DIBU ET LA VIERGE
rsgSAHs les coDtes que j'ai recueillb, il > flOBjE souvent parlé des voyages du bon Di *S« ou de Jésus-Christ sur terre; mais conteurs ce placent pas expressément, ainsi q le font ceux d'auires contrées, l'apparition do divins voyageurs dans un lieu déterminé du pays U en est tout autrement en Basse-Bretagne, i; M. Luiel a pu y trouver toute une sérit: di contes très -intéressant s où parfois le bon Dieu plus souvent Jésus-Christ, se promène en Brc lagne en compagnie de quelques-uns de ses .ipo très.
Plusieurs cootes gailots dont voici l'an^ly^ font descendre sur terre les divinités du cit^l Dans le Mariage de Jean h Diot, i" liz'ie a" jx, Jean, un jour qu'il n'avait pas accompli ■,
tâche, rencontre au bord d'un ruisseau assez profond deux pèlerins qui étaient arrêtés sur le bord. C'était le bon Dieu qui se promenait avec saint Jean. — Veux-tu nous prêter ton âne pour passer le gué ? lui demanda un des pèlerins. — Volontiers, dit Jean. Quand ils eurent tous franchi le ruisseau, le bon Dieu dit à saint Jean : — Que donnerons-nous à ce garçon pour le récompenser de sa complaisance? — Un morceau de pain, répondit son compagnon. — Ce ne serait pas le payer assez généreusement. Approche ici, mon garçon : voici une petite baguette blanche au moyen de laquelle tu pourras avoir tout ce que tu désireras; mais prends bien garde d'en faire mauvais usage. Jean ôta respectueusement son bonnet, et salua les voyageurs en les remerciant de leur présent. Le bon Dieu et saint Jean continuèrent leur route et disparurent. Grâce à sa baguette, Jean le Diot se procure tout ce qu'il veut ; il finit par se marier à la fille du rc», et même par avoir de l'esprit.
Une partie de ce conte se retrouve en Basse-Bretagne (cf. Liud, t. I des Ug. chrèt.f le ccmte intitulé : Jannig ou Us trois soubaiis).
Dans un autre conte, no uii, le bon Dieu, saint Pierre et saint Jean viennent se promener sur terre pour voir par leurs propres yeux ce qui s'y passe. A la nuit, ils vont demander l'hospita-
]hé à une bonne femme qui les reçoit de son mieux. Saint Herre demande à son ma S ire d'enrichir la fermière; le bon Dieu réplique qu'une fois ridie elle ne vaudra plus rien.
Toutefois, il lui accorde de la richesse. L'année suîvainte, tes trois voyageurs repassent ; la bonne femme était devenue une grosse fermière. Quand les voyageurs lui demandèrent un glie, elle leur répondit d'un ton sec ;
— Vous êtes de grands coviaux, voi
des paresseux; au lieu de chercher
z bien gagner vi
s êtes e
ejeu
is autres, et T votre pain, n travaillant, n grognant de
la sorte, elle leur doDna pourtant u ieur offrit rien à manger.
Le bon Dieu dit i saint Pierre :
— Tu vois. Pierrot, que j'avais raison; je t'avais bien prévenu que la bonne femme n'aurait plus rien valu quand elle serait devenue riche.
Le lendemain, les gens de la ferme se levèrent de bonne heure pour battre le grain dans l'aire, et les bienheureux dormaient encore longtemps après que tout le monde se fut mis i l'ouvrage.
La bonne femme alla au lit où les trois voyageurs étaient couchés et leur dit ;
— Levez-vous, vous autres, et venez nous aider 1 battre ; il est déjà haute heure.
Comme personne ne bougeait, la femme prit
un bâton et se mit à frapper saint Pierre, qui était couché dans le devant du lit ; mais il ne voulut pas se lever. La bonne femme s'éloigna un peu pour aller jeter un coup d'œil à ceux qui travaillaient dans Taire, et elle marmottait entre ses dents : « Quand je reviendrai, je saurai si celui du mitan est aussi obstiné que l'autre. »
Le bon Dieu, qui Tentendait, dit à saint Pierre :
— Passe dans le mitan, car si la femme revient, elle va encore te rouer de coups.
Saint Pierre céda sa place au bon Dieu, et c'est lui que la bonne femme battit quand elle revint ; mais il ne bougea pas plus que la première fois, et elle s'en alla quand elle fut lasse de frapper.
