I$0 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
U fois ressemblance de nom et de gestes. « Un des hoppers les pins connus et les plus redoutés dans les environs de Qiiimper est lan au Od (Jean du Rivage). Il se tient toujours sur le bord des rivières, faisant entendre continuellement le iou bo$ibo»t cri guttural fitmilier aux paysans bretons lorsqu'ils rentrent le soir. Si quelque passant répond à ce cri, lan an Od firanchit en on clin d'ceil la distance qui le sépare de l'imprudent et répète le même cri. Si le pas&ant y répond encore, il franchit la moitié de l'espace qui lui reste i parcourir. Enfin, s'il y retond une troisième fois, lan se trouve subitement près de sa victime, qu'il étrangle ou qu'il noie, s'il est dans le voisinage d'une rivière. » (Le Men, p. 420.)
En Picardie existe aussi un lutin appelé le Houpeur on Honpeux. (Communiqué par M. H. Camoy.)
l'éclaireur ou ÉCLAIROUS
Vers le Gouray, on le nomme FatUeux; vers Ploêrmel, la Buette (Bluette). La vue du feu follet est très-redoutée,-en certains pays surtout, où on la considère comme un présage de mort. Pour les Gallots, le feu follet n'est point un météore, mais une entité, revenant ou lutin, dont il n'est pas prudent de s'approcher.
Vers Bécherel, on dit que VÉclairous bu Éclaireur — c'est le nom donné au feu follet — est im prêtre qui a perdu une hostie dans l'eau, et qui est condamné à la chercher jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée. C'est pour sa pénitence qu'il erre
ainsi. On aurait la vue brûlée, si on avait l'imprudence de lui faire quelque chose ou de lui
Quelquefois oa voit le prêtre lui-même avec son étole violette ou noire au cou, et son
(Coott en 1880 parjouph LegEndic, ilc SuDI-Brinc-.jei-ISi.] IHas l'Ornï, les fcDi foUeu sont ds Idics de pt^tits qui se amnc 11 chisint. En Haoïe-Ni
Mais le feu follet est plus géoëralement ua lutin qui a de grandes affinités avec le lutin breton qu'on désigne sous le nom de Paeirik be
skod Ion, le petit homme au tison enflammé
« C'est un petit lutin qui tient à la main un tison allumé et qui voltige, comme un papillon de nuit, au-dessus des prairies et des marais, en brandissant son tison.... J'ai entendu dire que ces mauvais esprits ont souvent égaré et quelquefois noyé des gens ivres ou des téméraires qui les avaient poursuivis en voulant les atteindre. »
(Luid, FiJlUn tmaaia, p. 64. Cf. au»i Le Mec, p. 411.)
L'Éclairous, à ma connaissance du moins, n'est pas im lutin fondërement méchant. 11 ne noie
pas les gens et les éclaire même au besoin ; maïs il n'aime pas qu'on se montre irrespectueux à son égard ; sinon il se venge en faisant prendre aux mauvais plaisants un bain forcé.
Un homme, qui était un peu en ribote, vit VÈclairous qui voltigeait près d'une mare.
— Viens m'éclairer, lui dit le laboureur en plaisantant, et pour ta peine je te donnerai une de mes puces.
Cette parole sembla irrévérencieuse au lutin, qui fit tomber l'ivrogne dans la mare, et loi lançait de l'eau sur la figure et sur tout le corps, en criant : « Voilà pour tes puces 1 voilà pour tes puces 1 »
(Conté en 1878 par Henri Louapre, d'Adgné.)
Un jour un homme allait pour passer une planche jetée sur un ruisseau ; de l'autre côté, il vit VÈclairous, et il lui dit :
Éclaire-moi, FoiranT; j'vas tMonner deux liards I
Le lutin l'éclaira; mais quand l'homme fut passé, il ne lui donna rien, et l'Ëclairous, pour se venger, le tantouilla dans l'eau et le foula longtemps.
(Conté en x8lo par FrançoiM Domoftt, d'Eicé.)
Le lutin spécial à la mer, el qui se plait à jouer toutes sortes de lours aux pêcheurs, c'est Nicole, lutin spécial à la baie de Saini-Brieuc et â celle de Saiut-Malo, lutin très-moderne, puisi^ue son apparitioaDe date que des premiÈies années de U ResMUralioti. Le Magasin pittoresque de 183}, duis une curieuse notice dont voici des extraits, doime mfme la date de 182J :
B 11 n'était plus possible de pêcher en sécurité. Nicole traversait ou brouillait les filets ; quelquefois U les tirait si fortement qu'il les aurait eolevés, et force était de les amarrer aux bancs de la chaloupe, en attendant qu'il plût k Nicole de poner sur quelque autre objet son humeur batifolante- Souvent il sautait au miUeu des petits poissons que le filet ramassait, et faisait des trouées dans les mailles. Il s'amusait aussi i soulever les ancres des bateaux à huîtres, pendant que les matelots étaient dans des embarcations légères à draguer sur les bancs ; ils n'avaient que le temps d'accourir pour rattraper le bateau en dérive. Souvent ausà Nicole s'eo prenait à la drague et l'embrouillait datis le ftlet.
