‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 2)Chapitre 48 sur 54 · S I. — LES SAINTS · texte numérisé non relu

S I. — LES SAINTS

[A Basse-Bretagne a conservé le souvenir de saints nationaux ; leurs noms se retrouvent dans les dénominations des villages et des bourgs ; en maints endroits on montre leur tombeau, parfois, mais plus rarement, le lieu de leur naissance. Le soir, à la veillée, on raconte leur légende. Plusieurs ont été recueillies, et sans doute une exploration plus complète montrerait combien est resté vivace le souvenir de ces saints véritablement nationaux (i).

(i) Cf. dans Habasque, t. III, p. 99, supplément, en note, une liste des saints nés ou morts dans les Côtes>dti-Nord (partie biretoBiuintie) •

Si, grâce à sa langue et aussi à sa posidan géographique, le pays bretonnant a pu garder sans trop de détérioration sa légende dorée particulière, il n*en est pas de même de la Haute - Bretagne. De bonne heure elle a été francisée, et Tœuvre des rois de France a eu pour auxiliaires les archevêques de Tours et les évêques gallots qui, presque partout, ont substitué aux patrons primitifs des paroisses des saints mieux vus en cour de Rome.

Jusqu'à nos jours il a pourtant subsisté en Haute-Bretagne des traditions relatives à des saints indigènes, ou qui du moins passent pour tels aux yeux des paysans. Dans une exploration limitée à deux ou trois cantons, j'ai pu en recueillir quelques-unes que Ton trouvera ciaprès ; des fouilles plus persévérantes en feraient sans doute découvrir davantage.

Fouquet, dans ses Légendes du Morbihan ^ a aussi donné plusieurs légendes de saints locaux populaires, soit sur 4a limite des deux langues, soit en pays bretonnant.

Saint Mauron était pâtour dans une ferme, et il se faisait remarquer par sa piété et son zèle à se rendre aux offices.

Un dimanche matin, il désirait assister à la première messe; mais son nuîire lui commanda d'aller mener paître les vaches et les moutons

de la fenne dans une lande qui n'était pas entourée de dAtures.

— J'irai bien tout de même i la messe, pensa

saint Mauron.

11 se rendit au pâturage avec ses bêles, et quand il y fut arrivé, il demanda à Dieu qu'un talus s'élevât partout où il passerait la bêche qu'il avait apportée, et qu'il se mit i traîner derrière lui en suivant le contour du terrain qui appartenait â son maître. A mesure que son outil couchait la terre, un talus bien fait et bien garni de plantes épineuses s'élevait derrière lui, et en peu d'instants le champ, qui contenait douze jours de terre, se trouva entouré d'une haie. C'est le lieu 4)u'on appelle encore aujourd'hui le Bras de saint Mauron, et qui est situé dans la commune de Livré.

Saint Mauron arriva i. la messe en même temps que les gens de la ferme, qui furent bien surpris de le voir. Il leur dit que le troupeau était en sûreté, puisque l'endroit où il paissait était entouré de haies, et après la messe son maître alla par ses yeux s'assurer de la vérité de ce que disait l'enfant.

Cenc légende it lÛDt Mâunn, que j'ftl ioaotç pli» corofVr.t. B* UT det CnUa pafulalta éa la HluU-BnUfiK, i" lirL-, «I VtKOttaaa dtdl BdC purtic du CVItoo de LiE&i.

a Sur les landes de Bruc, on trouve un long talus appelé Fossé de saint Aaron. Quel était et saint dont la légende (populaire dans le pays) raconte les premières années? Petit enfant, ditelle, il faisait paître ses brebis en ce lieu» et c'était pour les protéger contre le loup qu'il aval: tracé mervdlleusenient avec son bâton cette sorte d'enceinte au milieu des bruyères. »

(Gniilotin de G>r8on, lUeitt hist.j p. 300.)

Dans la forêt de Rennes, il y a une fontaine auprès de laquelle est placée, dans une niche, h statuette d'un saint qu'on appelle saint Roux. Cette statuette, haute de 30 centimètres environ, a un chapeau à trois cornes à la mode du siècle dernier. D'après ce qui m'a été dit, elle est en grès verni.

