III. — LES AVÉNEMENTS ET LES AVISIONS
NI
à = des croyances les plus répandues est Je celle des signes avant-coureurs de la
mort. Ce signe s’appellè”un avénement ou une avision. Jai souvent entendu dire à des femmes de la campagne : « Je savais bien que mon parent mourrait; j'avais oui son avénement. »
Ce sont surtout les femmes, plus nerveuses, et par conséquent plus disposées à la crédulité que les hommes, qui ont connaissance de ces signes fatidiques.
Souvent l’avénement est annoncé par le bruit d’un paquet qui tombe sans cause appréciable, par des soupirs poussés par une bouche invisible dans une pièce où l’on est seul, ou par l'apparition, pendant le sommeil, de la personne qui doit mourir. Une femme m'a assuré qu’un jour à la messe une goutte de sang était tombée sur son paroissien; peu après elle apprit la mort d’un de ses parents (S.-C.).
(1) Cf. dans Tylor, t. I, p. 520 et suivantes, de curieux exemples d’avisions empruntés à des pays très-variés.
À Dinan, on prétend que les sonnettes tintent toutes seules pour annoncer le décès d’un parent mort au loin.
Parfois l’avision est un avertissement donné aux parents d’un fait qui se passe à distance. C’est ce qu’en pays breton on appelle un intersigne. Si quelqu'un meurt loin des siens, ses parents entendent des coups frappés, le bruit de gens qui se promènent dans les greniers; des mains les étreignent ou tirent leurs couvertures; des chandelles se promènent dans les cours; on voit des mains qui n’ont point-de corps ou des gouttes de sang qui coulent glou à glou des greniers.
Voici quelques formes d’avénement.
Une femme de Dinan, dont le fils était marin, était, une nuit, bien éveillée, à ce qu’il lui semblait ; elle vit au pied de son lit son fils blessé et baigné dans son sang. Elle apprit ensuite que son enfant avait été assassiné la nuit même où son image lui était apparue.
Une autre vit son frère qui se débattait dans les flots. Elle sut, plus tard, qu’il avait été jeté à la mer.
Avant la mort de la femme P. D..., d’Ercé, on vit pendant plusieurs nuits une chandelle qui se promenait sur la route.
DENLAMEAUTE-BRETAGNE 269
Une femme vit un soir dans son aire un cierge qui s’alluma et s’éteignit par trois fois. Le lendemain, en soignant sa vache, elle entendit pleurer. Quelques jours après, elle apprit que sa marraine était morte. (P.)
« Un jour des enfants qui se promenaient virent un homme étendu qui semblait mort, et dont les yeux ouverts paraissaient regarder un enfant. Celui-ci dit: « C’est mon père, » etil s’évanouit. Quand les autres regardèrent le buisson, tout avait disparu. On eut peu après la nourelle de la mort d’un marin — le père de l’enfant — qui s'était noyé en tombant ce jour-là même du haut d’un mât. »
« Un soir, un homme voit un ancien vicaire de sa paroisse qui se promenait en lisant attentivement son bréviaire. Il va au presbytère et annonce la visite prochaine du prêtre. On l’attendit en vain; mais quelque temps après, on apprit que ce jour-là il était mort. »
(Mwe de Cerny (abrégé), Saint-Suliac, p. 36-37.) *
« I] arriva une chose extraordinaire, il y a trois semaines, un peu avant que M. le prince partit pour Fontainebleau (où il mourut). Un gentilhomme à lui, nommé Vernillon, revenant à trois heures de la chasse, approchant du château, vit à une fenêtre
du cabinet des armes un fantôme, c'est-à-dire un homme enseveli. Il descendit de son cheval et s’approcha; il le vit toujours.
Son valet, qui estoit avec lui, lui dit : « Monsieur, je vois ce que vous voyez. » Vernillon ne voulant pas lui dire pour le laisser parler naturellement, ils entrèrent dans le château et prièrent le concierge de donner la clef du cabinet des armes; il y va et trouva toutes les fenêtres fermées, et un silence qui n’avoit pas été troublé il y avoit plus de six mois. On conta cela à M. le prince ; il en fut un peu frappé, puis s’en moqua. Tout le monde sut cette histoire et trembloit pour M. le prince, et voilà ce qui est arrivé. On dit que ce Vernillon est un homme d'esprit et aussi peu capable de vision que le pourroit être notre ami Corbinelli, outre que ce valet eut la même apparition, Comme ce conte est vrai, je vous le mande afin que vous y fassiez vos réflexions comme nous. » (Lettre de Mme de Sévigné au président de Moulceau, 13 décembre 1686.) Le prince de Condé mourut à Fontainebleau.
Il y a des choses dans ce monde plus étonnantes qu’on ne croit.
Un jour un homme de la Ruée était à dire ses prières. Il vit un enterrement qui passait à quelque distance de lui; un homme portait la croix, puis venaient la châsse, les prêtres, et des hommes et des femmes, et il y avait même parmi eux des gendarmes.
Huit jours après, un homme qui était né à la Ruée mourut, et son enterrement eut lieu comme celui que l’homme avait vu; les gendarmes s’y trouvaient. C’étaient deux soldats de la brigade de Collinée.
Un matin, de bonne heure, un fermier qui tirait
D'EULAM HAUTE BRETAGNE 271
de l’eau à son puits vit arriver dans laire un harnois (charrette attelée) qui ne faisait point de bruit, puis quatre hommes sortirent de la maison dont pourtant il avait fermé la porte, portant une châsse qu'ils chargèrent sur la voiture. Il fit part de ce qu’il avait vu à ses voisins, qui lui dirent que c'était l’avénement d’un homme qui était né dans sa maison et qui mourait au loin.
(Conté en 1880 par François Mallet, du Gouray.)
D’après ces deux récits, il semblerait que lorsqu'un homme meurt loin de la maison où il est né, on voit des fantômes qui exécutent la cérémonie de son enterrement. Dans un conte recueilli par Stewart dans les Highlaïds, et traduit par Loys Brueyre sous le titre de Funérailles d’un chef de clan, un forgeron voit la nuit le convoi anticipé de son chef de clan qui venait de mourir.
« Les Arzais... tremblent de rencontrer un ankeu, croient aux apparitions et ont une foi robuste dans les histoires de revenants. L’ankeu... est un spectre avant-coureur de la mort. Si on le voit entrer dans une maison, quelqu'un doit bientôt y mourir... Les naufrages des marins sont toujours annoncés à leurs femmes par de l’eau qu’elles entendent tomber près du lit.
« Dans les nuits orageuses, on entend du côté de l'Océan une voix lamentable qui présage les sinistres, et dans ce pays, où toute la population vit de la mer, cette voix a toujours prophétisé juste. » (Ogée, nouvelle éd., art. Ile d’Arx.