‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 18 sur 54 · LES LUTINS · texte numérisé non relu

LES LUTINS

■AKjl 1 presque partout les paysans croient que J^SK les fées ont disparu, ils sont en général ***™ persuadés que les lutins existent encore. Toutefois on parle moins souvent d'eux sur le littoral que dans l'intérieur des terres. Les marins, me disait un de mes conteurs, ne voient pas tant de quoi, comme les terriens.

En certains pays, on semble penser que les lutins ne se montrent plus maintenant ; mais, de même que les fées, ils reviendront le siècle prochain, qui est le siècle vîiibU. (E.)

Vers le Mené, oii l'on croit qu'ils existent, on prétend qu'avant la Révolution il y avait beaucoup plus de follets que maintenant.

On dit aussi que depuis que les prêtres se font passer le livre derrière eux à la messe, les lutins,

au lieu de passer par devant les personnes passent par derrière, et c'est pour cela qu'on ne les voit plus. (P.).

■ On croit f er m e m ent, en Bretagne, à l'existence des lutins. J*ai rencontré bien souvent des vieillards qui non seulement prétendaient en avoir va, mais qui affirmaient avoir été enlevés par eox et n'avoir dû leur saint qu'à la prompte intervention de leurs parents. Cependant, si la plupart des Bretons sont convaincus que cette race a existé, ils pensent que, bien qu'il se trouve quelques nains disséminés dans les boui^ et dans les villes de la Bretagne, la masse de la nation a émigré depuis bien des années déjà pour une contrée aussi inconnue que celle dont ils sont originaires. » (Le Men, Rnmecelt.^ p. 230-231.)

On les nomme Lutins, ou MaWJeans (cf.

Maistr' Yan des Bretons bretonnants), Follets ou Esprits follets. Ce dernier nom, qui est aussi en usage dans le Morbihan, est employé plus fréquemment dans le voisinage du pays bretonnant que dans rille-et- Vilaine. Mais ce sont là leurs noms génériques ; ils en portent d'autres particuliers aux espèces, et ils sont, ainsi que leurs fonctions, assez variés.

Ils ne se montrent guère que la nuit, ou tout au moins au crépuscule. Pendant le jour ils se cachent, on ne sait pas au juste où ; cependant j'ai entendu dire à Saint-Cast qu'ils habitaient dans les bois et dans les prés. Vers Ercé, ils vont jouer autour des roches piquées, c'est-à-dire des menhirs et des dolmens.

'EFSTITIONS

le loir inr k Uùtn ie, boii sombru, iq milLcn do brnytre» détenu. ■ (Cf. Le Hea, JE»., ctU., p. JaS; cf. laui A. Bosqadp p. tjf^ Emonl de U Cheudiire, p. 18^ T>. MsDiiiei, p. 604.)

Dans u Morbihan fran;ais, les follets sont gardiens de trésors. Ce rôle est aussi attribué aux lutins bretonnants ; mais je n'ai pas retrouvé cette croyance dans les pays que j'ai eiplorés.

K II y avait une maison de follets dans le bois auprès du cliiieau où ils cachaient leurs trésors. Un garçon meunier de la rivière d'Ars, qui aurait bien voulu les avoir, alla consulter un sorder pour savoir l'heure à laquelle ils sortaient de leurs maisons et celle où ils y rentraient, et il sut qu'ils étaient dehors la nuit entre les deux chaots du coq. »

(FouiJUCI, Lifnidii du Mirbitan, p. 1,0-)

Mime cro^iDU en Normindie (cf. A. Bcai]U«, p. iJi-14)).

Qjiand une personne passait dans tme route où les follets avaient été, elle perdait la mémoire et ne reconnaissait plus son chemin.

On disait que les follets avaient fait un pacte avec le diable, et qu'ils demeuraient follets jusqu'à l'heure de leur jugement (de leur mort).

(Cenli ptr Fnn;Dii MiUlet, du Couri}', iSSo.)

• L'opinion gènérile en Breugnc eil qo'ili loni Ici lappAD

da dùble. n que c'est de lui qn'ili licnDesI leun ^cultte lur-

Mlurcllu. > (Le Ktu, Rivut crlL^ p. J^a.)

Bien que les lutins soient capables de s'attacher aux maisons ou à leurs habitants, et de se plaire à leur rendre des services, c'est ime race espiègle, généralement susceptible et malfaisante, et il n'y a point à se fier à leur amitié.