Souvent les pâtours vont chercher saint Roux pour s'amuser, et ils oublient parfois de le reporter dans sa niche; ils l'attachent même à des barrières, mais le lendemain on le retrouve à sa place. On avait voulu le porter à lif&é; mais il se déplaisait dans l'église, et il revint près de sa fontaine.

Il y avait auprès un chêne vénéré. L'homme qui l'abattit a toujours tremblé depuis ; il parait que « c'était un arbre qu'on ne devait pas abattre ».

« Sur les landes de Bruc, on trouve un loog talus appelé Fossé de saint Aaron. Quel était ce saint dont la légende (populaire dans le pays) raconte les premières années? Petit enfant, ditelle, il faisait paître ses brebis en ce lieu» et c'était pour les protéger contre le loup qu'il avait tracé merveilleusement avec son bâton cette sorte d'enceinte au milieu des bruyères. »

(Gnillotin de G>rBon, lUàts htst.^ p. 300.)

Dans la forêt de Rennes, il y a ime fontaine auprès de laquelle est placée, dans une niche, k statuette d'un saint qu'on appelle saint Roux. Cette statuette, haute de 30 centimètres environ, a un chapeau à trois cornes à la mode du siècle dernier. D'après ce qui m'a été dit, elle est eo grès verni.

Souvent les pâtours vont chercher saint Roux pour s'amuser, et ils oublient parfois de le reporter dans sa niche; ils l'attachent même i des barrières, mais le lendemain on le retrouve à sa place. On avait voulu le porter à Lif&é; mais il se déplaisait dans l'église, et il revint près de sa fontaine.

Il y avait auprès un chêne vénéré. L'homme qui l'abattit a toujours tremblé depuis ; il paraît que « c'était un arbre qu'on ne devait pas abattre ».

(Csnlt pu Zi

1 pÈlerinage à Saini-Roux pour les

I Ltdy, iMo.)

A Saint-Cast, on voit parfois sur la mer une tache blanche qui est la marque d'un courant. Quand elle est bien dlstiaoe, c'est signe de beau temps. Les gens du pays disent que saime Blanche fut un jour emportée par les Anglais ; mais ils furent obligés de la ramener, et le sillage du bateau qui rapportait la sainte est resté blanc.

Sainte Blanche guérit du mal blanc, c'est-à-dire des pounitures. (S.-C.)

a En Frégéac est b petite chapelle de S^nt- Jacques. Quelquefois, lorsque le vent souffle vers l'amont de la rivière de Vilaine, il pousse devant lui un rouleau d'écume que les habitants de ce pays appellent le chemin de saini Jacques. Le saint, disent-ils, remontant la Vilaine en marchant sur les eau^, voulut s'arrfter i Rïeux; mais les huguenots le refusèrent : ci Ingrate ville, s'écria^il, tu seras détruite, o Et continuant son chemin, il alla fonder la ville de Redon. Ce fut pour apaiser le saint qu'on lui éleva la petite cbapel.c

Qiiand Saint-Gennain cessa d'être paroisse, on voulut apporter à Matignon la statue du saint, et on la chargea sur une charrette ; mais quand on arriva au Pont-au-Prouvoire, le saint s'échappa de la charrette et s'en alla à travers champs jusqu'à sa chapelle. Dans les champs où il a passé, les récoltes sont plus belles que dans les autres. (M.)

A la Bouêxière, canton de Lif&é, on raconte qu'un laboureur avait pris, pour équilibrer sa charrue, la statue en bois d'un saint nommé saint Père ou saint Fem, très-vénéré dans le pays.

Comme sa charrue ne marchait pas à son gré, il se mit en colère et brisa la statue. Depuis ce temps, le champ ne produit plus de récolte.

Plusieurs fois on a volé la statue de saint Père qui, comme saint Mirli, saint Mathurin et plusieurs autres, revient de lui-même, dès le lendemain, à son ancienne place. (E.)

