LUTINS DIVERS
Le Ronjom est un lutin qu'on voit surtout le soir, à la tombée de la nuit ou à Taube matinale. Cela aboie comme un chien, et ce n*est pas un chien ; cda est gros comme un chien, mais n*est pas un chien ; et cela ronge toujours on ne sait quoi, disent les paysans. (Environs de Dinan.)
On appelle Rongeur d*ûs nn homme transformé en chien par les sorciers, qxd se promène la nuit dans les mes de Bayenx en rongeant des os et en traînant des chaînes (cf. A. Bosqnet, f. 236).
Le Faux singe est un Mait'Jean constitué comme un homme, qui courait après les femmes pour les violer.
Le Veau blanc est un lutin qui, sous la forme que désigne son nom, frappe au ventre les femmes enceintes pour leç faire avorter ; quelquefois il tette les femmes ou emporte leur enfant.
(Conté en 1880 par J. Lq^endre, de Saint-Brieac-des-I£Es.)
La Bête blanche, qu'on appelle aussi VOurse blanche, était une bête blanche ou grise, qui sau-
tait sur le dos des hommes, les volait ; eUe s'attaquait aussi aux femmes pour les violer. (E.)
Un fermier nommé Lorre, qui habitait Quévert, près Dinan, il y a environ trente ans, voyait tous les soirs, à la tombée de la nuit, une bête Blanche un peu plus grande qu*un veau, qui rôdait autour de sa maison. Lorre, qui était un anden soldat, mit une balle dans son fusil et tira sur la béte, mais sans lui faire du mal, et elle continua pendant assez longtemps à venir se promener autour de la ferme.
La Guenne se présente tantôt sous la forme d'un bouc, tantôt sous celle d'un chien ou d'un mouton. Elle dévorait tout, et personne ne pouvait lui résister : elle tenait tête à sept ou huit hommes.
C'est probablement ce qu'on appelle ailleurs, par corruption, la Diane.
(Conti en x88o par J. Legtndxc, de Saint>Brieoc-des>Ifis.)
s II. — LES ANIMAUX LUTINS
côté des lutins qui ont leurs noms et leurs fonctions spéciales, il en est d'autres qui n'ont point de noms particuliers, mais qui peuvent se montrer sous les formes les plus diverses, sous celles d'hommes, sous celles de bêtes ; même parfois ils prennent l'apparence d'objets inanimés.
Les lutins bretonnants jouissent aussi de cette faculté de transformation, ainsi qu'on le verra par les extraits qui suivent :
<c Les lutins sont des esprits méchants... qui prennent toutes sortes de formes, celles d'un taureau ou d'un bélier, qui tuent les passants à coups de cornes, ou d'un lièvre qui passe entre les jambes de ceux qui traversent un pont et les fait tomber dans l'eau. »
(Le Men, p. 419.)
Une note de Souvestre (Foyer breton, t. I, p. 114) rapporte que saint Ronan fut accusé, dit Albert de Morlaix, « d'estre sorcier et négroman-
l6o TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
tien ; faisant comme les anciens lycanthropes qui, par magie et art diabolique, se transformoient en bestes brutes, couroient le garou et causoient mille maux dans le pays. » Bien que cette accusation ait été reconnue fausse plus tard, ropinion que saint Ronan avait le pouvoir de se transformer en animal est établie dans nos campagnes. Il ne faut point oublier, du reste, que les druides et les bardes passaient pour avoir le privilège de se transformer à leur gré. Les premiers apôtres qui se substituèrent à leur autorité durent nécessairement avoir ce pouvoir. Le barde Taliésin se vante, dans un de ses chants (Mytnrian, I, p. 20), de pouvoir devenir à son gré biche, coq ou chien.
Un autre conte de Souvestre (t. I, p. 199) montre le teuz-ar-pouliet sous la forme d'une belle grenouille verte.
« »— Je prends, dit le lutin, successivement toutes les formes que je veux, à moins que je ne préfère me rendre invisible.
«* — Mais ne peux-tu te montrer sous l'apparence ordinaire à ceux de ta race ?
ff — Sans doute, si cela te fait plaisir.
(c A ces mots la grenouille sauta sur le dos d'^in des chevaux, et se changea subitement en un petit nain vêtu de vert et portant de belles guêtres cirées, comme un marchand de cuir de Landivisiau.