Mae de Cemy , dans sa curieuse brochure Saint- Suliac et ses légendes ^ p. 54-55, trace le portrait suivant des lutins familiers des bords de la Rance :

« Un jour il vous aime, il soigne vos chevaux, brosse vos habits, cire vos souliers, et cela dure jusqu'à ce que vous l'ayez blessé par vos paroles en blâmant les services qu'il rend gratis. Ce petit être invisible, qui ne quitte pas le logis, vous rend tous les services d'un domestique éclairé ; mais malheur à vous s'il vous prend en haine I II égare vos papiers, brouille les écheveaux de fil, dérange tout au logis, passe aux écuries et entortille les crins de la crinière et de la queue des chevaux au point de ne pouvoir les débrouiller, et rebrousse le poil de leur robe. Il jette leur avoine aux oiseaux et couvre le foin d'immondices.

« Les lutins sont très-sobres et s'amusent à faure la guerre aux sonneurs, qui ne meurent pas ordinairement de soif. Le monde leur appartient depuis onze heures jusqu'à deux heures après j

zninuit. Malheur aux ivrognes I S'ils blasphèment, *

; BT SUPERSTITIONS

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Daas le Morbihan français, les follets sont gardiens de trésors. Ce rôle est aussi attribué aux lutins bretonnants ; mais je n'ai pas reirouvé cette croyance dans 1i;s pays que j'ai explorés.

B II y avait une maison de follets dans le bois auprès du cliâteau où ils cachaient leurs trésors. Un garçon meunier de la rivière d'Ars, qui aurait bien voulu les avoir, alla consulter un sorcier pour savoir l'heure à laquelle ils sortaient de leurs maisons et celle où ils y rentraient, et il sut qu'ils étaient dehors la nuit entre les deux chants

(FoD^utl, Ugmàa df Martihan, p. 14a.)

Même croyance ca Komuodic {cf. A. Bosquet, p. 135-143).

Qjiand une personne passait dans une route où les follets avaient été, elle perdait la mémoire et ne reconnaissait plus son chemin.

On disait que les follets avaient fait un pacte avec le diable, et qu'ils demeuraient follets jusqu'i l'heure de leur jugement (de leur mort).

(Conti pir Frufois HnUet, du Gouny, iSSo.)

• L'opinion gènémle en Bteagoe est qu'ils sont Iei snppto dd diable» et que c'est de lui qu'ils tienoenl leurs f*cb]t±s snrtmlurdies. b (Le Men, RrviH aiu, p. ijo.)

Bien que les lutins soient capables de s'attacher aux maisons ou à leurs habitants, et de se plaire à leur rendre des services, c'est une race espiègle, généralement susceptible et malfaisante, et il n'y a point à se fier à leur amitié.

M^e de Cerny, dans sa curieuse brochure Saint- Suliac et ses légendes, p. $4-55, trace le portrait suivant des lutins familiers des bords de la Rance :

« Un jour il vous aime, il soigne vos chevaux, brosse vos habits, cire vos souliers, et cela dure jusqu'à ce que vous l'ayez blessé par vos paroles en blâmant les services qu'il rend gratis. Ce petit être invisible, qui ne quitte pas le logis, vous rend tous les services d'un domestique éclairé ; mais malheur à vous s'il vous prend en haine I II égare vos papiers, brouille les écheveaux de fil, dérange tout au logis, passe aux écuries et entortille les crins de la crinière et de la queue des chevaux au point de ne pouvoir les débrouiller, et rebrousse le poil de leur robe. Il jette leur avoine aux oiseaux et couvre le foin d'immondices.

« Les lutins sont très-sobres et s'amusent à faire la guerre aux sonneurs, qui ne meurent pas ordinairement de soif. Le monde leur appartient depuis onze heures jusqu'à deux heures après xninuit. Malheur aux ivrognes 1 S'ils blasphèn^n^»

IJO TRADITIOKS ET SUPERSTITIONS

s'ils injurient les lutins, s'ils font le àmulacre de joindre les voies de ùil aux insultes, ils rendent les coups avec usure; ils jettent parfois les agresseure dans les eaux ou leur cassent le cou contre les pierres du chemin, r

Dui le Jon, la

Parfois les lutins rendent service, mais A b conditioD qu'on accomplisse une épreuve, telle que deviner ud nom difficile ou inconnu, a~ qu'on le voit dans le petit conte qui suit :

Il y avait une fois un marin qui partait pour Terre-Neuve; il donna à sa femme beaucoup de filasse, et il lui dit :

— Tu la porteras i (iler et à tisser i un petit bonhomme qui tile et qui tisse dans un trou de taupe. Si la toile n'est pas prête quand je reviendrai, je te tuerai.

I.a lemme alla porter sa filasse au petit bonhomme qui tissait dans un trou de taupe, et le bonhomme en eut vite fait de la toile. Qjiand elle fut prête, il dit à la femme ;

— Je ne vous demande point d'argent; mais vous n'aurei la toile que si vous pouvez deviner mon nom.

