CHAPITRE XXiV
une monarchie en bien bon état t » Puis il ajouta avec
un geste de menace: « Je vous apprendrai à vous mêler de mes afEsdies 1 » U y a dans ces mots plus de rhommeque du grand homme ; il trahissait ainsi, dans un moment de colère, son irritation à Tégard de la
I Prusse ; et youlant eonsotnmer la ruine d'une armée qu'il croyait encore ôtre Farmée prussienne tout entière, il poussa toutes les troupes qui lui arrivaient dans la direction de Weîmar, lançant sur ce champ de bataille, où il n y avait plus que des vaincus, les dragons et les six mille cuirassiers de Murât. Cet ouragan de fer se précipite, pousse ces masses en désordre, y redouble la confusion, et, portant au loin Tépouvante, arrive jusque
p dans Weimar, où Murât poursuit encore ces' tristes débris qui se hâtent de fuir.
Impatients d'avoir une part dans la lutte, rien n'égalait l'ardeur de ces cavaliers ; toutefois ils ne furent
I que les ouvriers de la dernière heure. Quelques historiens, et de ceux qui ont le {dus d'autorité, les ont traités comme tels en leur attribuant une part plus grande que celle qui leur est due ; lorsqu'ils arrivèrent,
I la victoire était complète, ils n'eurent plus qu'à en ramasser les trophées. Des hommes tels que Murât, d'Hautpoul, Grouchy et les braves gens qui les suivaient ont assez de gloire pour qu'on ne leur attribue pas ici une part égale à celle de leurs frères d'armes, les chasseurs et les buasards, qui avaient supporté tout le poids du jour (1).
(1) Voir à cet égard le témoignage de Mathieu Duma<;, Précis des événements militairn^, t. XVI ; le duo de Rorigo, t. Il; le baron de m CMàiz, Eùioire (U la cavalerie.
Les trophées de la bataille étaient 60 drapeaux, 200 pièces de canon, dépouilles sanglantes dont se sont toujours enorgueillis les hommes. Quant aux résultats. Us étaient immenses : c'était toute une armée dispersée, détruite.
Le jour commençait à Laisser. NapolûoD, suivant sa coutume ; parcourut le champ de bataille, et plus d une fbis descendit de cheval pour faire ramasser des blessés, et aider paifois lui-même à les relever et à les ranimer par quelques gouttes d*eau-de-vie. U s'arrêtait surtout aux endroits où la mort avait entassé le plus de victimes, examinait la position : s'il y trouvait des 1^'ran* cals, il s'assurait par l'uniforme, par le numéro des boutons, à quel corps ils appartenaient. On le voirait chercher sur ces visages glacés par la mort s'il rencontrerait encore quelque signe de vie ; sa main alors interrogeait Je cœur, et celui qui jetait les hommes par milliers sur les champs de bataille se montrait heureux lorsqu'il en avait au moins sauvé un.
L'armée bivouaqua sur le terrain qu'elle occupait lorsque finit la journée : le corps du maréchal Soult aux environs de Schwabsdorf, sur la rive droite de rilm; le maréchal Ney, avec son infamterie occupait Weimar ; les troupes du maréchal Lannes étaient placées à l'embranchement des routes d'Iéna et de Nauenbourg ; Augereau à la gauche de Weimar.
LVmj)ereur rentra à léna ; il ne savait pas encore toute la grandeur de son triomphe.