Saint Jean, qui était couché dans la nevelle du lit, pensait :
— C'est à mon tour d'être battu; il faut que je persuade à saint Pierre de passer à ma place.
Saint Pierre consentit à changer de place, et quelque temps après la bonne femme, qui était allée battre du blé dans l'aire, rentra à la maison pour voir si le troisième voyageur était aussi têtu que les deux autres, et ce fut encore saint Pierre qu'elle frappa.
Ils finirent par se lever tous les trois, et quand ils furent habillés et chaussés, le bon Dieu dit à la femme :
— Y a-t-il moyen d'allumer une pipe ici ?
- Tâchez, ripondit-elle, de trouver «
aider.
Après avoir allumé sa pipe, le bon Dieu sortit dans l'aire avec un tison, -et dès qu'il eut souffla dessus, la paille se trouva séparée du grain.
La bonne femme crut qu'elle allait pouvoir en
— En voilà, dit-elle, une malice qu'il croit m'apprendre I Cela n'est guère difficile.
Elle monla dans son grenier et jeta dans l'aire toutes les gerbes qui y étaient ramassées, puis elle prit un tison et souffla dessus en s'approchaot de k paille, comme elle avait vu le bon Dieu ûire ; mais les gerbes prirent feu et furent brûlées en un instant.
Quand la bonne femme vit que sa récolte était perdue, elle s'approcha des voyageurs et leur demanda s'ils voulaient déjeuner, el comme ils ne voulaient pas accepter, elle ii leur offrant tout ce qu'elle a\ die pensait qu'ils allaient eue comme la première fois.
Et le bon Dieu disait à sai
— Tu vois bien que cette femme vaut mieux pauvre que lorsqu'elle est riche,
(Conté par Jan-Muie Hcni, it Fludnna, 1879.)
Une partie de zt coiiTc » r«roUT4 ta BasH-BreldgdC (cf. La
sistait auprès d'eux, lit de meilleur, car ire lui faire du bien
mais la version bretonne recoeillte par M. Lozel et celle qoe M. Ernaolt a publiée dans la Stvue celtique sont plus altérées que la mienne.
Le bon Dieu et la Vierge sont parrain et marraine d*un enfant dont les parents ne trouvaient personne pour remplir cet office. Q.uand son filleul a sept ans, le bon Dieu vient le chercher; mais Tenfant lui désobéit, et il ne retrouve son parrain qu'après toute une série de mésaventures. Une partie de ce conte, qui est encore inédit, se retrouve dans les Légendes chrétiennes de Luzel : Le bon Dieu et la banne Vierge parrain et marraine.
Un autre récit montre Jésus-Christ enfant abandonné, comme Moïse, dans un berceau d*osier, et flottant sur la Vilaine :
« Il y a beaucoup, beaucoup d'années, plusieurs femmes de la rivière de Kieux lavaient à la rivière.... Voici qu'une mauvaise corbeille, qu'entraînait la marée montante, vint à passer devant les lavandières ; elles l'approchèrent de la rive avec une longue branche d'arbre et y virent un enfant endormi.... Au lieu de recueillir le pauvret, qui venait de s'éveiller tout pleurant, elles s'empressèrent de le repousser dans le courant....
a Le berceau continua à suivre la rivière.... il vDgua quelque temps, puis, sur l'heure de midi, arriva à la ville de Redon, et il se trouva que de pauvres femmes étaient aussi à laver sur le bord de l'eau.
et — Saioie-Vierge, dit l'une d'elles en voyant arriver le berceau, voici un pauvre petit que le froid va tuer sans doute; qui donc aurait le cœur de ne point le recueillir ?
a — M'est avis que si cbacuae voulait donner un denier par mois à «Ile qui l'adoptera, toutes
« Ce qu'elle proposait fut accepli!.... L'enfant, se soulevant de son berceau, leur dit :
a — Les femmes de Rîeux m'ont repoussé ; vous, vous me recueillez; aussi toujours d'un sol par jour Rieux diminuera, pendant que Redon augmentera d'autant.
H Puis, ces mots dits, il disparut, et les femmes virent bien que c'était le Seigneur Jésus qui les
o Depuis ce jour s'est réalisée sa promesse : autant Redon s'enrichit, autant Rieux diminue. »
(Roberl Kenuin, Lt Ctattur hnloH, i' aimte, p. jrj.)