On donne le nom de saint Mirli à une statuette qu'on voit sur la route de Matignon i Hénaubihen. La tète, formée d*an aatre bloc que le reste du corps, est posée sur nn pivot. Si on peat faire tourner cette tête en observant certaines pratiques, on se marie dans l'année. Saint Mathurin de Moncontoar, « qui e&t été le bon Dieu s'il n'avait craint les embarras de la place », a été plusieurs fois enlevé.

DE L* BAUTE-BRETAGKE }2S

La pkrre d'autel de Saint-SuUac passe pour ^e^'eTlÏT toujours 1 sa place primitive.

(M— te Caaj, f. 1.)

Une ancienne tradition rapporte que les Mortnhannais tentèrent une fois d'enlever la statue de saÎDt Julien de Voovantes; mais ils échouèretit parce que, arrivés au bois de laBàurdière, la statue devint si prodigieusement lourde, qu'il leur fut impossible de la porter plus loin.

(GoDlt, CMuxirûiK. p. 1)7.}

On a déjà vu, dans une légende précédente, un saint se venger des outrages qui lui ont été faits. Ce fait n'est pas isolé : saint Qjjay ayant été battu avec des genêts par les habitants de la cAte où il débarqua, maudit les genêts, qui depuis ne repoussent plus.

A Matignon on raconte qu'un homme ayant, par plaisanterie, offert à un des petits saints de Flurien une pipe de tabac, fut puni sur le champ, et son bras demeura paralysé.

Ogée, en parlant du calvaire du Saini-Esprit. près Dinan, dit a qu'on rapporte qu'un des hommes qui descendaient les statues fut tué par l'une d'elles, et que c'est cela qui préserva le calvaire d'une destruction complète. »

Cf. uir ouï lègtaàe analogue «n pdys brcloniunt, DuUurtiu

de la Barre, Coai an Roefh. Les saints bretons sont encore plus portés jk la vengeance qve cenx du pays gallot, ainsi qa*on peut s'en convaincre en lisant les l^endaires.

Les saints, quand ils rencontrent le diable, se font un plaisir de le tromper et y réussissent souvent.

SAINT laCHEL ET LE DIABLE

Quoique saint Michel eût, plus qu'aucun des autres anges, contribué à chasser Satan du paradis, les deux adversaires se causaient pourtant volontiers quand ils se rencontraient, et parfois ils faisaient des gageures.

Un jour que tous les deux voyageaient sur terre, ils se trouvèrent ensemble sur les bords du Couesnon, et saint Michel défia le diable de faire un édifice plus beau que celui que lui-même construirait. Le pari fut accepté, et ils s'en allèrent chacun de son côté.

Saint Michel édifia un palais tout en glaces, — on était alors en hiver, — qui était d'une transparence surprenante. Le diable, avec l'aide d'une légion de démons, bâtit sur un rocher, au milieu de la mer, la superbe abbaye qui s'est depuis appelée le Mont, et qui est une des plus belles constructions que Ton puisse voir.

Tout cela fut achevé en peu de temps, et le

, les deux parieurs ayant terminé leur ouvrage, se rencontrÈreni de nouveau.

— Viens, dit saint Michel, visiter mon château de glace.

Le diable y consentit, entra dans l'édifice dont il loua la beauté, la transparence et les proportions, mais déclara que celui qu'il avait bïti ^tait plus grand et plus solide que la fragile et brillante construction qu'un rayon de soleil sufiïrait pour détruire.

— Au reste, dit-il, tu pourras juger par tcimême si j'ai raison ; mais auparavant, jure-moi que tu ne feras le signe de la croix ni sur ta personne, ni sur les murs, pour me chasser de ma

Saint Michel le promit, et tous les deux artivËrenl au Mont, dont le saint admira la grandeur, les belles proportions et l'air de solidité.

— Je conviens, dit-il, que ta construction est superbe, et qu'elle surpasse de beaucoup la mienne; mais, pour qu'elle soit tout à fait parbitt, il y manque quelques pierres : l'une en haut de cette colonne, l'autre au bas, la troisième X une fenêtre à gauche, et la quatrième à uae fenêtre à droite.