DE LA HAUTE-BRETAGNE l6[
V Tu sais sans doute que les korigans du pays du blé blanc et de Cornouailles ont déclaré la guerre i notre race, parce qu'ils l'accusaient d'èire favorable aux hommes. Nous avons été obligés de nous réfugier dans l'évêché de Léon, OÙ nous nous sommes d'abord cachés sous différentes formes d'animaux. Depuis, nous avons codinué à prendre ces formes, par habitude ou par fantaisie. » (P. îoo.)
Les transformations des lutins gallots ne sont pas moins variées ; on les voit prendre plusieurs formes d'animaux : il y en a qui se chaogeut en chevaux, en petits chiens, en moutons, en lièvres, et parfois même en pourceaux. « On les rencontre sous la figure d'un lièvre blanc, d'un chien noir, d'une chèvre blanche, d'un écureuil, d'un beau cheval blanc qui offre sa croupe. B (M"' de Cerny.)
On trouvera ci-après, au chapitre des Mammifira domestiques, deuxième parlie, les transformations en lutins de chacun des animaux dont la monographie s'y trouve. Voici diverses formes que prend Mourioche, animal lutin [rës-connu en HauEe-firetague. J'ai mis i la suite quelques autres transformations de bêtes en lutins ou de lutins en bêles, car il n'est pas aisé de savoir quelle est au juste l'opinion des gens à ce sujet.
l62 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
MOURIOCHE, LA FAUSSEROLS, ETC.
Mourioche a généralement Tapparence d'un poulain d*un an; mais il peut revêtir d'autres formes. Il y a des lieux qu'il affectionne, et j'ai connu plusieurs personnes qui affirmaient l'avoir vu. Quoiqu'pn ne sache pas au juste quel mal il peut faire, il est trës-redouté, ce qui . vient peut-^re de ce qu'on en fait une sorte de Croquemitaine dont on menace les petits enfants pour les faire rentrer le soir. A Matignon, on disait autrefois aux enfants qu'on voulait coucher de bonne heure : « Hattaî (viens, hâte-toi), mon p* Ht gars \ Mourioche teprenrait / » à moins qu'on ne leur assurât que « la grande nuit de PlébouUe (pays situé à l'ouest) allait venir les emporter. »
On dit parfois en proverbe : « Il a eu peur comme s'il avait vu Mourioche. »
En rendant compte d'une de mes précédentes publications où était cité ce proverbe, M. Fitzgerald fiût observer qu'en Irlande, pour dire qu'un homme a eu peur, on se sert de l'expression : « He saw Morogh, il a vu Morogh. » Ce personnage irlandais était, parait-il, Morogh O'Biyen, baron célèbre par ses déprédations (cf. Academyy 30 juillet 1881).
D'après Habasque (Notions historiques'). Mou-
rioche prenait jadis un grand nombre de formes aux environs d*Erquy. « Mourioche, qui revêt toutes les formes; Mourioche, la monture du diable, qui vole avec la rapidité de Téclair, que parsèment des points lumineux, et qui s'allonge tant que Ton veut, assez du moins pour porter quatre personnes. Malheur à qui se trouve sur son passage 1 mais doublement malheur à Timprudent qui aurait la témérité de vouloir monter ce coursier d'étrange espèce ! Il serait précipité dans un abime, ou il aurait le cou tordu ; aussi personne n*ose sortir de sa maison quand on sait Mourioche dans le pays. »
Vers Jugon, Mourioche s'appelle Mourioche ou la Guenne ; il se présente souvent sous la forme d'un cheval. Si on a l'imprudence de monter sur son dos, il vous jette dans l'étang de Jugon.
Parfois aussi il est semblable à un mouton qui grossit, grossit et devient haut comme une montagne.
Il y a une formulette pour le maudire, on lui crie:
Monrioche, Le diable t'ècoixhe. (D.)
Voici quelques récits où Mourioche est mis en scène:
Mourioche prend la fonne de cochon, de mouton ou de bête blanche.
Un homme de Catudan rencontra au ras de la Pierre-Plate, au-dessus de Beausoleil, le diable Mourioche sous la forme d'un mouton blanc qui avait des espèces de bras. Mourioche le prit à bras-le-corps et le jeta par dessus un fossé. L'homme croyait en être quitte ; mais Mourioche revint et le jeta encore. Cela se passa plusieurs fois ; mais le mouton blanc finit par disparaître sans avoir rien dit. (P.)
Il y avait une fois un homme qui était un petit chaud de boire. Comme il allait passer un échalier, il vit dessus un petit chat.
