‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 38 sur 85 · III. — COMMENT ON SE PRÉSERVE DU LUTIN · texte numérisé non relu

III. — COMMENT ON SE PRÉSERVE DU LUTIN

| se préserver des malices du lutin par des moyens moins orthodoxes, mais tout aussi efficaces : si on parvient à lui faire renverser un vase plein de millet, de pois, de son ou de graines de lin, il ne revient plus.

Quand on veut que les lutins ne repassent plus par un endroit, il faut mettre de la graine de lin dans un vase; ïils la renversent, et comme ils sont obligés de refaire tout ce qu’ils ont défait, ils ne peuvent ramasser toutes les graines avant le jour, et on ne les revoit plus.

(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d’Ercé.)

Cf, Littérature orale de la Haute-Bretagne, p. 184, un conte où le Faudeur renverse étourdiment un godet rempli de pois; une

autre fois, c’est de la graine de trèfle qu’on lui jette à la tète (Ibid., p. 185).

« Le plus sûr moyen de s’en débarrasser est de placer en équilibre à la porte de la maison hantée un boisseau de grain de mil, de sable ou de son.

Le Gobino, qui arrive étourdiment, ne manque jamais de renverser le vase, et comme il n’a pas le temps, avant l’arrivée du jour, de ramasser grain à grain la chose répandue, honteux et confus de sa maladresse, il ne revient plus au logis. »

(Mme de Cerny, p. 55.)

Le docteur Fouquet (Les lutins du chäteau de Callac) parle de grains de mil que les follets sont obligés de ramasser avant le premier chant du coq; cette manière de se débarrasser des

lutins est connue dans presque tous les pays d'Europe. (Cf. Amélie Bosquet, p. 132.)

Si on brûle le bout des crins des chevaux avec un cierge bénit, jamais le lutin ne revient; mais on assure que les bêtes ne réussissent plus après. (P.)

Quand on a à la main la curette ou fourche à nettoyer les charrues, le lutin a peur, et il s’enfuit. (E.)

« Une seule chose les effraie et les met en fuite, sans qu’on puisse en expliquer la cause: c’est la petite fourche de bois dont les cultivateurs se servent pour nettoyer le soc de leur charrue. »

(Le Men, Rev. celt., p. 229; cf. aussi, p. 241, le conte du Bdior de charrue, et Ibid., p. 419.)

Un homme qui était faudé toutes les nuits fit chauffer bien dur la pierre de son foyer, et il alla se coucher. Quand le lutin vint s’asseoir sur le

foyer, il se brûla, et de colère il étrangla l’homme.

Un autre fut plus malin. Il était aussi faudé toutes les nuits; par le conseil d’un de ses voisins, il fit chauffer bien dur son galetier (plaque ronde sur laquelle on fait les galettes) et le mit devant son lit clos, à l'endroit par où arrivait le lutin. Le Faudoux voulut, comme à l’ordinaire, monter sur le lit; mais il se brûla, et, après avoir juré après l’homme, il s’en alla et ne revint plus.

(Conté en 1880 par Rose Renaud, de Saint-Cast.)

D’après À. Bosquet, p. 130, le f£ amoureux se grille en s’asseyant sur la galetiére, Les histoires de lutins brûlés se retrouvent dans Souvestre (Teuz ar Poulief), dans Le Men, Luzel, et en beaucoup d’autres auteurs.

J'ai cité, p. 145 et suivantes, d’autres moyens employés pour faire fuir le lutin.t

Le Fersé, Cont. popul., 2° série, n° rvr, se brûle sur un caillou qu'on a fait chauffer.

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