LES REVENANTS
'apparition est, la plupart du temps, motivée par une demande que les défunts ont à faire à des vivants. Us se montrent aux personnes qui les ont connus sous la forme qui leur était habituelle, et les suivent sans rien dire jusqu'à ce qu*on les ait interrogés ; quand on leur a parlé, quand on a accompH œ qu'ils réclamaient, ils cessent de venir sur terre.
Même croyance en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 261) ; mats parfois les revenants normands apparaissent encore une fois poor
remercier.
En pays bretounant, les ftmes de ceux qui ne sont pas morts en eut de grAce viennent tourmenter les vivants jusqu'à ce qu'ils aieut été conjurés (cf. Le Men, p. 414 et suiv.).
Dans les légendes que j'ai recueillies, et dont on trouvera ci-après quelques-unes, les personnes qui reviennent ont pour but de réclamer de la charité des chrétiens l'accomplissement d'un vœu fait à leur lit de mort, des messes pour sortir du purgatoire, le paiement d'une dette par eux con-
tracta. D'autres, «nterrées dans des lieux nou bénits, sollicitent d'être mis en terre sainte. Il en est aussi qui, ayant pendant leur vie fait une promesse i quelqu'un, reviennent pour CKécuier ce qu'ils avaient promis.
Les prêtres revenants sont ceux qui ont &ii des fautes pendant leur vie, ou négligé de dire des messes qui leur ont été payées.
D'autres revenants semblent avoir pour but de venir avertir ceux qu'ils oni aimés de foire pL'iiitence ou de changer de conduite.
Il en est d'autres qui sont condamnés â revenir sur terre pour y faire pénitence : ainsi les femmes qui ont tué leurs enfants deviennent lavandières de nuit pendant un certain temps. Il en est de même de celles qui ont lavé le dimanche; clle.i reviennent sur terre, soit la nuit, soit dans le jour, tous les dimanches, i l'heure juste où le pèche a été commis.
n y a enfin les revenants du cimetière, qui s'agenouillent sur les tombes et qu'il fout bien se garder de déranger, car la punition est terrible ; ceux qui laissent leur suaire sur leur lODibc, ut qu'on doit bien se garder de loucher.
Voici quelques légendes que j'ai recueillies, et OÙ la venue des revenants est motivée.
uuse rdigkuac. Ili vienDCJii tuai réduner da priera et aulU-
dter qu'on les décharge de qudqne engagement qn*ils ont contracté snr la terre (cf. Amélie Bosquet, p. 2s8).
A. — Revenants qui viennent demander
DES MESSES OU l'aCCOMPUSSEMENT A LEUR PLACE
d'un vœu ^ Le vœu à sainte Anne
Une vieille garde-malade de Dinan, morte il y a peu d'anqées, racontait l'aventure suivante :
Un monsieur mourut et fut très-regretté de sa domestique, qui l'avait soigné avec beaucoup de dévoûment pendant sa maladie.
Quelques jours après l'enterrement, la domestique se trouvait un soir seule à la maison, lorsqu'elle entendit sonner à la porte de la rue. Elle alla ouvrir et reconnut son maître, pareil à ce qu'il était avant sa maladie. A cette vue, elle ferma vivement la porte et ne put fermer l'œil de la nuit.
Le lendemain, elle alla à confesse, et son directeur lui conseilla de ne pas avoir peur et de parler à son maître s'il revenait encore.
— Jamais je n'oserai, s'écria la domestique.
Le prêtre of&it d'aller le soir à la maison. A la même heure que la veille, la sonnette tinta, et la domestique, qui alla ouvrir, tomba à m(Mtié évfmouie en reconnaissant son maître.
Elle reprit pourtant un peu ses sens, et, rassurée par la présence du prêtre, elle demanda au revenant ce qu'il voulait :
— J'ai, répondit-il, promis un voyage à Sainie- Anne-du-Rocher; faites-le pour moi.
Le lendemain, la domestique partit pour la chapelle Sainte-Anne, qui est à deux kilomètres à peine de la ville, en compagnie du prêtre. En sortant de la maison, elle sentit ses épaules chargées d'un fardeau si lourd, que c'est i peine si elle pouvait te porter. Sur la route, elle gémissait comme une personne accablée, et sa figure était couverte de larges gouttes de sueur.
Pendant !a messe, elle sentit encore ce poids incommode, dont elle fut tout à coup délivrée au moment de l'élévation, et, depuis, son maître ne lui apparut plus.
On raconte en peyi bieiDiintDt un coûts i peu prâa uialogiu. Un monsieur mon depuii pLusIeun iiuaèeA appanii i u icrvun
die lemii sur Km dos un po^di iiis-launl; elle en >nlt Jet 4[dule> inutei meurtries. Aprti 11 duk diic, elle fui déUvrte.