— Hau ! dit-il, on prétend qu'on voit ici Mourioche. Je crois que le voici. AÎVous-vous tirer de là, Mourioche, pour me laisser passer ?
Mais, ouah I Mourioche ne bougeait point.
— Valle^i vous tirer d'ià tout comme, répéta l'homme.
Mais le petit chat ne se dérangeant pas, il prit un bâton et en frappa deux ou trois coups sur la tête du lutin, qui roula sur lui-même et de\*int gros comme une belle génisse, puis disparut.
A l'échalier suivant, la génisse était là.
— Valle:^ vantiez (peut-être) ne pas vous tirer d*ma vée, Mourioche; j'àlhns cor veir.
'de la HAUTE-BRETAGNE l6$
Il frappa la génisse d'un coup de bâton qui la fit dérouler jusque dans le creux du iossé. Il passa Téchalier et ne vit plus rien.
A réchalier d'après était une bête grosse comme une vache. L'honune commençait à avoir peur; mais pour se rassurer, il cria bien haut :
— Mourioche, i/alle^ cor vous tirer de ma vée, que je vous dis.
Il frappa de nouveau la bête qui disparut ; mais plus loin, il la vit qui était grosse comme un boeuf: elle marchait sur ses talons. Il rentra chez lui, et quand la porte fut fermée, il entendit la bête qui courait et criait en faisant du bruit comme quelqu'un qui déchire de la toile.
(Conté en 1881 par J. M. Comault, du Gouray.)
Mourioche était une bête qu'on rencontrait le soir dans les chemins et dans les sentiers les plus fréquentés ; elle n'avait pas le droit d'aller à travers champs, parce qu'ils étaient bénits.
Tous ceux qui la voyaient s'enfuyaient à son approche; mais il y avait des gens qui disaient qu'ils n'avaient pas peur de Mourioche, et que si jamais ils le rencontraient, ils verraient par euxmêmes s'il était à poil ou à plume.
Un soir, l'un d'eux s'en revenait du bourg de
l66 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
Plévenon par un sentier très-étroit, lorsque tout à coup, au moment de passer un échalier, il vit une bête énorme qui se planu devant lui en lui barrant le passage.
L'homme n*eut pas peur ; il cracha dans sa main pour mieux tenir son bâton à marotte» et il franchit le talus. La bête resta un moment surprise ', mais elle se trouva encore devant lui à ï'échalier suivant. Il passa comme la première fois par dessus le talus, sans frapper la bète» mais en se promettant bien de ne pas l'épargner s*il la revoyait encore.
Au troisième échalier, elle lui barrait le passage. Le fossé du talus était profond et trop large pour pouvoir être sauté, et comme on était en hiver, l'homme ne se souciait pas de prendre un bain.
Il s'élança sur la bête qui lui barrait le passage, et pendant une demi-heure il la frappa à coups de bâton. Tout à coup, elle poussa un grand cri et lui dit :
— Arrête, et ne me frappe plus I
Et soudain elle changea de forme, et à sa place il vit un de ses voisins qui était blessé au front et le supplia de ne jamais raconter sous quelle forme il l'avait vu.
Il le remercia d'avoir eu le courage de le délivrer en le blessant, car, sans cela, il serait resté
SOUS la forme de Mourioche et aurait appartenu au diable.
L'homme tint parole à son voisin, et il ne raconta l'aventure que six mois après sa mort, et encore il ne dit point son nom.
(Conté en z88o par ÉUe Ménard, de Plévenon.)
D'après ce dernier récit, Mourioche ne serait antre chose qa'nne des formes du lonp-garoa.
Autrefois Mourioche était un homme ou une femme qui s'étaient vendus au diable. Celui qui avait conclu ce pacte se frottait avec une liqueur et pouvait se changer en la bête qui lui plaisait. n avait alors, outre sa force ordinaire d'homme, celle de la bête dont il avait pris la forme ; mais il ne pouvait en user pour faire mal à des honunes.
(Conté en x88z par Isidore Poulain, de Plévenon.)
Un soldat qui revenait du régiment disait, en parlant de Mourioche :
— Je voudrais bien le voir
Le s<Mr même il vit Mourioche qui l'attendait sur un échalier. Us se colletèrent tous les deux ? maïs si l'homme n'avait pas appelé le bon Dieu à son secours, il était perdu.
(Conté en 1879 par Pierre Deron, de CoUinée.)
Mais il parait que si on a le courage de lui
l68 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
résister et qu'on parvienne à lui faire peur, le lutin se montre plus docile, ainsi qu'on le verra dans les deux contes qui suivent.
