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l’autre, du port dans la rade, quatre à cinq bateaux dont les maîtres étaient absents. Quand les embarcations étaient trop fortes pour qu'il pût . les entraîner, il saisissait le câble de la bouée et l’entortillait dans le câble de l’ancre.
: «Il paraît qu’on l'avait surnommé Nicole, du nom d’un officier qui, pendant la guerre, commandait une péniche armée, et s'était montré envers les pêcheurs d’une grande sévérité. Les marins, .un peu rancuneux, disaient plaisamment que c'était Nicole, devenu poisson, qui s’amusait encore à les venir tourmenter.
« On n’a pu nile prendre ni le tuer; cependant il ne s’effrayait pas facilement: On croit avoir reconnu que c'était un gros marsouin ; mais il n’accostait point les autres et allait toujours seul. Au bout de trois mois et demi, il disparut, sans qu’on l'ait jamais revu depuis ni ailleurs. »
D'après M. Habasque, qui retrouva des souvenirs de Nicole à Erquy, son séjour surces côtes aurait duré trois ans.
« Il mêlait, lui raconta un ancien Habib les lignes, enlevait les grelins, faisait dériver les bateaux, s’attachait à l’un plutôt qu’à l’autre, et ne faisait aucun cas des balles, parce qu’il était invulnérable. Heureusement, enfin, il s’attacha à un navire de Terre-Neuve, et oncques depuis on ne l’a revu. Notre conducteur nous fit, à l’occa-
DE: : L Ar HAUTE=BREFTAGNE ISS
sion de Nicole, toutes sortes de contes plus amusants les uns que les autres, et il nous entretint de l’homme de mer, que tous ont toujours vu, excepté celui qui vous raconte l’histoire. »
J'ai maintes fois, sur sÉsiours points du littoral, trouvé des pêcheurs qui avaient vu Nicole. À Saint-Briac, un capitaine au long cours nva assuré qu'il était à sa connaissance que Nicole avait fait des nœuds comme seuls les marins expérimentés peuvent les faire, et que plusieurs fois il s’était amusé à changer les ancres des bateaux, mettant à un navire le grappin d’un canot de pêche, et réciproquement. On prétend d’ailleurs qu’il avait des mains.
Voici les diverses dépositions que j’ai recueillies À Saint-Cast au sujet de Nicole:
Nicole a apparu pour la première fois un jour de la fête de l’Ascension, que des pêcheurs de Saint-Cast étaient allés, malgré la défense du recteur, lever leurs rèts sur le banc de la Horaine. Le poisson se levait sur l’eau et jetait lé feu « À goulées ».
Depuis, il joua maïnts tours aux Lacan et chaque fois qu’il était parvenu à les faire endêver, on l’entendait s’esclaffer de rire auprès du bateau. Un jour il conduisit assez loin la barque d’un pêcheur dont il avait fait tomber à l’eau les avi-
rons, de sorte qu’il ne pouvait gouverner. Quand le pêcheur se vit loin, il dit :
— Nicole, c’est toi qui m'as enlevé mes avirons et amené ici; tu vas me ramener au port.
Nicole, qui probablement était en bonne humeur, ramena le bateau jusqu’au port.
(Conté en 1879 par Rose Piron, de Saint-Cast.)
Nicole prenait l’amarre de la patache et sautait haut comme les mâts sur la mer.
Il s’en est allé avec un navire.
Nicole venait chercher Faruel et Ménard, et les menait jusqu’à la Fresnaye.
(Conté en 1879 par Scolastique Durand, de Plévenon.)
Nicole ne faisait pas grand mal à l’époque de la pêche aux maquereaux.
Un jour, le père de Marie Durand allait à la drague. Étant en colère, il s’écria :
— Viens donc, sacré Nicole !
Aussitôt Nicole frappa l’eau avec sa queue et jeta à bord du bateau cinq ou six seaux d’eau pour le moins.
Un jour on était à bénir un des bateaux de la Fresnaye. Nicole le prit par son amarre et le mena jusqu'à la Corbière. Le prêtre qui était à bord jeta de l’eau bénite à Nicole, et le conjura, et depuis on ne l’a plus revu.
(Conté par Marie Durand, de Saint-Cast. On pensait que c'était l’âme d’un garde-pèche très-sévère.)