A. — LES FÉES DES ROULES
UAND les fées étaient sur terre, elles se montraient assez ô-équemment aux hommes.
Voici, en résumé, ce que j'ai recueilli sur les fées des Houles, et qui m'a été fourni, soit par quarante contes environ que j*ai recueillis sur les fées du bord de la mer, soit par les personnes que j'ai interrogées sur des points spéciaux.
Les fées des Houles vivaient dans leurs grottes^ et elles en sortaient plus volontiers la nuit que le Jour. Le jour, elles n'étaient visibles que pour ceux qui avaient eu le tour des yeux frotté avec la pommade qui rend clairvoyant ; mais la nuit tout le monde les voyait.
C£,V Enfant de la fée, no xvii des Contes populaires, ire série ; la Goule es Fies, la Houle Cosseu,. Litt, orale, p. 19 et 24.
A part leur pouvoir surnaturel et leur immortalité, les fées vivaient comme les hommes et avaient presque les mêmes passions ; les hommes ont toujours fait les dieux à leur image.
Elles étaient comme eux sujettes aux maladies r dans V Enfant de la fie^ op xvu des Cent, pop.y, ire s., un enfant de fées a mal aux yeux; une fée est. accouchée par une sage-femme (la GouU es fieSy Utt. or. y p. 24).
DaM ces contes, des femmes se sont frottées avec une pommade et reconnaissent les fées sous- tous leors déguisements; dans les deux derniers, de même que dans VŒU de cristal^ a? ly^ 2* s. , les fées, pour punir les gens de leur indiscrétion, leur arrachent l'œil qui voit. D'après une légende rapportée par Le Hta, une sage-femme qui était allée accoucher une G>rrigan reçoit rardrede frotter Tenfent avec une pierre ronde ; elle la passe sur son œil. Mais comme elle a l'imprudence, quelque temps après, de dire & une Corrigan qu'elle Ta vue voler à la foire, la G>rrigan lui arrache rœH. (P. 131.)
01es se mariaient soit avec des Faitauds, qui. jouent en général un rôle assez effacé (cf. V Homme de mer, où l'homme de mer, à la chevelure de varech et au corps couvert de limon verdâtre, épouse une des fées de Poulifée), soit avec des hommes.
Cf. là Fleur du Rocher ^ n© vi, 2© s., qui se marie avec un soldat ; la Fée de Créheny n» xxi, 2* s., qui épouse M. Villepouri ; la Fttle des Fées, qui, amoureuse d'un marin, a un enfant et finit, par devenir sa femme, La Fée et le Marin (Contes populaires y n© xxii, i" s.).
En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 98) existent aussi det légendes où des fies épousent des hommes.
Mais il semble qu'en s'unissant aux hommes
elles cessaient d'être immortelles, soit par suite de leur baptême, comme la fée de Créhen et ses parents, soit simplement parce qu'elles vivaient parmi les hommes. (Cf. la Fleur du Rocher y qui meurt, ainsi que ses parents.)
Elles avaient des enfants. (Cf. la Gaule h Fies, V Enfant de la fée, hi Fée et le Marin, la Fleur du Rocher, etc.)
Quelquefois aussi elles prenaient les enfants des hommes et mettaient à leur place des petites créatures à Tair vieux qui ne grandissaient point.
A Dinard, il y avait naguère une femme si petite, bien qu'elle eût plus de trente ans, qu'elle avait à peine la taille d'un enfant de dix ans. On disait d'elle qu'elle avait été changée par les fées.
(Conté en 1880 par M»« veuve Blandin, née Lecourt, de Dinard.)
Jadis elles enlevaient les enfants et mettaient les leurs à la place ; ces enfants changés étaient petits, butors, et avaient la mine vieux. Ils ne grandissaient point. Pourtant on dit que les fées étaient de belles personnes.
(Gmté par Rose Renaud, de Saint-Cast.)
J'ai plusieurs contes où il est question d'enfants volés par les fées.
(Cf. la Houk de Cbilin, n» iv, i" sine, et VEnfant change, 2* série, n« xv.)
