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II. — CULTE DES ARBRES

que celui des pierres ; il y a pourtant en | pays gallot plusieurs arbres qui sont vénérés : les uns sont ornés d’une statuette de la Vierge ou des saints; d’autres n’ont aucun emblème chrétien.

Auprès d’une fontaine dédiée à saint Roux, et qui est située dans la forêt de Rennes, s'élevait jadis un chêne séculaire. Il fut abattu ; mais celui qui le jeta par terre eut toujours depuis un tremblement dans les membres : c'était un arbre qu’on ne devait -pas abattre.

(Conté en 1880 par Zoë Ledy, d’Ercé.)

« Le chêne au Vendeur, encore existant dans la forêt de Caulon, en Brocéliande, fut longtemps témoin des ventes, comme ses prédécesseurs étaient témoins des sacrifices. Ce grand arbre est un objet de vénération. » (Baron Dutaya, Brocélande, p. 14.) En 1867, il a été incendié en partie.

« Dans la forêt de Gâvre se voit aussi le chêne

au Duc, arbre vénéré, qui passe pour être âgé de douze siècles. » (Joanne.)

« Près du village de Mont-Fromerie, en Îa Chapelle-Janson, l’on voyait encore, il y a peu d'années, un chêne d’une très-grande vieillesse, à en juger par sa tête chauve et le volume de son tronc entièrement creux. Il était connu sous le nom de Chêne des Prières, et l’on y venait de fort loin en pèlerinage, pour tâcher de recouvrer la santé. Il était surtout réputé pour guérir les fièvres. Pour cela il suffisait de lui enlever un petit morceau de son écorce rugueuse, et, après y avoir tracé une croix, y faire dévotement une prière. Il est enfin tombé de vétusté. Cette vénération pour les arbres, reste de l’ancien culte, s’est encore conservée dans le pays. Pour détourner les fidèles de cette idolâtrie, les ministres de l'Évangile les avaient sanctifiés en y plaçant les images des saints, et l’on voit encore fréquemment, aux environs de Fougères, clouée dans une sorte de niche sur le tronc des vieux chênes, une statue de la sainte Vierge. »

(Danjou de la Garenne, p. 42.)

« Sur le Tertre-Alix, près du bois de Monthorin, en Louvigné-du-Désert, est un petit oratoire qu’ombrage un chêne séculaire, en vénération pour guérir les fièvres. Pour cela il suffit de pren-

dre un morceau de son écorce. Aussi, se trouvet-elle constamment couverte de ces sortes de mutilations. Non loin de là est une roche hantée par les fées. »

(Danjou de la Garenne, p. 55.)

« Dans la commune de Saint-Pern, près Bécherel (Ille-et-Vilaine), il existe, non loin des ruines du château de Ligouyer, un arbre antique qui attire les jeuncs filles, auxquelles le seul contact de son écorce a la vertu de procurer des maris. »

(Communiqué par M. Lucien Decombe.)

« La chapelle du Tertre-Alix, à l’entrée du bois de Monthorin, en Louvigné-du-Désert, doit remonter à une très-haute antiquité, si l’on en juge par le tronc du vieux chêne auquel elle est adossée. S’il faut en croire la tradition, un seigneur du pays, nommé Alix, aurait, dans une partie de chasse, tué involontairement un de ses amis. Dans son désespoir, il se serait adressé à un saint ermite qui habitait la forêt de Fougères, et qui lui aurait donné le conseil de se retirer du monde, et de passer le reste de ses jours dans la retraite. D’après ce conseil, Alix aurait fait construire le petit oratoire dont nous parlons au pied du dernier chêne de la forêt, et aurait vécu jusqu’à sa mort dans les exercices de la prière et de la pénitence.