En désignant ces quatre pierres, la main du saint avait dessiné dans l'air une croix, et le diable fut obUgé d'abandonner la possession de

sa belle maison qui, sous le nom du Mont-Saint- Miche], devint une puissante abbaye.

Le démon garda rancune à l'archange, qui l'avait trompé par ruse, et quelque temps après il lui proposa de cultiver un champ de moitié.

On y sema du froment, et quand il fut mûr et qu'il s'agit de partager, saint Michel choisit ce qui s'élevait au-dessus de la terre et ramassa une récolte de bon grain, tandis que le diable n'eut que des racines inutiles.

L'année suivante, le champ fut planté de navets, et quand le moment de récolter fut venu, le diable dit i

— C'est à moi de choiâr le premiei: cette fois : je prends ce qui est au-dessus de la terre.

Il n'eut que des feuilles à peine bonnes à donner aux vaches, et on se moqua de lui quand il les porta au marché pour les vendre ; le saint, au contraire, eut pour sa part d'excellents navets, bons à faire la soupe, bons à faire cuire avec les canards.

Le diable, furieux de cette nouvelle défaite, le provoqua à un combat singulier qui devait avoir lieu dans un vaste four, afin qu'aucun des adversaires ne pût s'échapper.

Il alla couper un jeune chêne long et flexible, qu'il dépouilla de ses branches, et dont il fît un bâton solide, de la longueur d'une lance, et,

ajns armé, il entra dans le four qui devait servir de champ-<:los. Saint Michel n'avait pour toute arme qu'un court bâton d'épine ; mais il le maoceuvrait avec tant de dexiériié, que les coups picuvaient dru comme grSte sur les épaules du diable, qui, embarrassé par la longueur de son arme, ne pouvait se défendre et fiit obligé de demander merci.

(Conlt pu- Itan Bmchecv, de Doutdain, 1B7S.)

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Dans mes Conter populaires de la Haute-Bretagn ire série, se trouvent la légende de saint Maure que j*ai ici reproduite en partie, et qui resseml en plusieurs points aux récits ordinaires c légendaires, et celle de saint Lénardy qui est p] curieuse, parce qu'elle montre le peuple car nisant de sa propre autorité, et malgré l'^H un saint local. Il est possible qu'après av résisté longtemps on finisse par béatifier Lena. Ce n'est pas en politique seulement que la qu( fait parfois marcher la tête.

Un autre exemple de canonisation popub existe, à ma connaissance, dans rille-et'Viyi Dans l'ancien cimetière d'Ercé près Liffré, • entourait l'église, est un petit tombeau surraoî d'une statuette en faïence de la Vierge. C'est que gît la sainte de Chasné, au tombeau de ijuelle on fait des neuvaines. Personne ae s son vrai nom, m'a-t-on dit. On m'a assuré q sa réputation de sainteté venait de ce que, en i truisant le cimetière ancien, on avait trouvé cadavre entier. On se rappela que là avait été e

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fit do soleil. Alors Georgeoa voulut cultiver un dump de moitié avec le saint ; il fiit, comme le diable de Papefiguière, qoi se retrouve partout, dupé par deux fois, et furieux, il proposa i saint Martin de se battre dans le moulin. Ayant choisi le plos long biton, il ne pouvait le manœuvrer, et il fut contraint de demander grâce an saint.

Dans mes Contes populaires de la HauU-Bretagnt^ irt série, se trouvent la légende de saint Mouron^ que j*ai ici reproduite en partie, et qui ressemble en plusieurs points aux récits ordinaires des légendaires, et celle de saint Lénardy qui est plus curieuse, parce qu'elle montre le peuple canonisant de sa propre autorité, et malgré l'Église, un saint local. Il est possible qu'après avoir résisté longtemps on finisse par béatifier Lénard. Ce n'est pas en politique seulement que la queue fait parfois marcher la tête.