La femme était tnen embarrassée.

DE I.A mJL T^rX-îtlèJtll.tvîîI ZL -'!

Son mm, on sr en jnfmwiuiit^, taiiiHniîi •my-jw^i^^ivoix qui

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aiiwii i iini i :

Q^iand il arriva chez lc£. £ ^it 2 se. somiE::

— Où est la toile?

— Ah I répondit-dle, efSe est fri'-y Lsosoc bonhomme me l'a montrée; icaEs ïE os issnc !k donner que si je devine son nom.

— Eh bien I dit-il, quand il râm&ai, es Ji£ diras qu'il se nomme Grignon.

Deux ou trois jours après, le petit honFirammc vint et dit :

— Savez-vous mon nom?

— Vère (oui), Grignon, répondit la bonne femme.

Et elle eut la toile pour rien.

(Conté en 1880 par François llarquer, de Saint-Gast, monssc, âgé de treûe ans.)

Dans Rodomontf ConUs de la HauU'Bretagnt, x'* série, n9 xLvin, c'est le diable dont il fimt deviner le nom ; il en est de même dans Dûk et Don, conte picard de H. ûtmoy. Dans la Jolie JUU, conte basqne recueilli par Webster, c'est une sorcière nommée Marû Kirikitomu ; dans on conte reproduit par Mèluàne, coL 1(0, c'est, coome dans 1: rédt gallot, on Imia, aonmé Fnxti-Fnnoa dont il s'agit de deviser k nom.

Ija TRADITIONS ET SUPERSTITIONS

Le Men, p. 43;, trace un portndt des esprits follets du pays breionnaat, qui se nomment souvent Follets, Bouffon-noï, Fou de nuit, Buguelnoî. Ils rendent service à ceux qu'ils ont pris ea amitié et sont les familiers des maisons,

B Heureuse la servante qui a un esprit follet dans sa manche I La maison sera balayée tous les jours avec soin, sans la moindre btigue pour elle ; la pâte sera pétrie, les crÉpes seront faites sans qu'elle y mette la main. Heureux aussi le valet d'écurie qui esc l'ami des follets I II pourra dormir la grasse matinée, laissant à son compère le soin de panser les chevaux et de nettoyer l'écurie.

Mais pour obtenir les bonnes grlces de ce capricieux esprit, i! faut être avec lui plein d'attentions et de prévenances. La moindre offense sufHt pour l'irriter, et alors il ne laissera échapper aucune occasion de vous jouer un mauvais tour.

tt Dans le nord du Finistère, et surtout dinj l'ancien évèché de Tréguier, il était d'usage, il y a quelques années, de placer dans un des coins du foyer une pieire plate ou un galet sur laquelle le Boufion-uoz venait s'asseoir la nuit pour se chauffer. On avait soin aussi de ne pas couvrir entièrement la braise de cendre. Mais un jour une servante, qui n'avait eu qu'à se louer des services du follet, eut la mauvaise idée de faire rougir la pieire. Le pauvre Bouffon-noi se brûla

onellemeat; mais à partir de ce nKMoeDt, liea ne réussissait à la malideuse serrante.... Elle fit tant de maladresses qu'elle fat congédiée de la femie où jusque-là elle avait vécu heureuse. •

Ce xédt se retrouve en rebstmoe dus FUstoive éa tau £»> mUier de Keiarbom, qiie M. Lnad a reuacée daas hmoÊtma (p. 76-77).

Bans on coate de Sonvestre, Tn^-ar-PaB/ûf , an eu à se knier d*im garçon de lame k pread en aide à se marier, et aussi à kboorer; maiiaaiBBnBe, de ce qu'elle avait en de lui un dieval sans queue, biaise sur Taire un jour que le lutin donnait aaefitei Ib s'en vont iniienx, et depms tout alla asal i la (Cf. aussi dans Lnsel, UgtmUs e hr it û n tu s, t. II, p. 175, na conte portant le même titre que celui de Souvestre, mais qn» en iiSèn beaucoup.) Une légende assez voisine de cdSe-ci, as uioîns quant an moyen de se débarrasser du latin, est rifaaté» par A. Bosquet dans la Normamdie marvâlUmn, p. i)0.

Je n*ai rien recueilli personnellement sur les lutins Êuniliers des maisons, du moins sur ceux qui se plaisent à rendre service; en revanche, j*ai un assez grand nombre de récits où som racontés leurs méfaits.

n y avait autrefois des femmes qui allaient filer dans le fournil, conmie c'était alors la coutume en hiver. Elles entendirent la crémaillère qui Caisait grand bruit, et elles crurent que c'étaient les gars qui s'amusaient à leur faire peur.

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