« L’écorce de ce chêne est réputée dans les campagnes comme étant douée d’une grande vertu fébrifuge, et c’est à cette croyance que cet arbre, plusieurs fois séculaire, est redevable des nombreuses mutilations dont il porte les traces. »

(Maupillé, Notice sur Louvigné (Mém. Soc. arch. d’Ille-et-Vilaine, EXT)

Cf. sur les arbres populaires en Normandie: A. Bosquet,

p. 197; en Berry, cf. Laisnel de la Salle, I, 162; vieil orme hanté, p. 163.

Le chêne rosé de la forêt de Loudéac était placé au milieu d’un carrefour où avaient lieu des rendez-vous de chasse.

Un jour un jeune homme des environs de la forêt promit à une jeune fille de l’épouser et de lui faire cadeau d’une paire’de beaux souliers sj elle consentait à aller à minuit crier quelque chose sous le chêne rosé. La jeune fille, qui n’était pas peureuse et avait sans doute envie de se marier, alla au carrefour. Le lendemain, au pied du chêne rosé, on trouva sa coiffe tachée d’une goutte de sang et sa paire de sabots. Depuis, on ne la jamais revue; mais on assure que parfois, en plein midi, on entend sortir du chêne une voix qui crie :

Rends-moi mes souliers !

Rends-moi mes souliers!

(Communiqué par M. E. Hamonic.)

62 ERADIPFIONSICEMAISUPERSETI PLONS

Au village de la Lande, près Saints ou Sains, canton de Pleine-Fougères, à quatre kilomètres de la mer, se voient deux arbres de la liberté plantés en 1789. Ces deux superbes chênes, soignés depuis cette époque mémorable par la famille Drouin, sont sous la garde des habitants du village. L’étranger qui toucherait à ces chênes, sacrés pour tous les habitants de ce village, aurait assurément à s’en repentir. Quand, dans les temps d'élections, des jeunes gens viennent demander aux frères Drouin ce qu’ils doivent voter. — Regardez les chênes! leur est-il répondu. Ils savent ce que cela veut dire, et ils votent bien.

Lorsque nous fûümes les visiter, un habitant du pays nous disait : La Lande de Montamblet, où sont les chênes, est un lieu vénéré des républicains du pays et des environs; on va là s’asseoir à lombre de leurs grardes branches, causer des affaires de la France, de nos pères de 1789; on se serre cordialement la main avant de se séparer en se disant : N’oublions jamais les chênes!

(Lettre écrite en 1876 par M. A. Grout, de Saint-Malo.) Je ne connais pas d’autre exemple d’arbre de la liberté qui soit

en Haute-Bretagne l’objet d’une sorte de culte. Celui-ci m’a paru intéressant à noter.

Quelques arbres passent pour avoir des vertus curatives ou prophylactiques, non à cause de leur

grosseur ou de leur ancienneté, mais simplement en raison de leur espèce.

Parmi ces derniers, on peut placer en première ligne l’épine blanche. Elle préserve de la foudre, et lon prétend que lorsqu'il tonne il faut se réfugier dessous. Elle doit, dit-on, ce privilége à l'honneur qu’elle a eu de fournir la couronne d’épines dont fut couronné Jésus. (S.-C., E.)

Quand les vaches ont des pourritures aux pieds, il faut les conduire, avant le lever du soleil, devant une épine blanche. Une de mes fermières m'assurait dernièrement que cela seul avait guéri ses vaches, qui auparavant avaient sans succès été médicamentées de toutes les façons. (Plénée- Jugon.)

Les colliers de chêne mis au cou des vaches les préservent de la cocotte. (E.)

Le sureau préserve des maléfices. (E., S.-C.)

Quand un enfant est faible, on prend des feuilles de bouleau; on les met à dessécher dans le four, puis on les place dans le berceau de l’enfant, qui ne tarde pas à reprendre des forces. (E.)

Le gui qui croît sur l’épine blanche fait passer la fièvre ; le gui mélangé à la nourriture des chèvres et des vaches leur fait donner du lait. (E.)

Cf. Pline, cité par Gaidoz, le Gui, p. 8.

Vers Baguer-Morvan, Baguer-Pican, Pler-

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