Un autre exemple de canonisation populaire existe, à ma connaissance, dans riUe-et-Vilaine. Dans l'ancien cimetière d'Ercé près Liflfré, qui entourait l'église, est un petit tombeau surmonté d'une statuette en faïence de la Vierge. C'est là que git la sainte de Chasné, au tombeau de laquelle on fait dés neuvaines. Personne ne sait son vrai nom, m'a-t-on dit. On m'a assuré que sa réputation de sainteté venait de ce que, en détruisant le cimetière ancien, on avait trouvé un cadavre entier. On se rappela que là avait été eo-

DB LA HAUTE-BRETAGNE ij\

terrée une femme qui avait supporté avec une résignation tout à fait exemplaire les mauvais tnitements de son mari, et on conclut que, puisque son corps a'avail pas été soumis i la pourriture, elle était sainte. C'est d'ailleurs une croyance qui n'est pas particulière à la Haute- Bretagne.

(CoDii pir pLaiIcun pcrsoanB d'Esct, cqtn Autifs ptr Zoé Ltdj, qal ■ «itenda namts- IDUt «la au ptit Jem Thtt Lcqnel ^1 fb»oyciir Lorsque fui retrouvât U uinu de Chuoir)

A ELveii, a j iv>[i jiilu une uinie qui avait éit Waiiliée pu

EaruàL qui CDDIient le squeleïlï de la pitîtr Sainlt, vkiile meqdiiate don! le udavre fui celrDuvé en parfait ittt de dei^ealion ipr^ Linquan ou 101x1 ule ans. Lï peuple en a ^i une bjeabeu.

^baïqne.l. II, p. 19;.}

■Burc auiDaidlmi, bien ttchc cl bien houotie. {Guimvai'l,. t. !«.)

Sur la lisière de la Bretagne ei de l'Anjou, le peuple a aussi créé, de sa propre autorité, plusieurs bienheureux.

« A Pouancé, il y a un pèlerinage à h Tombt

de Yèmigré. On ne sait quel était ce personnage, qui vécut et mourut là d'une manière si édifiante que le peuple Im décerna Fauréole de la sainteté. La dévotion populaire en a Eût un lieu de pèlerinage que l'autorité ecclésiastique n'a jamais approuvé. Ce tombeau est couvert d'exvoto,.,,

t< Dans la forêt de Teillay est la Tombe à k fiJUj où certains habitants du quartier vont prier. On raconte que cette fille ayant vu une troupe de royalistes qui se cachaient dans la forêt, alla les dénoncer à la garde nationale de Bain. Les royalistes furent surpris et presque tous tués; mais à leur tour les chouans surprirent la fille, et après l'avoir fusillée l'enterrèrent au lieu où se voit encore sa tombe. Par dérision, les ennemis de la République l'appellent sainte Pataude.... (Pataud est la forme patoise ironique de patriote.)

« Une tête de mort trouvée aux environs de Châteaubriant est devenue un objet de superstition pour les paysans des environs. »

(Goudè, ChâUauhriantf p. 333, 3 $2, 386.)

D'Amezenil, Légendes bretonnes, p. 8$, raconte qne près de Peanle, on montre la croix de saint Gmapibo. Carapibo était on recteur de Peaale qni, en 17931 fut tué d'un coup de fusil par les bleus. Le peuple l'a canonisé.

En beaucoup de pays de France, des divinités païennes ont été transformées en saints, et assez souvent le nom lui-même s'est conservé : Minerve est devenue sainte Minerve, vierge et martyre, dans un pays appelé le Minervois (Aude, cf.

Babou, Les païens innocents). M. L. Martinet a retrouvé en Berry une douzaine de saints miraculeux qui ne sont autre chose que des divinités phalliques christianisées ou des dieux devenus saints.

En Haute-Bretagne, je ne connais pas d'aussi nombreux exemples de divinités païennes christianisées. Le fait le mieux caractérisé de substitution est rapporté par Tabbé GuiUotin de Corson (Mém. de la Soc, arch. d'Iîle-et-Viîaine, t. XU).

