ERRANTS
l'xwE des apparitions les plus communes est celle des châsses ou bières posées sur des ichaJiers de pierre, au bord de la route.
L'ombre portée des arbres éclairés par la lune dessine en effet, parfois, sur les pierres plates qui servent de clôtures aux champs, aux endroits où aboutit un sentier, des formes dans lesquelles les esprits prévenus voient des châsses recouvertes d'un drap blanc. (Matignon et beaucoup d'autres pays.)
Les châsses posées sur les échaliers sont un présage de mort pour celui qui les voit. (S.-C.)
Une lavandière prétendait que rien n'était capable de lui faire peur la nuit, et elle disait à qui voulait l'entendre qu'elle irait bien seule partout et à toute heure.
Un soir, en passant un échalier, elle vit un drap blanc qui semblait recouvrir une châsse;
elle prit son battoir et se mit à en frapper le mauvais plaisant, qui s'enfuit en criant.
Mais une autre fois, elle vit une véritable chAssc avec un drap blanc dessus ; elle eut peur et résolut, cette apparition s*étant présentée devant elle à diverses reprises, d'aller raconter le fait à son confesseur. Celui-ci lui conseilla d'aller liardiment et de border le linceul sur la châsse. Elle le fît, et l'apparition disparut aussitôt ; mais l'émotion qu'elle avait éprouvée la rendit malade, et peu après elle mourut.
(Conté par Jean Bouchery, 4e Oourdain, 1878.)
Un jour, des gens qui allaient chercher leurs chevaux le soir virent sur leur chemin, trois chlsscs en rang :
— Si je savais, dit l'un d'eux, que c'en serait une, je la prendrais pour me servir ces jours-ci.
Il alla pour en soulever une ; mais il la trouva pesante :
— Ah 1 s'écria-t-il ; il y a des morts dedans. Ils voulurent passer par ailleurs ; mais les
châsses les suivirent. A la fin, elles se plantèrent debout, et les hommes purent passer; mais ils avaient les cheveux dressés sur leur tête.
(CcmUc en 1880 par Marie Sanson, de Saint-Cast.)
En r> sse'Normandie, contrée voisine d'ane partie du pay>
gaUot, on voit fréquemment apparaître des bières. Ce sont de grands cercueils blancs que l'on rencontre la nuit dans les cimetières, au milieu des chemins, ou placés sur les échaliers, et qui barrent la route aux voyageurs. Si un passant est obligé de déranger une bière, il doit s'en approcher avec beaucoup de respect, la retourner bout pour bout^ puis la remettre à la même place. C*est ainsi qu'il évite tout danger (Amélie Bosquet, p. 275-276). Les châsses apparaissent aussi en Berry, où elles portent le même nom qu'en Haute-Bretagne (cf. Laisnel de la Salle, 1. 1, 119).
Les cierges qu'on voit errer la nuit, et qui souvent sont portés par àts filles en blanc, sont des cierges qui ont été bénits à la Chandeleur, et que les personnes à qui ils appartenaient ont fait servir à des usages profanes ou moqueurs. C'est en expiation de cela qu'elles sont, après leur mort, obligées de les porter à la main.
(Conté par Joseph Legendre, de Saint-Brieuc-des-Ifis, 1880.)
« Un soir des jeunes gens aperçoivent une lumière ; ils s'en approchent et voient un cierge sans chandelier. Us veulent passer à côté ; mais le cierge se dérange et leur barre le chemin. L'un d'eux frappe le cierge de son bâton et l'envoie dans un champ voisin, où il «'éteint. En se retournant, il vit une forme blanche couronnée de roses et portant à la main un cierge brisé. On lui dit dans un veillois qu'il lui arriverait malheur, et de
fait il entendait une plainte continue. Il pria un de ses amis de vemr le veiller; niais celui-ci s'endormit, et le lendemain il trouva à la porte son camarade mort, et à côté de lui le derge brisé. »
(M«« de Cemy, p. 31-32.)
jfifi^l la tombée de la nuit on voit — ce sont ^WB ^""out des femmes auxquelles cette "^" apparitioD se montre — des prêtres glissant comme des ombres ou des hommes blancs. Ceui-d, qui ont le visage a blanc comme des linges n et sont habillés de blanc, ne se montTent qu'aux femmes isolées, et seulement pendant l'été. Il y a quelques années, le bruit d'apparitions de ce genre se répaodit aux environs de Plancoët et prit une telle eonsisiance, que la presse s'en mêla, et un peu aussi la gendarmerie.
En pinceurs endroits se promènent des dames blanches, qui recherchent surtout le voisinage des anciens châteaux (cf. plus loin le chapitre intitulé Souvenirs Msicriquts). En 1878, une dame blanche se montra i Léhon, près Dinan, pendant
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plusieurs soirs ; mais un journal ayant annoncé que quelques habitants se proposaient de voir si les balles passaient à travers rapparition sans laisser de trace, la dame blanche cessa prudemment ses promenades.
