‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 18 sur 85 · Î. — CULTE DES PIERRES · texte numérisé non relu

Î. — CULTE DES PIERRES

s AI cru pendant assez longtemps que ce 5 culte n’existait plus qu’en Basse-Bretagne ; mais cela tenait seulement à son caractère clandestin. Aïnsi qu’on pourra le constater par ce qui suit, il en subsiste des vestiges notables, même en pays gallot, et je suis sans doute loin d’être complet à ce sujet.

À Roche-Marie, près Saint-Aubin-du-Cormier, est une allée couverte où jadis les filles qui étaient amoureuses allaient se frotter ; elles avaient ensuite plus de chance pour se marier avec leurs amoureux.

(Conté en 1880 par Joseph Legendre, qui tient ce fait d’un bonhomme Martinais, de Saint-Aubin-du-Cormier, âgé de quatrevingts ans.)

En Plouër, non loin du Pont-Hay, et près de la route de Plouér à Pleslin, se trouve la Roche de Lesmon; elle est sur un tertre où se voient parmi les ronces d’autres rochers bruts en quartz blanc.

Les filles ont été de tout temps « s’érusser (se laisser glisser) à cu nu » sur la plus haute pierre,

qui est un énorme bloc de quartz blanc en forme de pyramide arrondie, d'où l’on a une vue superbe sur toute la vallée de la Rance. De là on apercoit même le mont Saint-Michel.

Cette roche est bien polie, surtout du côté où l’on s’érusse. On prétend que ce sont les filles de Plouër qui, en se laissant glisser, ont opéré le polissage. Maintenant encore, lorsqu'une fille veut savoir si elle se mariera dans l’année, elle se laisse « érusser à cu nu, » et si elle arrive au bas sans s’écorcher, elle est assurée de trouver bientôt un mari.

(Communiqué par M. Jean Even, de Dinan.)

« La partie plane et inclinée d’une pierre dite le Faix du Diable, en Mellé, est usée par toutes les jeunes filles qui, de temps immémorial, sont venues s’y écrier (glisser dessus). Cela, dit-on, porte chance pour aider à se marier. »

| (Danjou de la Garenne, p. 57)

« La Roche Écriante (glissante), en la commune de Montault, est une masse unie et polie, inclinée de 45 à 50 degrés vers le sud-ouest, et qui, sur un parcours de $ mètres environ, offre en trois endroits différents la trace évidente des sillons qu'y a creusés depuis bien des siècles l’innombrable quantité de personnes qui sont allées écrier.

Une jeune fille songe-t-elle à se marier? Elle

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va furtivement s'asseoir sur le sommet de la Pierre Écriante, puis, accroupie et se laissant emporter, elle s’abandonne à la pente, glissant rapidement jusqu’au bas. Elle dépose ensuite sur la pierre un petit morceau d’étoffe ou de ruban, puis se retire le cœur content, mais craignant bien d’être aperçue, car la pierre seule doit savoir le secret de son cœur, et l’année ne s’écoulera point avant que les cierges de la paroïsse ne s’allument pour son mariage. »

(Danjou, p. 58.)

« À Saint Georges-de-Reintembault, dans le bois Mignot, on voit une pierre énorme formant un plan incliné de 6 mètres de long, et connue sous le nom de Roche-Écriante. Les jeunes filles vont se laisser glisser sur cette pierre de granit, qui en est usée par ce long frottement. On a dès lors une chance heureuse pour se marier vite. »

(Danjou, p. 59.)

A la Tiemblaye, en Saint-Samson, près Dinan, est un des plus beaux menhirs du pays ; on prétend dans le voisinage que si on peut grimper au haut, on se marie dans l’année.

Une croyance semblable existe en Normandie ; à Colombiers, il faut monter sur la pierre, y déposer une pièce de monnaie çt sauter du haut en bas. Il y a aux environs de Bayeux deux

autres pierres qui sont l’objet de vœux du même genre. (Amélie Bosquet, p. 176.)

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« M. de Montbret, membre de l’Institut, ayant visité en 1820 un dolmen près de Guérande, trouva dans les fentes de cette pierre des flocons de laine de couleur rose liés avec du clinquant. On lui dit dans le pays que ces objets avaient été confiés à la pierre par des jeunes filles, dans l’espoir d’obtenir la faveur d’êtremariées dans l’année, et que ces dépôts se faisaient toujours en cachette des curés. »

(De Caumont, Cours d’antiquités monumentales, t. I, p. 120.)

De là aussi vient par survivance l’usage qui existe encore en quelques pays de se frotter aux statues des saints qui ont hérité de certaines attributions des monuments préhistoriques.

J'ai entendu dire que des femmes, pour avoir des enfants, allaient se frotter à certains saints en pierre ou en bois, placés dans la campagne ; mais je ne l’ai jamais oui dire pour les monuments mégalithiques.

(Communiqué par M. À. Orain.)

Jadis les mariées allaient danser le jour de leurs noces sur la Pierre à la Mariée de Graçay. (Cf. Martinet, p. 14.) Dans les Pyrénées, plusieurs pierres sont l’objet d’un culte de la part des femmes, qui leur demandaient la fécondité. (Bulletins de la Société d'anthrop., 3° série, t. II, p. 167-168.)

Naguère encore, plusieurs mégalithes du Finistère étaient entourés de pratiques superstitieuses. (Cf. Fréminville, p. 179.)

En 1880 à encore eu lieu autour d’un menhir, non loin de Carnac, une cérémonie singulière. Des gens, mariés depuis plu-

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