« A Saiat-Casi, Nicole a cotiduit l'un après
Tautre, du port dans la rade, quatre à cinq bateaux dont les maîtres étaient absents. Qpand les embarcations étaient trop fortes pour qu'il pût les entraîner, il saisissait le câble de la bouée et Tentortiilait dans le cible de l'ancre.
« Il paraît qu'on l'avait surnommé Nicole, du nom d'un officier qui, pendant la guerre, commandait une péniche armée, et s'était montré envers les pécheurs d'une grande sévérité. Les marins, un peu rancuneux, disaient plaisamment que c'était Nicole, devenu poisson, qui s'amusait encore à les venir tourmenter.
« On n'a pu ni le prendre ni le tuer; cependant il ne s'effrayait pas facilement. On croit avoir reconnu que c'était un gros marsouin ; mais il n'accostait point les autres et allait toujours seul. Au bout de trois mois et demi, il disparut, sans qu'on l'ait jamais revu depuis ni ailleurs. »
D'après M. Habasque, qui retrouva des souvenirs de Nicole à Hrquy, son séjour sur ces côtes aurait duré trois ans.
« Il mêlait, lui raconta un ancien matelot, les lignes, enlevait les grelins, faisait dériver les bateaux, s'attachait à l'un plutôt qu'à l'autre, et ne faisait aucun cas des balles, parce qu'il était invulnérable. Heureusement, enfin, il s'attacha à un navire de Terre-Neuve, et oncques depuis on ne l'a revu. Notre conducteur nous fit, à l'occa-
. de Nicole, toutes sortes de cornes plus uns que les autres, et il nous airetint de l'homme de mer, que tous ont toujuts vu, excepté celui qui vous raconte l'his-
J'ai maintes ftris, sur plusieurs points du litsral, trouvé des pécheurs qui avaient vu Nicole. \. Saint-Briac, un capitaine au long cours m'a ssuré qu'il était à sa connaissance que Nicole vait fait des nteuds comnae seuls les marias ïpérimentés peuvent les faire, ei que plusieurs bis il s'était amusé à changer les ancres des lateauK, mettant â un navire le grappin d'un :anol de pèche, et réciproquement. On prétend i'ailleurs qu'il avait des raains.
Voici les diverses dépositions quej'ai recueillies I Saint-Cast au sujet de Nicole ;
Nicole a apparu pour la preniiÉre fois un jour le la fête de l'Ascension, que des pécheurs de ïaint-Cast étaient allés, malgré la défense du "ecteur, lever leurs rets sur le banc de la Horaine. -e poisson se levait sur l'eau et jetait le feu a. à
Depuis, il joua maints tours aux pécheurs, et :baque fois qu'il était parvenu à les faire endéver, în l'entendait s'esclaffer de rire auprès du bateau. Un jour il conduisit assez loin la barque d'un pécheur dont il avait fait tomber â l'eau les avi-
rons, de sorte qu'il ne pouvait gouverner. Quand le pêcheur se vit loin, il dit :
— Nicole, c'est toi qui m'as enlevé mes avirons et amené ici; tu vas me ramener au port.
Nicole, qui probablement était en bonne humeur, ramena le bateau jusqu'au port.
(Conté en 1879 par Rose Piron, de Saint-Cait.)
Nicole prenait l'amarre de la patache et sautait haut comme les mâts sur la mer.
Il s'en est allé avec un navire.
Nicole venait chercher Faruel et Ménard, et les menait jusqu'à la Fresnaye.
(Conté en 1879 par Seolasii<|ne Durand, de Plévenon.)
Nicole ne faisait pas grand mal à l'époque de la pèche aux maquereaux.
Un jour, le père de Marie Durand allait à la drague. Étant en colère, il s'écria :
— Viens donc, sacré Nicole !
Aussitôt Nicole frappa l'eau avec sa queue et jeta à bord du bateau cinq ou six seaux d'eau pour le moins.
Un jour on était à bénir un des bateaux de la Fresnaye. Nicole le prit par son amarre et le mena jusqu'à la Corbière. Le prêtre qui était à bord jeta de l'eau bénite à Nicole, et le conjura, et depuis on ne l'a plus revu.
(Conté par Marie Durand, de Saint-Cast. On pensait t[U c'était rime d'nn garde-pèche trés-sévére.)