Un tailleur quijs'en venait de coudre se trouva, en passant un échalier, à cheval sur Mourioche, qui se mit à l'emporter :
— Où me mènes-tu ? dit le tailleur.
— Je vais te noyer, répondit Mourioche.
— Si tu ne me conduis pas bien droit à ma porte, je te couperai les oreilles avec mes ciseaux.
Le lutin eut peur, et il déposa le tailleur à sa porte.
Cf. le Fersiy Cont. popul., a» série, n» lvii : c'est un lutin en forme de poulain qui, menacé par un tailleur, le reconduit i sa porte sans lui faire de mal. Cf. aussi Goudé, Lég. de ChâUcL*hriant, p. 39 ; la béte de Béré est vaincue par un gars hardi qni lui tient tète.
Mourioche monta une fois sur le dos. d'un homme qui n'avait pas peur. En arrivant dans l'aire, il cria à sa femme : « Viens voir, j'ai apporté Mourioche ; » mais quand elle vint pour le voir, il avait disparu.
(Conté par F. Mallet, du Gouray.)
Voici un autre récit où Mourioche semble une transformation du diable :
Il était une fois un homme de la Ville-Orien fen Saint-Cast qui s'en revenait de Matignon.
Non loin de sa maison, il rencontra une bête qui était, à ce qu'il croyait, une brebis. Il l'emmena chez lui et l'enferma dans son étable.
Le lendemain, quand il alla la voir, au lieu d'une brebis, il vit une vache; le jour d'après, c'était un cheval. Il commença à se repentir de l'avoir emmenée, et il pensa que peut-être elle jetterait des sorts sur sa maison. Il la laissa encore toute cette nuit dans son étable, et le lendemain, quand il y retourna, elle était redevenue brebis. Quand elle le vit, elle se mit à rire et lui dit :
— Pourquoi viens-tu me voir ainsi tous les matins ? Tu es bien curieux !
L'homme fut bien ébahi d'entendre la bête parler ; mais quand il regarda dans l'étable, il vit tout son troupeau crevé.
— Ah ! s'écria- t-il, tu as tué toutes mes bêtes. Tu vas sortir de l'étable !
Mourioche s'enfuit aussitôt, enlevant la moitié de l'étable et les trois enfants de l'homme, qui ne les revit jamais.
Le fermier voulut reconstruire son étable ; mais ce que les maçons faisaient pendant le jour, Mourioche venait le défaire pendant la nuit.
Un jour que l'homme était à se désoler, il trouva dans un coin le collier que Mourioche avait laissé ; il le vendit, et comme il était tou^
lyO TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
en or, il eut de quoi se mettre à son aise pour le restant de ses jours.
(Conté iHU" François Marquer, de Saint-Cast.)
Le collier laissé par le lutin ou diable a pour stmilaire la bride d'or du Fersé, Coni. pcpul., 2* série, n9 lti.
Vers Châteaubriant, on redoute la bète de Béré, qui a la plupart des attributs de Mourioche et subit des transformations analogues. Sa monographie a été écrite par M. Goudé, Histoira et Légendes de ChâUaubriant, p. 33 et suivantes.
Mourioche semble aussi apparenté à la Grand'Bète du B erry , sorte de chienne de la grosseur d'une vache qui suit, sans leur fiûre de mal, les passants attardés (Martinet, p. 3). Au sortir des taillis de Champeaux, ils entendirent tous les oiseaux du bms crier à la fois, et virent une hête qui était faite tout comme vu veauy tout comme un lièvre aussi. C'était la Grand'Bète. (Maariœ Sand.)
G. Sand consacre à la Grand'Bète tout un chapitre de ses Légendes rustiques. (Cf. aussi Laisnel de la Salle, I, p. 177.)
La Fausserole est une bête assez semblable à Mourioche, qui se promène à Saint-Cast, tantôt sous la forme d'un chien, tantôt sous celle d'un veau. On entend piétiner : c'est la Fausserole qui arrive et jette les gens par terre. Bien des personnes Font vue, et il y a surtout un endroit où elle apparaît et qui se nomme la Fausserole, soit que la bête lui ait donné son nom, soit qu'elle ait emprunté le sien au lieu où l'on a le plus coutume de la voir. La Fausserole n'épargne même pas le clergé: en 1832, M. G^rmao, alors reaeur de Saint-Cast, fut secoué par la Fausserole.
