CHAPITRE XXV
Uempereur apprend la victoire d'Âuerstndt. ^ Gloire de DavouL — Désorganisation de Tarraée prussienne. — Weimar. — La duchesse Amélie. — Le général Colbert et lo bulletin dMéna. — Erfurlh se reiul. — Ordre du jour du maréchal Ney. — Combat de , Halle. — Les prisonniers î^axons mis en liberté. — Davout entre ù
y Berlin. — Potsdam, capitulalion de Spandau. — Entrée de Na-
poléon à Berlin. — Murât fait capituler à l'renzlow le prince de Hohenlobe. — Stettin se rend. — Magdebourg ; le général Colbert bloque la rive droite. ~ Prise de la ^le ; 22,000 prisonniers. — ^ Le 0> corps à Berlin,
Bien avant dans la nuit, arriva l'adjudant général Louis Romeufy annonçant une grande Tictoire. Le maréchal Davout avait barré le passage à l'armée prussienne, coounandée par le roien personne, et Tavait complètement battue.
^ Napoléon pouvait à peine croire ce qu'il entendait ;
26^000 hommes en avaient défait et mis en déroute plus de 60,000.
Le duc de Brunswick, le maréchal MoUendorf, le général Schmettan étaient frappés à mort, le prince Guillaume de Prusse était blessé, près de dix mille hommes étaient restés sur le champ de bataille.
A côté du maréchal Darout, des hommes dont le ^ y'
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nom était déjà glorieux, Tenaient d*aequMr un immortel
renom : c'étaient les généraux Gudin, Morand, Priant, près desquels il âiut placer les généraux Daultane et Petit. Les trois divisions de Davout avaient eu 270 officiers et 7,000 sous-officiers et soldats tués ou blessés. La seule division &udin comptait 134 officiers et 3,500 sous-officiers et soldats tués ou blessés, c'està-dire la moitié au moins de ce qu'elle comptait d'hommes. Ainsi, dans la même journée, à la môme heure, à cinq lieues de distance, deux grandes batailles avuent été livrées, et de part et d'autre on avait ignoré cette double lutte.
Bien des sentiments durent traverser Tâme de Napoléon en apprenant ces nouvelles ; son triomphe était plus grand qu'il iie l'avait cru, au delà de ce qu'il aliendait. Sans doute il était avant tout dû à ses combinaisons stratégiques, mais enfin la grande gloire d'iéna pâlissait un peu devant celle d^Auerstsedt* Enfin il apprenait que si Tun de ses lieutenants avait fait plus qu'il n'attendait, il en était un autre qui n'avait pas fiait ce qu'on pouvait en attendre : c'était Bernadette. Le peu d'amertume que Napoléon rencontrait dans son triomphe put alors se dépenser sur un homme que d'ailleurs il n'aimait pas plus qu'il n'en était aimé.
Pendant la journée du 14, Bernadotte, placé, avec un corps de 20,000 hommes et une nombreuse cavalerie, entre Nauenbourg etiéna, avait, dans la matinée, par les motifs les plus mesquins de vanité, ou, ce qui est pis encore, par de tristes sentimenlB d'envie, de jalousie, refusé de se joindre à Davout qui lui offrait même de prendre le conuoaadement des deux corps
CHAPITRE XXY 3fi5 d'armée. Dans la journée, alors que Davout, pressé par une armée plus que double de la sieimet étant près de Buceomber, d^ièehait officier sur officier pour le supplier de lui envoyer au moins deux divisions de cavalerie dont il pouvait disposer* il Tavait impitoyablement refusé, se renfermant dans l'exécution littérale de
l'ordre qu'il avait reçu de se porter à Dornbourg. Ainsi, durant toute cette journée du 14, pendant qu*à sa
droite il pouvait voir les masses prussiennes et juger du désastre qjii menaçait Davout, tandis qu'à sa gauche il entendait gronder le canon dléna, les 20,000 hommes qui eussent pu être d'un si grand poids dans les destinées du jour restèrent inutiles.
n &ut convenir que la justification est difficile. La seule que Bernadotte essaya fut de dire que Dornbourg était un point par lequel les Prussi^ pouvaient Mre leur retraite, et que d'ailleurs il avait ordre de Toccuper.
Lorsque Tempereur sut tous ces détails, il montia la
plus vive indiguation. « Gela est si odieux, dit-il, que si je le faisais traduire à un conseil de guerre, il serait fusillé ; j'aime mieux ne pas lui en parler, je lui crois assez d'honneur pour qu'il reconnaisse lui-même qu'il a £Bdt une action honteuse sur laquelle je ne lui déguiserai pas ma façon de penser (1). » Tout cela grandissait la gloire de Davout, qui, ainsi abandonné, livré à lui-même, avait su, par son habileté, son héroïque fermeté, par Tindomptable énergie qu il avait inspirée
(1) Voir les deux lettres qu*il lui adressa, Tune le 21, Tautre le ^ oc* tobre iSOtt. Cwrruptmdtmee 4e Napalm, lu 11,041 ei ll.ÛSÛ.
'à ses troupes, changer un désastre probable en la plus éclatante vietolie.
Napoléon, qui d^abord avait cru à quelque exagération dans les rapports, reconnut toute la grandeur et le mérite du succès. Il écrivit à Dayout : « Vous et votre corps d'armée avez mérité mon estime et ma reconnaissance. » n voulut quelques jours après que les vainqueurs d*Auei8t8Bdt entrassent les premiers dans Berlin, el que les clés de la ville fussent apportées à Davout. Toutefois, dans le bulletin daté du 1$ oeiobre, AuersUudl semble n'être qu'un épisode de la bataille dléna.
Tout a été dit sur la supériorité tactique que montrèrent les Français dans ces deux batailles, sur Texpérience, la vigueur de leurs cbefs, d'un autre côté sur le dévouement avec lequel les généraux prussiens se conduisirait : trente furent mortellement atteints ou griùvemcnt blessés. Mais il est un point qui provoque l'étonnement, et sur lequel il est, je crois, important d^iostster. Pour peu qu'on ait suivi les détails qui précédèrent la rencontre des deux armées, on doit ètro frappé de l'incertitude, pournepasdiiederignoranee où de part et d'autre on était de la position de l'ennemi : ainsi, Napoléon aperçoit tout à coup l'armée prussienne du baut du Landgrafenbei^, il la suppose réunie tout entière et ignore que le gros de cette armée marche sur Frejboui^. Davout, de son côté, ignore complètement que des forces aussi considérables sont devant lui. Le roi de Prusse et le duc de Brunswick ignorent de même où est Napoléon, qu'ils croientmarcbersur rfUbe, tandis qu'il est devant eux. Hohenlohe enfin, dont les ivant-postes font depuis vingt-quatre beures le coup