Autrefois il y avait à Moncontour une dame blanche qui montait une des rues; elle était vêtue de blanc ; son corps avait Tair d'une fumée ; elle semblait seulement effleurer la terre. Une nuit qu'il faisait clair de lune, un domestique dit à une servante qui traitait la dame blanche de fable que si elle voulait la voir, elle n'avait qu'à s'attirer sur sa porte. Elle le fit, et la vit en effet ; mais quand elle fut sur le point d'arriver à côté de la maison, la servante ferma la porte.
(Communiqué par M. £. Hamonic).
Un livre des plus curieux, Guyonvtu^hf raconte qn*en Basse- Bretagne on voit la procession des six dames blanches du sire de Kérouan, p. 31.
Les dames blanches sont aussi connues en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 103) ; mais elles sont plus malfaisantes que celles du pays gallot. On les retrouve en Franche-Comté, en Bourgogne (cf. D. Monnier, p. 430, 433, 443)» etc.
WwajABMi les superstitions nocturnes, il hut b|b3 a.usM noter les Filacdières de nuit: je *'»• n'ai pas constaté personnellement cette légende, mais elle a été trouvée sur les rives de la Rance et dans la partie française du Morbihan.
v JeaDQe Malobe esi une filandière qu'on voit le soir, travaillani toujours et marmottant des paroles inintelligibles ; elle lessive son fil à Vorvaye, qui est un beau doué; on la voil courir par les garennes en agitant sa quenouille et poursuivant des animaux fantastiques, et elle écarte de son travail k menée ankine.... Elle ne suspend son travail que lorsqu'elle voit passer l'homme sans tête du Bignon. Cet homme parla à une fille du pays et lui prédit sa fin prochaine.... Qjiand il a passé, Jeanne Malobe reprend sa quenouille, et l'on dit qu'elle doit filer étemellement les tuniques des saints et des anges.
(M>" de Crbj, Siim-Soliic.f. )9.)
2l8 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
a Une jeune fille qui filait le samedi après le dernier coup de minuit, vit près d'elle, quoique sa porte fût fermée, une vieille qui lui fila en peu de temps tout son linge et le lui mit à blanchir. Comme elle était occupée à cette besogne, le coq chanta.... La vieille lui dit qu'on ne la voyait jamais qu'une fois et qu'elle était la filandiëre de nuit.
« Le lendemain on trouva la fille morte sur sa lessive. »
(Fouquet, Ug. du Morh., p. 60.')
D'après Jollivet, t. I, p. 348, une bonne femme de Plœac ayant travaillé après minuit, une fée horrible était descendue par la cheminée pour lui reprocher de filer, et la femme était morte de frayeur.
En Berry, il y a la Broycuse de nuit^ dont on se débarrasse en mettant une faux en travers de la broie (cf. G. Sand, L^. rust.^ p. j8.)
5 V. — LES CHASSES FANTASTICIUES
^E Chariot de David passe dans les airs, pendant les belles nuits d'été, avec un grand bruit, rapide comme le vent.
Ce sont les migrations des oiseaux voyageurs qui, en volant dans Tair à une grande hauteur, produisent le bruit qui est Torigine probable de cette croyance. Elle est connue dans le canton de LifFré (lUe-et- Vilaine) et probablement ailleurs. Ma belle-mère a eu une domestique qui affirmait avoir plusieurs fois entendu passer dans les nues le Chariot de David.
Ailleurs, on entend la Chasse saint Hubert (Plévenon), la Chasse Arthur ou Chasse Arthu* (vers Bécherel), qui fait un bruit semblable à celui d'une meute qui aboie. On croit que cet Arthur était une sorte de roi des chasseurs.
A Saint-SoliaCy d'après M*»* de Ceray, Jeanne Malobe, la filandiére de nuit, poursuit des animaux fantastiques et écarte la menée ankine. Celle-ci est composée d'animaux carnassiers qui chassent et qui massacrent les animaux domestiques et tous le» bommes qui sont sur son passage (p. 33).
aao TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
La chuH uinr Hab«rt et Ié dune Aitui do ATtLv ■nui connuct en NDrnuuidie (cf- Amdie Bfuqaet, p- é-J-iiy Ton ua chdpiETC de son curieux livre eit conucré AU1 dusia fintuti^ati.
Oq leirouie lUIeun le iOBVenir da cluuei nocnimei ^ en Beni', U chtue i Ribaul (cf. Uutioei.p. )), k chuie 1 R^iul, h ckuK 1 Bddn (cf. Ui»el, i. I, itS cl lif, o« Km dtii pJaïieun GicDiltiret] ^ ea Poitou, 1a cluue Galerie (cf. Soodii»
la chuie du coi HiiDde (cf Uouiici, p. 7;, Bo, 86), «e.
^J-z^sS"»-