« La chapelle dédiée jadis à saint Vénier, maintenant à sainte Agathe, et située dans le bourg même de Langon, est, de l'aveu de tous les archéologues, un édifice gallo-romain... L'absidiole, profonde de deux mètres, présente sur sa voûte intérieure une très-curieuse fresque figurant Vénus sortant des eaux, accompagnée de l'Amour monté sur un dauphin... Lorsque le christianisme s'établit dans nos pays, au VI« siècle, on résolut d'utiliser cet édifice en en faisant une chapelle.... La voûte reçut une décoration appropriée à la destination nouvelle de l'édifice. Puis, par un

compromis dont on a d'autres exemples, le culte de saint Vénier parut propre à faire oublier Vénus, dont la représentation demeurait dans le souvenir des habitants de Langon ; aussi, en 838, cette chapelle s'appelait eccUsia sancti Veneris (D. Morice, p. I, 272); au XVI« âède, elle portait encore cette dénomination, et non loin d'elle se trouvait la fontaine de saint Vénier. » (P. 6, 7 { et 81.) j

J'ai déjà parlé, p. 17 et suivantes du présent volume, des saints que la tradition populaire associe aux monuments préhistoriques. De même que le diable (cf. p. 20 et suivantes), quelques j saints ont laissé çà et là, généralement sur des blocs naturels, des empreintes que Ton montre encore.

Au milieu du sentier qui conduit de la grève à risle-de-Saint-dst, on voit, creusée assez profondément dans la pierre, l'image d'un grand soulier; c'est, dit-on, le pied de saint Cast; mais je n'ai pu recueillir aucune légende sur cette trace du saint. Saint Cast est le même que Cado (Catwod), dont la trace se retrouve en plusieurs endroits de la Basse-Bretagne.

Cf. Joanne, p. 538, glissade de Saint-Cado, pr^ de Bdz.

Près de Dinan, on montre l'empreinte que

laissa saint Vallay. Un jour qu^il était poursuivi par des voleurs, il se voyait sur le point d'être atteint, lorsqu'il se recommanda à Dieu et s'élança pour franchir la vallée. Des anges le soutinrent, et il se trouva debout, sans avoir éprouvé aucun mal, à l'endroit où son pied est encore marqué.

(Recueilli par M"' Élodie Bernard.)

Saint Michel et le diable, se disputant l'honneur de nommer le mont devenu célèbre sous le nom de Saint-Michel, convinrent de faire l'essai de leur puissance. Il s'agissait de franchir d'un bond l'espace qui sépare le Mont-Dol du Mont- Saint-Michel. Le diable tomba dans la mer, et l'archange, soutenu par ses ailes, alla se placer sans effort sur le sommet du mont qui, depuis ce moment, lui fut consacré.

On montre, au Mont-Dol, le lieu d'où les deux rivaux s'élancèrent. L'empreinte du pied de l'archange est parfaitement visible sur un bloc de rocher qui surplombe l'abfme. Tout à côté, sous les broussailles, on distingue la marque de la griffe ou plutôt du pied fourchu de Satan.

(Communiqué par M. Lucien Decombe.)

Cf. sur les empreintes de saints, Aymard, Nottssur Us roches d bassins de la HauU-Loite, dans les AnnaUs dt la Soeiéti du Puy (i8$9)y 1861, p. 341 et raiv. ; L. Duval, Esquissts marchoius (passim).

A Landeux, d'après Jollîvet, t. U, on appelle berceau de saint Qeuz le rocher sur lequel le saint descendit.

Des pèlerinages ont lieu à SaÎDt-Viaud (Loire- Inférieure) à la Pierre-Guion ou qu'a nom, où saint Viaud a laissé l'empreinte de ses pieds, de sa tête et de son bâton.

(Ogie, art. Saint-Viaud.)

Je parlerai ailleurs, dans deux ouvrages que je prépare sur Les coutumes et les féteSy et sur Lx médecine populairey du culte que l'on rend aux saints et des guérisons qu'on va leur demander.

s n. — LES MODŒS

[ES légendes que j^ai recueillies sur les moines les représentent comme gourmands et licencieux. Un proverbe breton, rapporté par Habasque, t. I, p. 245, montre que ceux de Beauport avaient la même réputation.

N'ens mtnac'h er Miniclii N'en deufè grèg é Kérity.

Presque tous les moines légendaires sont des moines rouges.