D^a^fH Amélie Bosqncl, o>
t cAit d'elle! (p. iii-3(i).
La nemnim promise
Au temps où il y avait à Plévenon une épidémie qu'on nommait la maladie de Cancale, parce que les premières personnes qui en furent atteintes étaient des pécheurs qui revenaient de Cancale, plusieurs jeunes filles allèrent à Saint- Mathurin de Pléneuf faire une neuvaine pour une de leurs compagnes qui venait de mourir.
Comme elles s'en revenaient en devisant, une des jeunes filles proposa de £aire une autre neuvaine pour la première des neuf qui mourrait.
Peu après, une des jeunes filles fut atteinte par le fléau et ne tarda pas â succomber; celles qui survivaient accomplirent leur promesse, et retournèrent à la chapelle de Saint-Mathurin. Parmi elles se trouvait une fille de Pléhérel qui était domestique dans une ferme, et qui, disaiton, était hardie comme un gendarme.
Le lendemain de la neuvaine, elle alla comme d'habitude mener ses vaches dans un pâturage assez éloigné, et en revenant il lui semblait voir une ombre qui marchait à côté d'elle. Toutefois, elle n'eut pas peur, et elle alla faire le lit d'un garçon de ferme qui couchait seul dans une petite pièce séparée de la maison principale ; elle balaya la place, puis s'étant assise un instant pour
se délasser, elle vit la jeune fille qui était morte descendre du lit qu'elle-même avait fait un moment auparavant.
A cette vue, elle tomba en faiblesse, et lorsque ses maîtres, inquiets de la voir rester si longtemps, vinrent â la chambre du garçon, ils la virent étendne tout de son long sur le plancher. Quand elle fut revenue à elle, elle leur raconta ce qu'elle avait vu.
Ds allèrent trouver le recteur de Plévenon, qui dit que la fille avait eu une hallucination, et que les morts ne revenaient point. La fille alla à confesse, et pendant un mois elle voyait encore une ombre à ses côtés. A la fin, le recteur, convaincu que la jeune fille étau de bonne foi, et la voyant presque malade de peur, lui dit qu'il fallait parler à la morte ; mais il eut bien de la peine à la décider à cela. Un des garçons de la ferme, plus courageux que les autres, déclara qu'il l'accompagnerait volontiers.
Elle revit encore la morte ; mais son compagnon ne voyait rien.
— Pourquoi reviens-tu ? lui demanda-t-elle, et que veux-tu ?
— Une neuvaine à Saint-Mathurin.
— Elle est faite ; ne le sais-tu pas ?
— Ce n'est pas de cette neuvaine-là que je parle, mais d'une autre que j'ai promise quand
je me suis couchée pour mourir. Recommande ausâ à ma mère de faire dire une messe à l'autd de la Vierge. Il ne me manque plus que cela pour entrer en paradis.
La messe fut dite, et la neuvaine accomplie, et depuis ce moment on ne revit plus la morte.
(Conté par Scolastique Durand, de Plévenon, 1879.)
La messe demandée
Voici une histoire que j'a; entendu raconter ; elle fit du bruit dans le pays, où les uns la traitaient de fable, tandis que les autres y croyûent fermement.
Une jeune fille, nommée Julienne Houée, mourut à Saint-Aubin. Elle avait eu beaucoup de bons amis qui lui faisaient la cour pour l'épouser. Q.uelque temps après sa mort, l'un d'eux, qui travaillait au four à chaux de Q.uenon, entendait souvent, lorsqu'il était seul, des bruits dont il ne pouvait se rendre compte. Il lui semblait qu'on marchait près de lui ; mais il ne voyait personne.
Un jour pourtant, il vit son ancienne bonne amie qui était habillée « moitié en dimanche ». Il comprit qu'elle venait pour lui demander quelque chose.
— Q.ue veux-tu ? lui dit-il.
— Fais-moi dire une messe pour expier le temps que nous avons passé ensemble à deviser pendant les offices, quand j'étais de garde à la maison et que tu venais me £ûre la cour. Je désire en outre que tu te maries avec ma sœur.
Le jeune homme fit dire la messe, et il n'eut plus d'apparition.
(Conté par Angèle Qaérinan, d'Andooillé, 1878.)
Les revenants qui viennent demander des messes sont aussj eoDons en Bretagne bretonnante. (Cf. dans Luzel, FeiUéa Uttonna, p. 193 et suivantes, plusieurs <4ûstoires dont la pins |u«ctfaristique est celle d'une tante qui apparaît a sa niice xpvi» Favoir plusieurs fois inquiétée sans se montrer ; cf. aussi Sou- Nstre, Foyer hreton, t. Il, V Auberge blanche.)
B. — Revenants qui viennent demander qu'on