Diaprés Le Men, ces substitutions d'enfiints sont attribuées génénlement en Basse-Bretaj^e aux nains plutAt qu'aux fées ; le procédé à employer pour se faire rendre les enfants volés est le même qu'en Haute-Bretagne : coques d'oeufs remplies de bouHUe ou d'eau, qui font parler le petit monstre. (Cf. Revue ult., p. 250, «t 332-235, où sont racontées plusieurs l^endes d'enfimts changés.)
M^ Amélie Bosquet, qui a consacré tout un chapitre aux enlèvements et aux substitutions d'enfants, constate (p. 116, Z17 et suiv.) que la même croyance existait en Normandie ; le moyen employé pour obtenir la restitution de l'enfant véritable est le même 4 peu près qu'en Bretagne. En Berry (cf. Laisneldela Salle, I, zi$), on croyait aussi aux changelingt opérés parles fiules; mais la légende est plus effacée.
D'après un conte que j'ai recueilli à Saint-Cas t et qui n'est pas encore publié, elles emmorphosaient (métamorphosaient) les gens en bètes. (Cf. aussi la HouU de CMin, 2* série, no vu.) Elles-mêmes se montraient sous diverses formes, tantôt laides à faire peur ou vieilles, et le moment d'après belles « comme des bonnes vierges » (cf. la Fleur du EpcheTy etc.) ; elles prenaient aussi la forme d'animaux (cf. le Marsouifiy 2« série, n© xvi).
Elles se livraient à des occupations semblables à celles des hommes. On les entendait bercer leurs enfants (cf. la Houle de la Corbière, ii« série^ no x) ; boulanger pour mettre du pain au four (cf. 2* série, le Pertus es Fêtes, no ix ; la Houk du Châ^det, no i; la Houle de Chélin, n© vn).
En Berry, près des cascades du Portefeuille, on voit le chau-
dron et le poêlon des fées (cf. Laisnel de U Salle, 1. 1, p. xo$). Sur les bords du Doubs est tme caverne où elles venaient faite cuire leurs gâteaux. A Sassenay, près Grenoble, on montre le four des fées, et on raconte la même chose (cf. Monnier, p. 409)r«
Elles lavaient leur lessive et étendaient du linge qui était si blanc, qu'on dit encore, en parlant du beau linge : « c'est comme le linge des fées. » (Cf. la Houle de Longuevàl, 2© série,, no xvni ; h. Fée de Créhen, n© xxi.)
Elles allaient laver leur linge à la mare de Gau^ lehen, qui est dans la lande du Cap, et elles étendaient leur linge sur les gazons qui l'entourent. Leur linge était le plus blanc qu'on pût voir, et l'on disait que celui qui aurait pu aller jusque-là . sans, remuer les paupières des 3'eux aurait pu prendre le linge, dont les fées lui auraient en ce cas fait présent. Plusieurs essayèrent ; mais ils ne. pouvaient s'empêcher de battre de la paupière, et le linge devenait invisible.
(Conté en 1879 par Scolastiqne Durand.)-
En Normandie les fées lavaient aussi leur linge et le meti talent à sécher sur des pierres druidiques (cf. A. Bosquet, p. 102, 179).
Dans les houles elles prenaient leurs repas, oiL elles invitaient parfois ceux qui étaient assez hardis pour y pénétrer (cf. la Houle de Pouliféei, Littérature, orale, p. 18). Dans la houle de la TeiTgnouse en Plévenon, il y a une pierre taillée en
forme de table. C*Qst là qu'autrefois les fées mangeaient.
Elles allaient aussi à la pêche. (Cf. la Houle du Grouin, 2« série, no x.)
Les fées de la Petite-Houle allaient aux Bourdineaux manger Vaffar't que les pêcheurs jetaient aux poissons ; ils juraient après elles et disaient : « Elles sont pires que les chiens bros (petits chiens de mer). »
La nuit, les Roches étaient couvertes de faitauds à la pêche. On les voyait, car pendant la nuit on voit les fées sans avoir besoin d'avoir été frotté avec leur pommade. (S.-C.)
Parfois elles avaient des animaux domestiques^ des vaches qui étaient quelquefois invisibles^ excepté pour la pâtoure qui les gardait (cf. la Houle du Chdtelety no i, des bœufs (cf. la Poule noire, no vm, et la Houk de Poulifée, Littérature orale, p. 19).
