‹ Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne (volume 4)Chapitre 15 sur 42 · C. — AUTRES FÉES TERRESTRES · texte numérisé non relu

C. — AUTRES FÉES TERRESTRES

Dans riUe-et-Vilaine et dans la partie des Côtes-du-Nord qui n'en est pas éloignée existe aussi un groupe de fées qui se nomment simplement fées, et qui paraissent fortement apparentées aux Margot des Côtes-du-Nord. Elles ont les mêmes demeures, et on leur prête des actes analogues ; mais leur légende est plus effacée. Voici ce que j'ai recueilli à leur sujet :

Il y avait des fées près de l'étang de Biéiuds en Gosné ; elles demeuraient à la Coublerie, dans

une roche aux fées qui fut emportée lorsque l'étang rompit sa chaussée. Elles envoyèrent un de leurs hommes chercher la grand*mère de mon grandpère pour accoucher Tune d'elles. Elle ne voulait pas y aller ; mais l'homme la prit sur son dos et l'emmena dans la grotte. Quand la fée fut accouchée, il lui dit :

— Remontez sur mon dos, où je vous ai prise je vous rapporte.

(Conté en z88x, par llCarie-Lomse Le Bossé, d'Ercé, âgée de vingt ans.)

Cf. sur les fées accouchées par des femmes, la Goule is fées et. la page 109 du présent volume.

Ces fées se plaisaient à rendre service aux braves gens.

Il y avait une fois une fermière qui avait son monde à travailler dans les champs ; eUe avait oublié de leur faire de la galette de blé noir pour leur dîner, et quand elle entendit sonner V Angélus elle fut bien surprise, et elle se mit à se désoler.

— Comment faire ? disait-elle tout haut ; ma pâte n'est pas prête ; mon feu n'est pas allumé. Jamais je n'aurai le temps de faire à dîner à mes hommes, et ils vont me quereller.

Elle entendit tout d'un coup une voix qui lui dit :

— Ne t*ébahis pas ; tu auras assez de galettes pour le dîner de tes hommes.

La fermière se retourna, et elle vit dans la cheminée une vieille bonne femme.

— Comment voulez-vous, lui répondit-elle, que je puisse arriver à faire ce qu'il me faut de galettes? Ma pâte n'est pas démêlée, et mon gaufférouè n'est pas encore sur le feu.

— Regarde sur ta table, lui dit la vieille.

La fermière se retourna et vit sur la table de belles galettes chaudes qui fumaient. Elle voulut demander à la vieille bonne femme qui les avait apportées ; mais elle la vit rentrer entre les pierres de la cheminée, et elle n'eut que le temps de lui dire à haute voix : « Merci du service que vous m'avez rendu. »

Le petit pâtour, qui rentrait avant les autres, entendit la fermière dire merci, et il alla le raconter au fermier :

— A qui as-tu dit merci tout à l'heure ? lui dit son mari.

— A personne, répondit-elle; je me parlais toute seule.

— Ce sont des galettes des fées, dirent les hommes, et c'était une fée que tu remerciais. Nous n'en voulons point.

Ils parlèrent des fées pendant tout le dîner, et en firent si peur à la fermière qu'elle crut être

damnée ; elle alla se confesser au reaeur ei lui conta ce qu'elle avait vu et le service que la fée lui avait rendu.

— Lui avez-vous, demanda le prêtre, parlé amiement ?

— Je ne sais, répondit-elle ; elle m'a proposé de me rendre service, et je crois bien que je Tai remerciée de bon cœur.

On disait autrefois : « Il faut aller à Busentin manger de la galette des fées. » Elle était meilleure là que partout ailleurs. De vrai, les fées sont venues à Busentin. Quand on avait chauffé le four, elles venaient y faire cuire du pain ou de la galette. Elles y boulangeaient, et les fermiers trouvaient des gâches de pain qu'ils donnaient aux pauvres, n'osant eux-mêmes en manger.

Les fées avaient des demeures souterraines de distance en distance. Elles travaillaient plus la nuit que le jour.

Ma défunte grand'mère, qui demeurait au moulin à eau» de Saint-Jean, avait entendu les fées en dessous de la pierre de son foyer, et un soir qu'elle veillait, elle entendit :

— Apporte la pâte au four.

Plutôt que de les rencontrer, j'aurais sauté dans le feu, et je me donnais bien garde de parler mal d'elles.

(Conté en 1880 par la femme Michel, de Saiat-Cast.)

Lorsqu'on portait le soir, près des doués, le linge qu'on désirait qui fût lavé, les fées venaient à minuit et faisaient la besogne des lavandières, qui, le matin, trouvaient le linge parfaitement nettoyé.

(Conté par Emile Frostin, de Matignon, en 1864.)

Les fées qui demeuraient dans les rochers de Marpiré et de Saint-Didier (Ille-et- Vilaine) étaient divisées en deux bandes.

La nuit elles quittaient leurs demeures et venaient chez les hommes ; elles descendaient par la cheminée, levaient les enfants qui étaient au berceau, leur faisaient de la bouillie, les chauffaient et en avaient soin comme de bonnes nourrices, puis elles s'en allaient par la cheminée, comme elles étaient venues. Mais il ne fallait rien leur dire, et les laisser faire; sans cela, elles auraient cessé de venir soigner les enfants, parfois même elles les auraient tués.

Quand on passait trop près de leurs demeures, elles ensorcelaient les gens : les filles couraient après les garçons sans pouvoir s'en empêcher ; mais les fées ne pouvaient rien sur les filles qui avaient sur elles un objet bénit ou un chapelet.

(Conté en z88o par Joseph Legendre, iardinier, qui tient ceci d'une femme de Saint-Aubin-da-Cormier, nommée Tiennette Ganmer, âgée de quatre-vingt deux-ans.)

Les Fades du Beny (cf. Martinet, p. 10 ^ Laîsnel de la Salle, 1. 1, IZ4) rendaient aassî service aux hommes, nettoyaient les étables, soig^naient les bestiaux, etc. ; il en était de même en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 103).

Tel est, en résumé, ce que j'ai pu recueillir au sujet des fées auxquelles les paysans attribuent une résidence locale. Ces dépositions suffiront à montrer le rôle qui leur est prêté par la tradition populaire.

Quant aux autres qui figurent dans des contes à lieu indéterminé, elles ne diffèrent pas sensiblement de celles que Ton retrouve un peu partout en Europe et même ailleurs. J*aurai plus loin l'occasion de parler des fées qui, par transformation, sont devenues des bonnes Vierges.

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