‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 19 sur 85 · S2 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

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sieurs années, et qui n’avaient point d’enfants, se rendirent auprès du monolithe au moment de la pleine lune. Ils se dépouillèrent de leurs vêtements, et le mari tournant autour du menhir, poursuivit la femme jusqu’au moment où elle se rendit, Les parents faisaient le guet aux environs pour empècher les profanes de venir troubler cette cérémonie qui, paraît-il, a lieu quelquefois encore. (Communiqué par M. de Mortillet.)

En 1874, le jour de l’assemblée de Saint-Samson en Landunnevez, j’ai vu des hommes se frotter à un menhir dont une partie était usée ; ils agissaient ainsi pour obtenir de la force.

En pays gallot, je ne connais pas de mégalithe auquel on se frotte pour avoir de la force; mais en certains endroits existe une coutume qui vraisemblablement en dérive : c’est celle de faire marcher les enfants sur la tombe de personnages réputés bienheureux. À Saint-Caradec, les mères viennent exercer leurs enfants à marcher sur la tombe de Guillaume Coquil, recteur, mort en odeur de sainteté en 1749. La même coutume existe en pays bretonnant à Lanloup, où l’on fait marcher les jeunes enfants sur le tombeau de saint Mélar ou Méloir (cf. Jollivet, t. I, 362) ; à Tressigneaux, près Lanvollon, et en nombre d’autres lieux.

« À Pluzunet, dans la partie bretonnante des Côtes-du-Nord, les mères de famille qui ont des enfants faibles vont les rouler dans le lit de saint Idunet (c’est une pierre, vraisemblablement naturelle, dont le dessus est légèrement creusé) et les y

fouetter avec un balai de genêt dont elles se servent ensuite pour balayer la pierre. Elles sont convaincues que les enfants

ainsi traités prennent de la force pour marcher seuls, » (Ernoul de la Chenelière, p. 34.) Cf. aussi Aymard. Notes sur les roches à bassins de la Haute-Loire. Annales de la Société d’agriculture du Puy, 1859, p. 346, 347 et suiv. Il s’agit de monuments préhistoriques qui ont été placés sous l’invocation de saints, et où Pon porte les enfants infirmes. ;

« On voit sur les hauteurs, proche le village de la Retaudière, commune de Combourtillé, un bloc de grès assez considérable auquel se rattache une tradition bizarre qui doit être fort ancienne. Les maris malheureux y vont, dit-on, la nuit, payer un certain tribut. Cette singulière légende a sans doute été inventée afin de tourner en dérision ceux qui pratiquaient jadis un culte nocturne à cette espèce de pierre. Une modeste croix est placée auprès. »

(Danjou de la Garenne, p. 47.)

De toutes les superstitions qui se rattachent aux mégalithes, celle des pierres à tonnerre, ou roches de lonnerre, est la mieux conservée, bien qu’elle ait une tendance à s’effacer.

Sous le nom de pierres à tonnerre on comprend en pays gallot les haches ou les couteaux polis de main d'homme, et aussi certains cailloux ronds ou oblongs qu’on trouve dans les champs, et que les paysans croient être tombés du ciel au moment des orages.

Avec les toutes petites pierres à tonnerre, on

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fait des colliers qu’on suspend au cou des enfants ; cela les préserve des maladies de l'enfance, et en particulier de la râche et du mal d’yeux. Ce collier porte le nom de chapelet de saint François, et vers 1843 on s’en servait encore aux environs de Bécherel, dans la commune des Iffs.

(Conté en 1880 par Joseph Legendre, originaire des Iffs.)

Une note de M, de Closmadeuc parle d’une amulette du Morbihan assez semblable, mais qui semble purement païenne. « Le gougad-patereu, en usage anciennement dans quelques paroisses du centre du Morbihan, est un collier-talisman composé de grains de diverses matières, au nombre desquels dominent les grains d’ambre jaune et les pierres polies ; l’usage s’en perd chaque jour... Tout porte à croire que les gougad-patereu ont succédé aux colliers de pierres de couleur que l’on a exhumés récemment des tombeaux dits celtiques. »

(Revue archéologique, décembre 1865, p. 433-37.)

Mais la propriété la plus reconnue de ces pierres est, ainsi que leur nom l'indique, de préserver de la foudre. Cette superstition se retrouve à peu près dans le monde entier.

Cf. Matériaux pour servir à l’histoire de l’homme, t. I, p. 137 (Espagne, Italie, Brésil, Java, Malaisie), 221 (Écosse) ; t. I, p. 93 (Puy-de-Dôme), 131 (Saône-et-Loire), 153 et 268 (Aveyron), etc.