Les fées de Chêlin avaient un bœuf qui passa dans l'avoine des fermiers de la Roulette; ils ne forent pas contents et vinrent se plaindre.
— Ne dites rien, répondirent les fées; voici un chanteau de pain, et il ne diminuera pas si vous n'en parlez à personne.
Pendant un mois, tous les gens de la métairie coupèrent des morceaux dans le chanteau, et il ne diminuait point et ne durcissait pas non plus.
— Voilà, disaient les gens, un chameau qui dure bien longtemps.
Le fennier eut l'imprudence de dire que c'était un don des fées ; aussitôt le cbanteau devint comme un morceau ordinaire, et il .ne tarda pas à être mangé.
(Conté par Marie Dutand, de Saint-Gut, âgée de quatre-vingts ans.)
Le reste de ce qu'elle m*a raconté sur la houle ressemble & la HouU de Chélin de mes Contes pofntlaires, sauf ce qui suit :
Une femme qui était aux champs vit sur la falaise deux bonnes perchées de fil. Elle courut chercher sa sœur :
'— Viens donc» il y a deux belles perchées de fil ; nous allons tâcher de les emporter.
Elles allèrent les chercher, mais ne les virent plus, et elles entendirent s'esclaffer de rire auprès d'elles ; c'était la fée qui leur dit:
— Tu croyais donc, ma diote, trouver encore le fil ?
Leurs moutons venaient pâturer parmi ceux des fermiers (cf. les Fies du Guildo, 2« série» no xi) ; quelquefois ils étaient noirs et de grande taille (cf. la Houle de Beauçais, 09 xrv).
Celles de la Houle de Saint-Briac possédaient des chevaux; d'autres avaient des oies (cf. les Fées du Guildo, no xi).
Un homme de Saint-Cast, qu'on appelait le père Hérissé, vit un jour auprès de Chélin un volier d'oies superbes. Il se dit :
— Ce sont des oies sauvages.
Et il alla les poursuivre sur les rochers pour tâcher de les attraper; mais elles se réfugièrent dans la houle, et quand il fut à Tentrée, il entendit la voix de plus de dix personnes qui parlaient et s'édafifaient de rire.
(Conta par Rose Renaud, de Saint-Cast.)
Leurs poules étaient noires et passaient pour avoir, comme les autres poules noires des diables et des sorciers, des vertus surnaturelles. Dans le conte de la PouU noire, celle que les fées avaient donnée au fermier, en dédommagement du dégât £ait par leurs bœufs, les enrichit, à la condition qu'on la nourrisse bien et que personne ne la voie.
Voici un petit bout de conte où il est aussi question d'une poule noire qui appartenait aux fêes de Chêlin :
Il y avait un douanier qui ne voulait pas croire qu'il y eût des fées à Chêlin.
— Je suis aUé bien des fois dans la houle, et je nly ai jamais rencontré de fées.
— Moi, dit un Gltin, j'ai vu dans la houle une grosse poule noire, grosse comme deux fortes poules, qui appelait ses poulets et disait: Cotcot«cotas I QjxsLod je m'approchai, elle s'était évanouie.
(G)nté par François Marquer, de Saint-Gtst.)
Elles avaient aussi des chiens (cf. le Pèrtus es Fêtes, no ix), des chats (cf. la Houk de CMin, 2« série), qui venaient se chauffer au soleil devant les Houles.
Elles empruntaient les animaux de leurs voisins les hommes (cf. la Houle du Grouin, où elles prennent pour aller se promener Tâne d*un fermier) (i), ou bien les leur achetaient (cf.
V Homme de mer, n» xn ; on achète un veau pour le mariage d'une fée avec Thomme de mer).
Mais certaines trouvaient plus ^mple de les prendre (cf. la Houle de Chêlin, n» iv, i» série des Contes populaires, où le marin trouve à l'entrée de la houle la trace de ses vaches disparues).
D'autres volaient ce qui était à leur convenance, €t seules les personnes qui avaient eu Te tour des yeux frotté avec la pommade pouvaient les voir. (Cf. la Houle Cosseu (Goule es fées), Ldttér, oraUy p. 22 ; y Enfant de lu fée, n© xvn, Littèr. orale, p. 25 ; VŒU de cristal, norv, 2^ série; la Houle de ChUin, no vu, 2* série.)