Cette l^nde t èi6 reproduiw d'uar Dunièrc diSircnte, qi 1 U forme, ptr Fouquct, Ijg- du Morbihan, et par Guillotii
En Haute-Bretagne, comme presque partout, la Vierge a, par voie de substitution, remplacé les fées protectrices des fontaines (cf. le diapitre intitulé : Lr culte des pierres^ des arbres et des fanfaines).
Dans les récits populaires, elle prend aussi parfois la place des fées ; mais la plupart du temps, c'est un simple changement de nom : fée ou Vierge chrétienne ont la beauté, la bienveillance, le pouvoir de rendre service, la baguette magique, etc. Le langage mis dans la bouche des fées est sensiblement le même que celui de la Vierge ; et si les paysans avaient à peindre une fée, ils la représenteraient sans doute sous la figure et sous les vêtements de la Sainte-Vierge de leur église. C'est ce que font d'ailleurs plusieurs récits populaires.
Un jour un soldat s'était laissé choir du haut d'un rocher, et il était tombé dans une tranchée où il resta évanoui. Quand il reprend ses sens, il voit auprès de lui une belle personne qui vient le secourir, et son premier mouvement est de loi demander si elle n'est pas la bonne Vierge. (La Fleur du Rocher, 2* série, no vi.)
Plusieurs fois, dans les contes, mes narrateurs, pour décrire la beauté d'une fée, disaient qu'die était « belle comme une bonne Vierge ».
La dame qui secourt la FUIe aux bras coupés, in série, n° xv, n'est pas tout à fait la Vierge,
. et plus qu'à une fée.
3 nie fait expressément t elle qui rend à la :nt éié coupés. Dans
mais elle y ressemble ai Une version inédite de ce i intervenir la Vierge, et c't &Ile les bras qui lui avai VEnfant vendu au diable, substitution est complète :
8 Un jour qu'il était bien lassé, il vit venir la Sainte-Vierge qui lui dit : — Tu parais bien btigué, mon enfant? — Hélas t oui, madame, et cependant il faut que je marche encore, afin d'éviter le diable à qui mes parents m'ont vendu. — Veux-iu ma petite baguette pour t'aider? — Volontiers, madame, — Tiens, prends-la, et conserve-la bien : tant que tu l'auras, le démon n'aura aucun pouvoir sur toi, et tu pourras commander à ta baguette de faire tout ce que tu voudras. La Vierge disparut, et l'enfant continua
C'est encore la Vierge qui a pris la place d'une fée a vêtue d'une robe blanche », dans la Petite BribielU blanche, i« série, no LVin. Elle donne une baguette i la petite fille persécutée par sa belle-mère, et, quand la matâtre a tué la bfcbiette, elle lui donne im beau diiteau.
Dans les PMs souliers rouges, n» LX, la bonne Vierge dit â la petite fille dont le frère a été tué de ramasser ses os et de les lui apporter. Q)iand elle les a, elle les transforme en un petit pigeon blanc. Un autre conte portant le même titre, et qui est assez semblable, figure dans la IMUraiure craie de la Haute-Bretagne, p. 223 : la Vierge avec les os ramassés « refait le petit frère ». Dans une variante encore inédite, la Vierge fait aussi avec les os un petit pigeon blanc. Il est tué par la méchante mère; mais la Vierge le ressuscite. Des pierres tuent les parents, et « la petite fille s'enlève au ciel avec le petit pigeon blanc a. Une autre variante montre encore la Vierge ressuscitant le petit gars ; celuici tue sa mère et son pcre, puis il fait présent à sa sœur « des écus que la bonne Vierge lui avait donnés pour le récompenser de ce qu'il avait souffert ».
Dans un conte inédit de ma collection, un homme pauvre arrive jusqu'au ciel en grimpant tout au long d'un lys rouge qu'il a planté. Il frappe à la porte du paradis; c'est la sainte Vierge qui vient lui ouvrir et qui, après lui avoir montré le paradis en détail, lui promet dei présents s'il peut descendre le long du lys et remontei: sans tomber.
DE LA haute-bretag:
Lis d£ux frèrts
II était une fois ud homme et une femme qui avaient deux enfants. Comme ils a'avaient pas de pain i leur donner, ils les envoyèrent demander la charité, eu leur disant d'aller chacun d'un côté différent.
L'aiué rencontra le bon Dieu, qui n'était pas des mieux vêtus, et lui dit :
— Où vas-tu, petit gars ?
— Est-ce que cela te regarde, bonhomme? répondii-il.
