‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 3)Chapitre 39 sur 85 · LE DIABLE · texte numérisé non relu

LE DIABLE

CNE diable que les paysans mettent en scène D ES dans leurs récits est généralement bonhomme ; il vient quand on l'appelle, et, moyennant un pacte, accorde ce qu’on lui demande. Et cela peut paraître surprenant, car il est, la plupart du temps, trompé, par la malice de ceux à qui il a affaire, ou sa proie lui est arrachée par l’exorcisme des prêtres. On cite même des faits contemporains où le diable a été mêlé. (Dinan, etc.)

(Cf. Litt. orale, p. 74.)

En Basse-Bretagne, il joue un rôle analogue : « Dans les récits cornouaïillais, le héros ordimaire est le diable, le diable du moyen âge, avec lequel on faisait de fréquents pactes, tantôt

pour avoir de l’argent, tantôt pour bâtir des ponts, des châteaux, des églises même, et qui en définitive se trouvait presque toujours être berné et dupé. »

(Luzel, 1*° rapp., p. 107.)

De même que ceux des autres pays, les contes populaires de la Haute-Bretagne fourmillent de récits où le diable est trompé (cf. 1re série, no xLI, le Diable attrapé; no xziv, les Femmes et le Diable; no xLvur, Rodomont ; 2e série, n° Lux, Misère; no Liv, le Doreur et le Diable; no 1vi, La Grange du diable, etc.)

Voici les surnoms du diable: Grippi (qui attrape en griffant, gripper en patois), le Harpi, le grand Biquion (bouc), le Compère.

D’après M. Orain, vers Essé, aux environs de Rennes, on lui donne aussi le nom de vieux Jérôme (Le Conteur breton, 22 année, p. 266). Je n’ai point entendu cette appellation, qu’il est intéressant de comparer avec le surnom de vieux Guillaume que lui donnent les Bretons bretonnants.

Quand le diable paraît, il est généralement vêtu de couleur sombre, et souvent il ressemblerait exactement à une « manière de monsieur » ou à un gros fermier, si on ne regardait ses pieds dont lun au moins est déformé et semblable à un

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sabot de cheval. Parfois aussi il a des gants de cuir ou des griffes pointues. On lui prête aussi un habillement tout rouge, et le cheval qu’il monte est tout noir.

En Normandie, son déguisement favori est celui d’un monsieur de la ville. En Basse-Bretagne il se déguise aussi « en un jeune gentilhomme qui était assez bien, si ce n’est qu’il avait des pieds de cheval ». (Luzel, Gwerxiou, p. 27.)

Quand il a été exorcisé, il s’en va en vent; parfois il abat une partie de la maïson, et l’on ne peut la rebâtir. D’autres fois, il abat les arbres et les pommiers.

Ce départ du diable qui emporte la maison ou détruit les récoltes n’est pas particulier à la Bretagne : on retrouve le similaire dans les Pyrénées (cf. Cordier, Le Diable chez les paysans, p. 48), en Gascogne (cf. Bladé, Seize sup., Le Diable chez les métayers, p. 19), en Basse-Bretagne (cf. 'Eusel Fo obrer, C9 R:p 19125 Le saint vicaire et le diable.)

Mais il a laissé d’autres traces de son passage et de sa colère. On a déjà vu, p. 6, que plusieurs mégalithes portent son nom, soit qu’on lui en attribue la construction, soit que son empreinte y soit gravée (cf. pour ces légendes les p. 20 et suivantes, 36 et suivantes du présent volume.) Au mont Dol (cf. p. 182) se voit aussi la

marque de sa griffe, et on la retrouve en nombre d’endroits, soit sur des mégalithes, soit sur des rochers naturels.

Il est dangereux d’évoquer le diable, et surtout de dire : « le diable m’emporte ! » ou: «le diable m'enlève ! » car il prend parfois au mot l’imprudent.

(Cf. sur cette superstition Fouquet, Le Douanier emporté par le diable, p. 24-27 ; D. Monnier, p. 41.)

Le diable, pour les paysans, est parfois l’égal de Dieu en puissance: c’est le génie mauvais opposé au génie bienfaisant. Quand un prêtre n’est pas là pour l’exorciser, il enlève les gens qui l’ont appelé; quelquefois même il étoufle les enfants dans leur lit.

(Cf. sur ce dernier méfait Fouquet, p. 14.)

Dans les récits qui suivent, on verra la manière dont les paysans gallots envisagent le rôle du diable.

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