Elles disaient aussi la bonne aventure. (Cf. la Houle Cosseu.)
Cependant les fées, — à part des exceptions, et celles-là on les nommait les mauvaises fées,
(i) Même croyance en Normandie (Amélie Bosquet, p. X03).
tandis que les autres s'appelaient les bonnes dames ou les bonnes mères, — rendaient service aux hommes, et, la plupart du temps, sans demander aucune récompense.
Elles filaient le lin des jeunes filles ou des femmes qui leur apportaient en même temps une beurrée (cf. la Mort des FéeSy 2^ série, no XX).
Habasque avait déjà constaté cette croyance.
« En Pléhérel, on voit un monticule, le Tertre de la fée Morgant. Je parlai de cette fée à un paysan que je rencontrai non loin de cet endroit. — Oui, dit-il, monsieur, autrefois il y avait des (éGSy et on leur portait des beurrées et du lin dans les lieux qu'elles fréquentaient ; on ne voyait ni on ne oyait rien, et pourtant le lendemain tout était filé. Aujourd'hui tout cela est oubhé; le monde se sont rafinés.
« A la ville Berneuf-en-Pléneuf existe une grotte. Les fées qui l'habitaient étaient fort bienveillantes, et comme elles aimaient beaucoup le pain et le beurre, les fermières leur en portaient le soir. Le pain disparaissait, et le lendemain on trouvait, très-proprement filée, la grande poupée de lin qu'on avait déposée à côté. Malheureusement, depuis la Révolution, ces bonnes dames sont devenues moins friandes de beurrées et trèsparesseuses : aussi n'est-il plus à Berneuf que
quelques douairières qui puissent se vanter d'avoir vu accepter leur offrande. »
(Habasque, t. III, p. 70, 82.)
Elles donnaient aux hommes des remèdes qui les guérissaient (cf. la Houle de la Corbière, i« série, no X, où un enfant est guéri du croup, et un homme de la colique de miserere ; la Houle Saint- Michel, no V, 2e série), ou une graisse qui, si Ton en frottait la corde des vaches ou des brebis qui avaient disparu, faisait venir des animaux plus gras et plus beaux (la Houle de la Corbière), J'ai entendu aussi dire qu'on venait leur demander des remèdes pour les bestiaux et qu'elles en donnaient.
Si les hommes qui labouraient dans les champs leur demandaient poliment de la galette ou du pain, elles leur en donnaient (cf. la Houle du Chdtekty le Pertus es Fêles) ; mais si on leur parlait sans égards, elles mettaient dans les galettes du poil de chat ou du poil de chien (cf. la Houle du Chdtelet, le Pertus es Fêtes). Si on parlait mal d'elles, on était puni.
Un jour un homme qui venait de tuer un cochon eut l'imprudence de dire :
— Je voudrais mon cochon dans le ventre des fées.
Le lendemain, son porc, qui était pendu dans le cellier, avait disparu, et on pensa que c'étaient les fées qui l'avaient enlevé pour se venger. (S.-C.)
Leur présent le plus fréquent était celui d'un chanteau de pain qui restait toujours frais et ne diminuait pas, si on avait soin de n'en donner à personne (cf. la Hotûe de la Corbière, i^ série, no X ; V Enfant de la Fée, n© xvii ; Y Œil de cristal, 2e série, no lo; la Houle de Chêlin, np vu; la Houle du Longval, q9 xviii; la Houle Saint-Michely no v). Ce don était fait par pure bienveillance, ou en récompense d'un service rendu, ou pour indemniser les fermiers des dégâts causés par les bestiaux des bonnes dames.
En Normandie, elles donnaient des gâteaux^ mais qui n'avaient point le privilège de ne pas diminuer (Amélie Bosquet, p. 103).
Parmi les autres présents qui se rencontrent dans les légendes des Houles, on peut encore citer l'ajonc qu'on avait beau couper et qui ne diminuait point (cf. le Pertus es Fêtes), la poule noire qui enrichissait ceux qui la possédaient (la Poule noire), les paquets de vêtements (cf. la Houle de Beauçais ; les Fées du Guildo ; la Houle de Saint-Briac), l'hameçon qui portait chance (cf. YHomme de mer), la bourse inépuisable (cf. la Houle du Chdtdet), le cordon magique (cf.
