‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 22 sur 85 · III. — CULTE DES FONTAINES · texte numérisé non relu

III. — CULTE DES FONTAINES

SEAUCOUP de fontaines sont l’objet d’un À culte superstitieux qui vraisemblablement a succédé à un culte plus ancien.

« De l’usage que les druides faisaient de l’eau des différentes sources est venu le culte que les Bretons ont si longtemps rendu aux fontaines. Lors de l'établissement du christianisme, les ‘prètres les consacrèrent à Dieu, sous l’invocation de la Vierge ou de quelque saint, afin que ces hommes grossiers, frappés par ces effigies, s’accoutumassent insensiblement à rendre à Dieu et à ses saints l'hommage qu’ils adressaient auparavant aux fontaines elles-mêmes. Telle est l’origine des niches pratiquées dans la maçonnerie de presque toutes les fontaines, niches dans lesquelles on a placé la statue du saint qui donne son nom à la source. C’est pour parvenir au même but que le clergé fit ériger à la même époque des chapelles dans les lieux consacrés à la religion où au culte... Quoi qu’il en soit, les paysans bretons (et gallots) ont encore à présent une grande vénération pour certaines fontaines. »

(Habasque, t, I, p. 17.)

A Saint-Germain-de-la-Mer, en la commune de Matignon, est une fontaine où on lave les enfants pour les préserver des tranchées.

À Saint-Jean-Pierre-Fixte est une fontaine objet d’un culte analogue.

(Joanne, p. 298; A. S. Morin, p. 18-20.)

Dans celle de Saint- David, en Landébia, près Plancoët, on plonge les jeunes enfants pour leur donner des forces. « À Radenac (Morbihan français) est la fontaine de Saint-Armel; on y porte les enfants qui commencent à marcher, afin que, par la vertu de ses eaux, ils obtiennent de se tenir solidement debout. »

(Ogée, art. Radenac.)

En la commune de Gausson (Côtes-du-Nord) est une fontaine dédiée à saint Nicolas; on y plonge les enfants qui ne marchent pas de bonne heure.

Cf. des usages analogues en Eure-et-Loir (A. S. Morin, le Prêtre, p. 17).

En sortant de Baud par la route de Rennes, à gauche, on trouve une fontaine où les pèlerins, après avoir adressé leurs prières à Notre-Dame-de-Clarté, vont se laver les yeux. Ils boivent ensuite un peu de l’eau de cette fontaine, puis s’en jettent dans les manches, Un peu plus loin, à droite, est une autre fontaine dédiée à saint Mamers. Les mères vont y faire tremper les chemises et les vêtements de leurs enfants, quand ils ont des coliques. Enfin, au milieu de la chapelle Saint-Adrien,

il y a un trou dans lequel sont plusieurs cailloux. Pendant

toute la journée de la fète patronale, les femmes vont se frotter le ventre avec ces cailloux, puis vont boire de l’eau d’une fontaine voisine, Cette cérémonie a pour but de les garantir de la colique. (Ogée, 2° édit.)

« Tout près du bourg de la Chapelle-Janson coule une fontaine d’une eau pure et limpide, qui sans doute a dû avoir été l’objet d’un culte particulier. Elle est encore renommée par mille précieuses qualités. Elle porte le nom de saint Lezin, patron de la paroisse. N’y peut-on pas voir aussi un vestige du culte des fontaines? »

(Danjou de la Garenne, p. 43.)

Commune de Chevaigné, canton de Saint- Aubin-d’Aubigné, arrondissement de Rennes, au village de la Cabochais, existe une fontaine sous linvocation de saint Morand, je crois (les paysans disent saint Mâron). Ses eaux guérissent de la fièvre ; mais on doit s’y rendre à jeun, et sans parler. Il y a une vingtaine d’années à peine, on y jetait encore de la menue monnaie, des liards ou des centimes. Aujourd’hui, on a placé un tronc pour recevoir les offrandes des pèlerins.

(Communiqué par M. Lucien Decomke.)

Dans l'Yonne (cf. Salmon, Dict. archéologique de l’Yonne, p. 257, 278) existent encore des fontaines qui sont l’objet d’un culte, et M. Martinet, le Berry préhistorique, a relevé en ce pays près de cinquante fontaines sacrées.

« A la chapelle de Notre-Dame-de-Gavrain, en

Renac, est une fontaine, but de pèlerinage pour les fiévreux. »

(Guillotin de Corson.)

« Sur les bords de la forêt de Brocéliande, dans le voisinage de Gaël, saint Méen fit jaillir du sein d’une terre aride la source miraculeuse encore aujourd’hui vénérée. Elle est d’un grand renom pour la guérison d’une lèpre qui couvre la tête des enfants au berceau. »

(Baron Dutaya, Brocéliande, p. 64.)

À Gaël est une fontaine (je ne sais si c’est la même) dont l’eau guérit de la rage.

« À Loutehel, la fontaine de Saint-Armel est très-vénérée ; les habitants prétendent que c’est le saint qui fit jaillir cette fontaine. »

(Guillotin de Corson, Soc. ant. d’Ille-et-Vilaine, t. VIII, p. 94.)