DE LA HAUTE-BRETAGNE ss

Voici ce que jai pu recueillir jusqu’à présent, en Haute-Bretagne, sur les pierres à tonnerre :

En mettant dans son chapeau ou dans sa poche des pierres de tonnerre, on n’a rien à craindre pendant les orages. Les pierres à tonnerre ne, peuvent s’entre-souflrir, et celle qui se trouverait dans le nuage tomberait à côté.

(Conté par J. Legendre, de Saint-Brieuc des [ffs, en 1880.)

Jadis il y avait beaucoup de gens qui mettaient des pierres à tonnerre dans leurs poches quand le temps était à l'orage; et s’il tonnait, ils récitaient une oraison en l'honneur de la pierre. En voici une qui parfois se dit encore :

Pierre, pierre, Garde-moi du tonnerre, (S.-C.) (1).

Aïlleurs, voici ce qu’on dit :

Sainte Barbe, sainte Fleur,

À la croix de mon Sauveur,

Quand le tonnerre grondera,

Sainte Barbe me gardera;

Par la vertu de cette pierre,

Que je sois garde du tonnerre. (E.)

Cette prière, qui tombe en désuétude, présente deux faits assez curieux : sainte Fleur, c’est vrai-

(x) Abréviations : S.-C. Saint-Cast; M. Matignon ; D. Dinan; P. Penguily; S.-D. Saint-Donan; T. Tréveneuc (Côtes-du- Nord); E. Ercé près Liffré (Ille-et-Vilaine). À

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semblablement l’épine blanche, — qui passe pour préserver du tonnerre, — et qui peu à peu sera devenue une sainte. La fin, qui se récite en ayant sur soi une pierre à tonnerre, montre une superstition préhistorique soudée à une prière catholique.

On met des pierres à tonnerre sur les fenêtres des maisons ou dans un trou du mur, pour préserver les habitants du tonnerre. (E.)

Jadis on plaçait des pierres à tonnerre dans les fondations des maisons et même des églises ; c'était pour préserver ces édifices du tonnerre. En démolissant, il y a quelques années, l’église de Trévron, près Dinan, on trouva une hache en diorite. Dans les murs de l’ancienne école mutuelle, qui datait du XVIIIe siècle, on trouva une pointe en quartzite non polie, du type de la Ganterie, en Saint-Hélen; en 1880, en démolissant une maison, aussi à Dinan, on a trouvé dans les fondations une pointe en quartzite du même type.

Je ne connais pas d'exemple contemporain de pierre mise dans la maçonnerie des édifices pour les préserver de la foudre ; maïs je ne serais pas surpris cependant que cela se fasse encore.

Cartailhac, l’Age de pierre, p. 73, parle d’une découverte faite par un archéologue de Bordeaux, M. de Chasteigner, qui trouva de nombreux silex polis « en faisant quelques fouilles sous le seuil de plusieurs métairies en reconstruction dans la vallée infé-

rieure de la Garonne, »

Une note de M. Desaivre, dans Souché, p. 17, rapporte, sans

doute d’après des observations personnelles ou communiquées, qu’en Bretagne on rencontre souvent des haches celtiques dans les fondations des maisons; on croit qu’elles y ont été mises pour détourner la foudre,

Le

D’autres usages, qui dérivent vraisemblablement ‘des croyances relatives aux pierres protectrices, subsistent encore. Dans le fond des charniers à lard, on met un clou pour empêcher le lard de tourner. On place aussi un clou dans le fond du nid des oiseaux, pour que l’orage ne puisse leur nuire. (E., D.)

Jusqu’à présent, je n’ai rien recueilli au sujet des pointes en silex ou en quartzite taillées par éclatement, qui sont pourtant assez communes en certains pays de la Haute-Bretagne. Elles ne portent pas de noms particuliers, et les paysans auxquels j’ai demandé si on les appelait, comme en Angleterre, flèches des fées, m'ont répondu qu’ils ne les avaient jamais oui nommer ainsi.

Sur le culte des pierres en général, on trouvera de curieux renseignements dans Cartailhac, l’Age de pierre; Jolly, l'Homme “avant les métaux ; Evans, les Ages de la pierre; Tylor, Civilisation primitive, etc.

On peut aussi consulter, outre les ouvrages cités et ceux auxquels j’ai fait des références, les monographies suivantes : Sacaze,

- Le culte des pierres dans le pays de Luchon, Association française, 7° session, p. 900 et suiv.; Bleicher et Faudel, Matériaux pour une étude préhistorique de l'Alsace, Colmar, 1878, p. 83 et suiv., et le précieux recueil intitulé: Matériaux pour servir d l’histoire de l’homme, publié par MM. de Mortillet, Cartailhac et Chantre.

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