Contes de Marins, nos i et x).
Souvent les fées demandaient à être marraines des enfants des hommes (cf. la Fée et le Marin; la Houle de la Teigneuse; la Mort des Fées; les Fées du Guildo),
Elles faisaient des présents à leurs filleuls ; mais si on leur refusait d*être marraines, elles se vengeaient (cf. Litt. orale, p. 17, la Houle de Poulifée).
Quelquefois, c'étaient elles qui demandaient une jeune fille pour nommer leurs enfants (cf. la Houle du Chdtelet, n» i, 2* série).
Dans les houles se voyait un monde souterrain où il y avait des champs, des villages, des châteaux, etc. (cf. la Fleur du Rocher y 2^ série, n© vi ; le Marsouin, no xvi), et le séjour en était si plaisant que les années y paraissaient des jours (cf. la Houle du Chdtelet, n© i, 2^ série).
Les fées dansaient des rondes sur la lande de Fréhel, et la défunte Julie Gaudin, qui n'était point menteuse, les avait vues aller en procession.
Il y avait encore d'autres fées à Plévenon qui habitaient une grotte près du havre Saint-Geran, dans la baie de la Fresnaye. Elles faisaient des cérémonies superbes, tiraient la nuit des feux d'artifice, allaient se promener en procession et dansaient sur les tertres.
(Conté en 1879 par ScoUstique Durand, de Plèvenon.)
« A Crissoué est un sillon voué depuis des siècles à la stérilité. On l'appelle dans k pays la Promenade des Fées; le peuple croit que ces dames viennent s'y ébattre la nuit, et qu'elles
DE LA HAUTE-BRETAGNE lOI
trouveraient fort mauvais qu'on mît en culture un terrain qu'elles affectionnent. »
(Habasque, t. III.)
A Saint-Cast se voit aussi la Passée des Fées ; le blé y est moins haut que partout ailleurs. Elles dansaient au Couvent des Fées et au Clos des Fées, qui est auprès de la Pointe-de-l'Isle, à peu de distance du sémaphore.
Près de la Houle d'Enfer, en Saint-Cast, se trouve un endroit que les anciens nommaient le Bal des fées ; c'est là qu'elles venaient danser, et il n'y poussait pas d'herbe.
Un chemin antique du pays de Caux est appelé Chemin des Fées (cf. A. Bosquet, p. 194).
Les Cercles des fées sont aussi connus en bien des pays, même en dehors de France ; on les retrouve en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 102), en Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 121), en Lorraine, en Franche- Comté (cf. D. Monnier, p. 38s)-
D'après plusieurs légendes (cf. la Fée et le Marin, ire série, n» xxii; la Mort des Fées, 2e série, no XIX ; la Houle de la Teignouse, no m), elles .avaient des vers dans la bouche, parce qu'elles n'avaient point eu sur les lèvres le sel du baptême. Quand elles étaient baptisées, elles perdaient leur immortalité, et on pouvait même les faire mourir tout de suite en leur jetant une
poignée de sel dans la bouche (cf. la Mort des Fées, 2e série, no xx).
En d'autres contes, il est aussi parlé de la mort des fées (cf. les Fées du GuiîdOy n° xi, dont la grotte est emportée par les eaux ; la Houle de BeauçaiSy no xiv, où Ton raconte qu'elles sont toutes mortes en une nuit).
Je ne connais point, ni en France ni ailleurs (en Europe du moins), de groupe de fées de la mer aussi caractérisé que celui des Houles, qui forme une sorte de cycle très-complet, et où les traditions sont mieux conservées et plus précises que celles relatives aux fées terrestres.
Les fées des houles, qui ont avec les autres des points communs, sont apparentées assez faiblement aux Lamignac basques et aux Mermaids.
Ce sont vraisemblablement les dernières incarnations de divinités de la mer, qui peu à peu ont été réduites à un rôle même plus restreint que celui de divinités inférieures. Quant à leur persistance jusqu'à nos jours, on peut, je crois, en donner une explication fort peu poétique, mais, suivant moi, assez rationnelle.