« À une époque qui n’est pas connue, les moines de Saint-Melaine de Rennes fondèrent, auprès d’une source d’eau vive, un oratoire sous linvocation de saint Avit, abbé de Micy, près Orléans, mort vers 530. On rapporte que saint Avit, pendant sa vie, avait rendu la parole à un enfant qui était devenu muet. La statue, et peutêtre quelques-unes de ses reliques placées dans cet endroit, firent bientôt naître un pèlerinage. De tous les alentours on apporta les enfants qui avaient quelques infirmités, pour les présenter au

saint. Depuis ce temps, ce pèlerinage a continué, et aujourd’hui il est encore dans toute sa vigueur. Il a lieu le lundi de la Pentecôte. La statue du saint était jadis exposée auprès de la fontaine; mais cet usage a cessé, et aujourd’hui le pèlerinage a lieu dans l’église. »

(Ogée, art. l’Hermitage.)

La fontaine de Saint-Évent en La Malhoure, canton de Lamballe, passe pour guérir de la colique et de la teigne ; au-dessus de la fontaine sont suspendues comme ex-volo plusieurs bonnets d’enfants qui ont été guéris par la vertu de ses eaux.

« À Saint-Aignan et dans les environs, quand une personne est malade de la teigne, on ne lui fait prendre que des aliments trempés dans les eaux du lac de Grandlieu, et l’on couvre sa tête de linges imbibés aussi de ces eaux. »

(Ogée, art. Saint-Aignan.)

À Monterfil, arrondissement de Montfort, fontaine Saint-Genou, on y va en pèlerinage.

Autrefois on jetait de la monnaie dans la fontaine ; il y a un tronc maintenant pour y déposer les offrandes.

(Communiqué par M. L. Decombe.)

« L'église de Besné (Loire-Inférieure), la chapelle de Saint-Second, sa fontaine et le petit dol-

men de Pierre-ä-Berte, sont l’objet de fréquents pèlerinages. »

(Joanne, p. 368.)

On jette des épingles dans la fontaine de Saint-Goustan, près le Croisic, pour savoir si on se mariera dans l’année.

(Communiqué par M. Bézier.)

Le même usage existe sur beaucoup d’autres points de la Haute-Bretagne. Dans les Côtes-du- Nord, si on jette une épingle dans une fontaine et qu’elle descende au fond sans faire de tourbillon, on se mariera prochainement.

Cf. Souché, p. 24 (Poitou) ; Joanne (Vosges, Alsace), p. 96, fontaine de Sainte-Sabine.

Commune de Domloup, canton de Châteaugiron, il y a une fontaine où l’on se rend en pèlerinage. Elle s'appelle, je crois, fontaine Suint- Loup.

Commune de Saint-Armel, canton de Châteaugiron, il y a non loin du bourg une fontaine que saint Armel, dit la tradition, fit jaillir de terre en une année de sécheresse. Une statue du saint est placée dans le mur de cette fontaine. Du 16 août au 8 septembre on y va en pèlerinage par un mauvais chemin qu’on appelle le Chemin-Pavé.

(Communiqué par M. L. Decombe.)

« Les pèlerins qui viennent à Saint-Lormel,

DELVLAPHATTE BRETAGNE 71

près Plancoët, invoquer saint Lunaïire pour la guérison des yeux, se lavent la partie malade avec l’eau d’un puits placé sous la chaire. »

(Ogée, art. Saint-Lormel.)

Au Quiou, canton d’Evran, saint Lunaire est aussi invoqué contre les maux d’yeux. La spécialité de ce saint vient vraisemblablement d’un calembour entre Lunaire et Lunette.

« La fontaine de Sainte-Eugénie est en grande vénération, et chaque année, le second dimanche de mai, jour de l’assemblée de Morieux, les paysans des communes environnantes se rendent en foule à la fontaine, où ils jettent force épingles. Ils ont une grande confiance à sainte Eugénie, ou, comme ils disent, à sainte Ujane. On y va en pèlerinage pour les maux de tête, et l’on y allume des bougies dont on s’est auparavant entouré le chef. »

(Habasque, t. II, p. 7-8.)

La fontaine de Saint-Lunaire, au bourg du même nom, est aussi un lieu de pèlerinage pour la guérison des maux d’yeux.

« Les mères viennent au pardon de Tréhorenteuc (Morbihan), et versent sur les paupières enflammées des enfants malades quelques gouttes de l’eau pure de la fontaine de Sainte-Ouenna. »

(Baron Dutaya, Brocéliande, p. 66.)

On va en procession à la fontaine Sainte-Anne, près Gevezé (Ille-et-Vilaine), pour avoir de la. pluie, et on plonge dans l’eau le pied dela croix.

(Communiqué par M, Bézier.)

Jadis on faisait la même chose à la fontaine Saint-Martin, près Niort, et à la fontaine de Saint-Gré, en Champ-Saint-Père- (Vendée), près de laquelle s’élevait jadis un menhir (Desaivre, Croyances, p. 7); en Eure-et-Loir, en 1870, une procession. plongea la croix dans la fontaine de Champrond. (Cf. A. S. Morin, p. 99.)

« Dans l’ancienne lande de Thélin, commune de Plélan (Ille-et-Vilaine), existe la fontaine de Bodine, où les Thélandays élisaient chaque année. les deux préfets qui administraient leur petite république. »

(Ogée, 2° édition.)

En pays bretonnant, le culte des fontaines est encore plus répandu et plus populaire ; il n’est guère de canton, je pourrais presque dire de commune, qui n’ait sa fontaine miraculeuse, but de nombreux pèlerinages.

On peut consulter à leur sujet, outre les guides et les géographies, une curieuse communication faite par M. Lejean à

l'Association bretonne, et publiée dans le Bulletin archéologique de cette socièté, t. III, 1851, p. “a et suiv.

CHAPPTREMTI

Page 1