para sur le champ de bataille (U était environ trois heures et demi) ; en vain les grenadiers
prussiens croisent-ils la baïonnette avec les nôtres ; les bataillons de gauche commencent à plier: le général Rûchel reçoit uue balle daus la poitrine, le désordre gagne, la gauche commence à fuir, et bientôt tout le reste du corps est entraîné dans la même confusion que Tarmée qu'il avait essaie, mais trop lard et vainement, de sauver. Une heure avait suffi pour compléter sa destruction.
Pendant que s^accomplissait cette partie principale du drame, le corps saxon sous les ordres de Niesenmanckel et du lieutenant général Zeschwitz s'élant maintenu à Textrème droite, entre le bois dlsserstœdt et le ravin de Schwabhauser, sa gauche étant découverte paria défaite de 1 armée prussienne, il se trouvait complètement isolé» Alors, attaqué par la division Heudelet, menacé d'être tourné par les divisions d'in^ lanterie du corps du maréchal Ney , qui commençaient à arriver ; ayant déjà sur ses derrières la cavalerie française, la plus grande partie de l'infanterie fut obligée de se rendre, quelques escadrons de cavalerie purent seuls se faire jour.
Un dernier, mais impuissant effort, fut encore tenté par le prince de Hohenlohe. U avait un instant réussi à réunir quelques bataillons et de la cavalerie au Las de Weibich, un peu en deçà de Weimar ; mais il n'y avait plus un seul corps organisé entre léna et Weimar; c'étaient des milliers d'hommes fuyant au hasard, chacun comme il pouvait*
On rapporte qu'à cette vue Napoléon s'écria : « Voilà