« A La Baussaine, canton de Bécherel, les habitants prétendent que l'église a appartenu aux Templiers, mais que ces chevaliers-moines ont tous été exterminés en une nuit. »]

(B. Robidou, p. 214.)

Dans le Morbihan (cf. Rosenweig, Bipert, archéologique, passim), an grand nombre d'édifices passent pour avoir été constmits par les Templiers. Il en est de même dans le reste de la Bretagne.

Vers le Mené, on m*a conté que pour châtier les moines, qui s'occupaient de choses étrangères

i leur éiat, et tnéme de magie. Dieu leur aviit envoyé k Révolution, qui les châtia justement,

I^ légende qui suit les représente en eâei comme s'ottupant de sorcellerie.

Les moines de Bosquen avaient tous les privilèges et passaient pour être sorciers. Une nuit ils se demandaient entre eux : u Qji'allons-nous faire auiourd'hui ? — 11 faut, dit l'un des moines, faire mourir toutes les avoines. — Oui, | répondirent les autres, tu as raison, s Ils avaient de; boutaiUcs exprès. Ils envoyèrent un jeune 1 garçon qui était leur domestique jeter la bouteille par la fenêtre. Cette bouteille avait la vertu de faite mourir tout le monde, les animaux, les ! gens et les plantes, quand on disait : "Bcrluke». I L'enfant alla i k fenêtre et dit ; a Berluke I que les avoines meurent cette nuit; o mais il ne jeta pas toute la bouteillée. L'un des moines Ini dit : « Pourquin ne l'as-tu pas toute jetée 7 — Ah I répondit-il, si elles ne meurent pas toutes, on pourra recommencer. — C'est vrai, dit le moine ; u mais le jeune garçon pensait autrement. La nuit, quand tout lut i repos, il se leva et

prit le reste de la bouteillée, puis il dit ; « Berluke I que tous les moines meurent 1 s Aussitôt tous les moines mounuent, et depuis ils n'ont junais existé.

n y avait à Bosquen un prieur qui était tout sorcieT : il prédisait l'avenir, et il montait bien sur la tour de l'élise sans échelle. Un jour qu'il y était encore grimpé, il se mit à songer et à penser, puis il dit : « Dans quelque temps, nous serons persécutés, et la forme du gouvernement changera, b L'un des moines l'ayant entendu, lui demanda ; « Ce temps durera-t-il longtemps ? — De dix à douze ans, s reprit-il.

Un jour ce même prieur était à se promener dans le jardin. L'un des moines dit à un de ses camarades : <c Tu vois bien le gros prieur qui se promène? Je parie que dans tiuit jours il sera aiOTt. B Cela arriva en effet, ainsi qu'il l'avait prédit.

(Coatè en itSi parj. H. COramlT, dn Gonny.)

En d'imms payi (cf. Monn, Ij Piitri tt U Soreitr), les pjltra

1k Haute- Bicugne ; mail on a pu voir «u cHapim

Les moines de Bosquen avaient ai n d'être impies.

Un jour qu'ils étaient à danser, il passa un prêtre qui portait le saint-sacrement. Au lieu de s'agenouiller, comme tout le monde, les moines continuèrent leur danse ; mais la terre s'entr'ouviit et les engloutit. (P.)

Voici encore ce qui m'a été conté â leur sujet :

Autrefois chaque moine de Bosquen avait pour pénitence d'embrasser tous les jeudis le dessous des pieds de six enfants. Et pour que les enfants fussent disposés à venir ce jour-là, ils leur donnaient â chacun une livre de pain.

Depuis que les moines ne sont plus à Bosquen, les fermiers qui leur ont succédé n'ont jamais fait de bonnes affaires : il arrive toujours des accidents à leurs chevaux, car les écuries ont été maudites par les moines. (P.)

A Plévenon, des moines de mauvaise vie erraient, dit-on, après leur mort, près du tumulus de Château-Serin, en « expiation des péchés commis pendant leur vie ».

Quelquefois même on les a accusés de crimes.