Des gens de Calorguen qui vivent encore, mais sont aujourd'hui des vieillards, allaient à la chasse dans leur jeune temps, et chassaient surtout la marte. Un jour qu'ils étaient près de la Hamelinaye, leurs chiens aboyèrent, et ils crurent que c'était après une marte. Ils coururent et virent au pied d'un arbre une bête blanche, grosse comme un agneau ; à mesure qu'ils s'en approchaient, elle grossissait et devenait monstrueuse. Us eurent grand'peur et s'enfuirent, se promettant de ne jamais y retourner. Mais assez longtemps après, comme ils s'en revenaient tous les trois de leur journée, leurs chiens coururent encore en aboyant vers une bête qu'ils prirent pour une marte. Ils voulurent s'en assurer et les suivirent. Arrivés près d'un chêne, ils virent que la bête y était montée; Ils montèrent aussi, et alors la bête leur dit: « Qui descendra premier, vous ou moi? » Ils eurent encore trèspeur et descendirent vite ; mais la bête descendit aussi et courut vers la rivière. Elle se jeta à la nage, et ils l'entendirent battre l'eau comme la roue d'un moulin.
Un homme de Calorguen, nommé Jean Lhermite, a raconté bien des fois qu'un soir, revenant de Rennes le long du canal, arrivé sous l*Angevinais, un peu en deçà de Donha, il
entendit dans le bois quelque chose qui remuait, et il vit tout à coup une énorme bète blanche qui voulut se jeter sur lui. Il n'avait jamais eu peur de sa vie, et il crut, comme on n*y voyait pas trèsbien, que c'était un des chiens de la ferme de Boutron, où il y en avait de très-gros. Il se défendit en la frappant avec son bâton. A la fin, la bête le lâcha et se jeta à la rivière, qu'elle traversa. Alors il monta à Boutron et frappa à la porte de la maison; on lui ouvrit, et il put s'assurer que tous les chiens étaient là. Il fut pris d'une si grande frayeur qu'il n'osa retourner seul chez lui, et on fut obligé d'aller le reconduire.
(Recueilli par MU« Élodie Bernard.)
Quelquefois ces croyances aux lutins sont exploitées par des malfaiteurs, des fraudeurs ou de simples mauvais plaisants. Ceux qui veulent faire peur s'enveloppent d'un drap blanc, ou se couvrent d'une peau de vache dont les cornes sont tournées en l'air, et marchent à quatre pattes ou par bonds. Le métier n'est pas toutefois sans danger, car il peut se trouver, surtout maintenant, un paysan moins superstitieux que les autres, qui tire sur le prétendu diable ou esprit.
Peu de temps avant le meurtre de Mii« des
DB LA HAUTB-BKET&6HB I7)
Ville-Audren et de sa domestique, qui fureai assassinées à Matignon, au commencement de la Restauration, une forme étrange se montra à plusieurs reprises daos les rues de la petite ville : elle était couverte d'une peau poilue et faisait entendre des cris qui ne ressemblaient à ceux d'aucune bite. L'apparition allait soulever le loquet des portes en cherchant i les ouvrir. Si elle y parvenait, elle entrait à moitié, puis se retirait en poussant un cri effroyable. Personne n'osait plus sortir de chez soi après la nuit close. L'apparition cessa brusquement dés le lendenwin de l'assassinat. (M.)
s III. — COMMENT ON SE PRÉSERVE DU LUTIN
UTRE Teau bénite, qui est employée contre les lutins et les démons, on peut encore se préserver des malices du lutin par des moyens moins orthodoxes, mais tout aussi efficaces : si on parvient à lui faire renverser un vase plein de millet, de pois, de son ou de graines de lin, il ne revient plus.
Quand on veut que les lutins ne repassent plus par un endroit, il faut mettre de la graine de Un dans un vase; ils la renversent, et comme ils sont obligés de refaire tout ce qu'ils ont défait, ils ne peuvent ramasser toutes les graines avant le jour, et on ne les revoit plus.
(G>nté en 1880 par Françoise Dumont, d'Ercé.)
Cf. Littérature orale de la Haute-Bretagne, p. 184, nn conte où le Faudeur renverse étoordiment tm godet rempli de pois -, ane autre fois, c'est de la graine de trèfle qu'on lui jette à la tète (Ibid,, p. 18$).
« Le plus sûr moyen de s'en débarrasser est de placer en équilibre à la porte de la maison hantée un boisseau de grain de mil^ de sable ou de son.