Les lieux où sont situées les houles sont précisément des endroits d'un accès assez difficile, où l'on pouvait se cacher ou cacher des marchandises. Il est très-possible que les fraudeurs aient, par des apparitions, entretenu la croyance aux
£éts de la mer, pour mettre leur trafic à Tabri des regards indiscrets et empêcher les gens du pays, et par contre-coup les douaniers, de venir visiter leurs dépôts. Toute cette côte a été même, jusqu'à une époque assez récente, exploitée par les fraudeurs, soit pour la contrebande de la poudre, soit pour celle du sel ; or, un des costumes prêtés le plus souvent aux fées et aux faitauds est en toile grise, et il était habituel aux faux sauniers.
Dans plusieurs contes de houles, il est parlé des Fions ; cette race semble composée de fées de petite taille qui occupent vis-à-vis des fées et des faitauds une sorte de position inférieure. (Cf. IJtt. orale f la Goule es Fées y p. 19-23, petits fions qui ont des épées grosses comme des épingles.)
On les retrouve à quelque distance de la côte, €t voici deux dépositions qui m*ont été communiquées à leur sujet.
Les fions du Pont-aux-Hommes-Nées avaient une vache noire qu'ils mettaient à pâturer dans un champ voisin de leur cache. Un jour elle mangea le blé noir, et la femme à qui il appartenait alla auprès de la Cache es Fions, et se mit à le leur reprocher. Elle entendit une voix qui disait : « Tais-toi ; ton blé noir te sera payé. »
Les fions lui portèrent du blé noir plein un godet, et lui dirent de faire des galettes, et qu'elle
et ses gens pourraient en manger tant qu*ils voudraient, mais à la condition de n*en donner à personne qu'à ceux de la famille. Cette année-là, le blé noir était rare, et n'en mangeait pas qui voulait ; mais la femme et ses enfants en avaient à volonté.
Un jour un pillotous passa par la ferme et demanda à la bourgeoise un peu de galette.
— Oui donc, mon pauvre ami, lui réponditelle; j'en mangeons tant, nous, de la gauffe^ que j'en étons tous ragogus (rassasiés).
Mais dès que Je pillotous (chiffonnier) eut mangé dç la gaktte, elle disparut, et les gens de la ferme ne pucpit plus en avoir.
Au pont è&Homjnes-Nées (hommes noirs?), en Pleurtuit, il y a une cache à fions. Un jour, des fermiers étaient à charruer pour faire du blé noir dans un champ à côté. Ils entendirent corner y pour appeler au four, et ce n'était pas la première fois qu'ils oyaient ce bruit. L'un des laboureurs cria : « Faites-nous un tourteau. » Et quand ils furent rendus au haut du champ, ils y trouvèrent une belle nappe sur laquelle il y avait des tourteaux de pain, du beurre et des couteaux . Ils se mirent à manger, et quand ils furent repus, un des laboureurs, qui avait perdu son couteau, voulut en ramasser un dans sa poche. Aussitôt la nappe disparut avec tout ce qui était dessus.
(Recueilli par M. Auguste Lemoine.)
Le D' Perron (Prov. de la Franche-Comté ^ p. 33) raconte qu'un jour un bonhomme qui labourait sentit l'odeur de la galette ; il en demanda aux fées, qui lui en donnèrent sur une nappe, avec un couteau d'argent. Mais le valet prit le couteau, et sa charrue à chaque tour lui criait : « Rends ce que tu dois ! »
Les fées des houles sont les principales, mais non les seules fées de la mer ; elle est aussi peuplée de fées qui punissent les imprudents lorsqu'ils jettent leur ancre sans les prévenir (cf., dans les Contes de Marins^ les Fées de la mer), ou lorsqu'ils pèchent sur les bancs de sable qu'elles se sont réservés (cf. Contes de Marins, le Pécheur de lançons).
En plusieurs contes j'ai retrouvé lé souvenir dés sirènes (cf. la Princesse^ Dangohert, i" série, no XXV ; la Houle du Grouin, 2^ série, no x, sirènes qui chantent mélodieusement. La Seraine de la Fresnaye, 2^ série, no 11, et la version qui la suit mettent en scène une fée moitié femme, moitié poisson, qui chante mélodieusement et vient au secours de pauvres gens. Dans la deuxième version, la Seraine est une princesse qui a subi une métamorphose.