Il y avait une fois un homme âgé qui gardait les oies auprès d'un couvent de moines. Un jour qu'il s'était mis à l'abri dans le creux d'un fossé, il entendit des lamentations, et ayant regardé, il

ote-bbetag:

vit t

moioe qui t

t une fille, et ceUe-ti

— Ah ! je vous en prie, ne m'enterrez pas toute vivante 1

Le bonhomnie alla bien vite chercher la jusitci;, qui arriva au couvent et demanda aux moines ce qu'ils avaient caché daos un champ :

— Un cochon, messieurs, qui éiait crevé.

— 11 criait bien haut, ce cochou-lâ, dit le jvgE ;

Les moines ne voulaient point aller ; mai!, les gens de justice les forcèrent à les accompagner dans un champ où il y avait de la terre fraîchement remuée. Ils creusaient, mais peu profondément, et les moines disaient :

— Vous voyei bien, messieurs, qu'il n'y a

Un des gendarmes prit la bêche et eut bieaiôt trouvé la fille ; mais elle était morte. Un médecin la visita ; elle était enceinte de six mois.

On se rappela que sept jeunes filles du pays avaient disparu satis qu'on sût ce qu'elles étaient devenues. On fit une perquisition au couvent, et on y trouva trois jeunes filles encore vivantes: les autres étaient mortes; leurs cadavi découverts, et les moines furent chassés du pays

(Coqti en 1E7S pir Rote ReniDd, ilE Sùnt-Cut.)

>ays. JJ

La tradition rapporte qn'à Satat-Cast il y eat an couvent de moines. Un chant populaire de Lnzel, t. I, Les deux moines et la jeune file, p. 275, est fondé sur une histoire similaire. On la retrouve aussi dans la Loire-Inférieure.

« La vidlle fermière de Béré raconte qu'au temps où les moines habitaient le couvent de Saint-Sauveur, une jeune fille entra chez eux et ne reparut plus. Le bruit courut que pendant la nuit elle avait été enterrée sous le clocher de Téglise. Les ennemis des moines firent drculer dans tout le pays cette histoire.... Les pères l'apprirent à leurs enfants, et de génération en génération elle est arrivée jusqu'à nous. »

(Goudé, Cbdteaubriant, p. 35.)

D'après une légende encore populaire aux environs de Dinan, les moines de Léhon menaient joyeuse vie, mais n'étaient point cruels comme ceux de Saint-Cast; les aventures qu'on leur attribue sont grasses, mais non tragiques.

Voici le résumé d'un conte recueilli à Saint- Suliac par M™* de Cemy, et où il est parlé de la punition d'un moine gourmand.

« Un moine de la suite de saint Samson, qui venait visiter saint Suliac, fut surpris de la pauvreté des mets des cénobites, et il trouva le pain si mauvais qu'il le cacha dans sa robe pour ne pas le manger; mais bientôt il fut pris de

convulsions, et saint Suliac, qui lui donna ses soins, découvrit un serpent qui déchirait la poitrine du moine. Il Texorcisa et ordonna au moine d'aller le précipiter dans la mer. »

Les moines, surtout ceux de certaines abbayes, passaient pour très-riches ; on répète maintenant encore ce dicton :

De tout côté que vent ventait, Bosquen rentait.

La légende qui suit parle d'un puits où des moines auraient enfoui un trésor. Au chapitre des Souvenirs bistoriquesy on trouvera plusieurs récits sur les trésors supposés des anciens châteaux.

Dans le bois de la Mare en la Poterie, il y a une butte à peu près ronde, entourée d'un fossé qui souvent est à sec, mais où l'on voit encore les traces d'un puits. Il s'appelle le Puits des MoineSy et la motte (probablement féodale) se nomme dans le pays le Château des Moines.

D'autres buttes non loin de l'ancienne abbaye de Saint-Aubin-des-Bois s'appellent aussi les Châteaux.

Plusieurs personnes ont essayé de trouver le trésor qui est enfoui dans le Puits des Moines ;

mais elles ne pouvaient creuser assez profondément pour l'atteindre: à chaque tsentative, il survenait de la pluie et de Torage qui interrompaient les travaux.

(Gmtè {MU- M. Mèheust, maire de la Poterie.)

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