Le petit gardon n'eut point de pain, ni ce jourli, ai les suivants.
Son frère avait rencontré sur sa route une belle dame, qui lui dit :
— Où vas-tu comme cela, mon petit gars î
— Chercher mon pain, répondit l'enfant.
— Viens avec moi ; je vais t'en donner.
La dame — qui était la Vierge — se trouvait sur le chemin du petit garçoa toutes les fois qu'il lUaii demander la charité; elle lui remeitait un gros morceau de pain, puis elle disparaissait sou-
Cependant le frËre, qui ne trouvait jamais rien.
3l6 TRADITIONS bT SUPERSTITIONS
avait faim comme les autres, et son père lui disait :
— Petit propre à rien, tu demandes toujours à manger, et jamais tu ne rapportes rien.
Un jour que le petit gars avait passé la tête dans le tiroir au pain pour ramasser les miettes, son père et son frère poussèrent brusquement le tiroir sur l'enfant, qui fut tué.
Après cela, le petit garçon retourna au chemin où il avait coutume de rencontrer la belle dame ; mais il ne revit point la bonne Vierge, qui n'aimait point les cœurs ingrats, et en allant un peu plus loin il rencontra un beau monsieur qui lui demanda où il allait :
— Chercher mon pain, répondit-il. Autrefois il y avait une belle dame qui m'en donnait ; mais je ne l'ai pas vue aujourd'hui.
— Hens, dit le monsieur, voici du pain ; mais ne raconte à personne que je te l'ai donné, ou au bout d'un an et un jour ]d viendrai te chercher pour venir avec moi.
L'enfant allait souvent à l'endroit où il avait vu le monsieur, qui toujours lui donnait quelque chose.
Un jour son père lui dit :
— La dame est bien charitable, puisqu'elle ne se lasse pas de te donner du pain.
— Ah 1 répondit l'enfant, depuis que nous
avons coupé le cou à moa petîi frère, elle ne vient plus. J'ai rencontré un beau moasieur qui m'en doDue autant qu'elle ; mais il a de drAles de souliers: ils rttsemblent au sabot de noire âne. Q.uand le père entendit cela, il eut peur et alla prévenir îe prêtre, qui arriva avec son éiole et chassa le beau monsieur, qui était le diable.
(CoD(èpirRoKBEiuud,dcStlii|.Cul, 1B7».)
Je n'ai rien recudlli personnellemenc sur les voyages de la Vierge en Bretagne; mais il existe au moins deux légendes oii il en est parlé, et ce ne sont pas probablement les seules.
E Le pas de la Vierge est un étroit sentier pratiqué dans la montagne, à peu de distance de Cesson, que l'herbe ne recouvre jamais et par lequel la mère de Noire-Seigneur gravit un jour la cAte. Elle était rendue de fatigue, et, s'arrètant au Heu où on lui bâtit depuis une chapelle, elle dit â saint Symphorien qui l'accompagnait :
Nous avons Irien assez monté ; cessons. » C'est de ce mot qu'est venu le nom de la commune. »
(HdwqDï, (. Q, p. )i;.)
L'orîg:ine de ce nom de Cesson est expliquée d'une autre manière, mais toujours par un calembour (cf., p. 86 du présent volume, une légende où ce mot est prononcé par une fée). '
3l8 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
« A Josselin, le mardi de la Pentecôte reparaissent chaque année plusieurs familles eCaboyeusei^ atteintes de convulsions héréditaires. La légende explique la cause de cette sorte d*épilepsie, en rapportant que d'impitoyables lavandières, ayant refusé un verre d'eau à la Vierge du Roncier cachée sous les haillons d'une mendiante, et ayant excité leurs chiens contre elle, s'attirèrent par leur cruauté une malédiaion qui, comme le péché d'Adam, a continué de peser sur leurs filles de génération en génération. »
(JOAnne, Bretagne, p. 473.)
Cette légende est très-connue en Bretagne ; elle a été consignée, dans les Légendes du Morbihan du docteur Fonquet, sous une forme un peu plus longue, mais non ligoureusement populaire, e dans Violeau, Pèlerinages de Bretagne, Paris, Bray, x8S9, in-12, p. 274.
Sur les aboyeuses de Josselin, on peut consulter Jeannel, Les Mboyeuses Je Josselin, Une excursion en Bretagne en mai tSSS> Rennes, Catel, in-12. Il y a quelques détails intéressants sur la scène où les femmes atteintes de convulsions se mettent i aboyer.