LES SORCIERS, LES LOUPS-GAROUS ET LES ANIMAUX SORCIERS
[ÊME dans des pays avancés et relativement assez instrtiits, il y a des gens qui croient encore qu'on peut jeter des sorts. Les mendiants surtout passent pour avoir cette puissance.
Il n'est pas très-rare d'entendre des fermières dire des phrases comme celle^i : « Je lui ai donné pour qu'il ne me jette pas un sort », ou bien : « On dirait qu'il y a un sort sur mes bêtes, et pourtant j'ai donné à tous les chercheurs de pain ».
Les mendiants ont en effet tout intérêt à entretenir cette croyance au mauvais œil, qui leur procure de plus grosses aumônes, et dans les
fermes où ils vont coucher ils ne manquent pas de raconter les faits surprenants d'ensorcellement qui se sont, disent-ils, passés dans les communes voisines. Syr le littoral on croit en général assez peu aux sorciers ; mais il n'en est pas de même dans l'intérieur des terres, surtout vers Fougères €t vers le Morbihan, et ceux qui se permettraient de douter des histoires qu'on raconte passeraient pour des sceptiques. Il y a même certaines communes dont les habitants sont appelés sorciers, soit à cause de leur crédulité, soit païce qu'elles sont en réalité habitées par des gens auxquels on attribue un pouvoir occulte. On dit : « les sorciers de Fougères, les sorciers de Trévé, les sorciers de Concoret, les sorciers de Loyat, » etc.
Cf. sur le pouvoir des sorciers : J. B. Thiers, Traité des superstitions '^ Mélusiney col. 347-348 (Franche-Comté); Desaîvre, Les Sorciers et les Devins (Poitou) ; A. Bosquet, p. 28d et suif. (Momundie); Ch. Louandre, La Sorcellerifi l'excçlieat liwe de M. A. S. Morin, Le Prêtre et le Soreier^ etc.
Un roman de Barbey d'Aurevilly, L'Ensorcelée, contient aussi ée curieux détails sur le pouvoir attribué jadis aux sorciers en Basse-Kormandie.
s I. — LE POUVOIR DES SORCIERS
ES sorciers, quoique n'ayant plus généralement, aux yeux des paysans gallots, le pouvoir de mener les nuées et de faire périr les hommes, n'en conservent pas moins une certaine puissance. La plupart du temps elle s'exerce sur les animaux, parfois sur les champs, quelquefois, mais plus rarement, sur les « chrétiens ».
A Penguily, une fille avait eu une passée (c'est ainsi qu'on désigne le sort jeté): le pain qu'elle boulangeait ne levait point.
Cf. Bordeion, Histoire de M. Oufle^ Paris, 1795, in-8<», p. 272, note; la pâte d'un boulanger de Limoges est ensorcelée.
A Trébry, canton de Moncontour, un mendiant entra dans une ferme pour demander la charité ; on ne lui donna rien.
— Vous me refusez, dit-il; vous vous en repentirez.
Il y avait à la ferme une jeune fille qui aimait beaucoup la toilette. A partir de ce jour, ses habits étaient tout déchirés, même ceux qu'elle
ramassait dans sa presse (armoire). Elle les mît avec ceux de son père, pensant ainsi les préserver, mais des mains invisibles les lui déchiraient, sans toucher à ceux de son père. Le recteur vint bénir les vêtements de la jeune fille ; mais cela ne suffît pas pour les désensorceler. C'est une chose véritable, et qui s'est passée à Trébry.
(Conté en 1880 par Pierre Derou, de Collinée.)
Une jeune ôUe de dix -huit ans, fille d'un fermier du hameau des Basses-Ormes, commune de Rennes, et à trois kilomètres à peine de cette ville, m'a raconté ce qui suit :
Un homme revenait de la foire de- Rennes dans sa voiture, avec sa femme, deux ou trois autres personnes et un beau cochon qu'il avait acheté sur le champ de foire. Sur la grande route, à la sortie de la ville, un mendiant âgé lui demanda à monter dans sa voiture. Refus du paysan. Une demi-lieue plus loin, la voiture versait dans un fossé, et le fermier se cassait une jambe. Un mois après, il perdait, dans la même semaine, sa femme et son cochon. Et un beau cochon, dame ! qui lui coûtait bien cher.... Aussi, pourquoi avait-il refusé au vieux mendiant une place dans sa vohure ? Il aurait bien dû penser que c'était un jeteur de sorts.
(Communiqué par M. L. Decombe.)
Cf. dant Fooquet, sous le titre du Mtunitr qui jtUê 4w »8rtt, on récit analogue \ mais l'ensorcelé trouve moyen de se délwc^ rasser, et même de se venger.
A Dinan» une femme s'était moquée d'ui^ pauvre, parce qu*il était contrefait ; il la regarda de travers, et tous les enfants qu'elle eut depuis étaient contrefaits. On prétendait que c'était le bon Dieu qui s'était déguisé en pauvre.
Dans le Jerzual, aussi à Dinan, une autre femme, qui avait refusé du pain à un pauvre en se moquant de lui, eut un enfant innocent.
« A Trévérec, ea 1824» toute une famille fut atteinte d'un mutisme singulier, qui cessa aprè^ la mort du chef de la niaison... Les mendianjj^ dirent que, rebuté par le vieillard, un pauvre aura Jeté un sort sur lui et que, pour montrer qiiue c'était l'effet d'un anathéme, ils parlaient bien entre eux, mais que leurs langues seraient enchaînées jusqu'au dernier soupir du coupable. »
(Note de l'abbé de Garaby, témoin occulaire, dans JolUvet, p. 214.)
Il y a des gens qui soutirent le benrre ; fis mit imx un pacte. On les voit se promener par ks dumps datis les premiers fours de mai; ils ramassent le beurre des vaches d'autrui, et les leurs en ont en abondance.
(Conté en 1880 par Françoise Dumonr, d'Ereé.)
Bn Buae-Korœandie existe aussi la croyance qae les sorders peuvent, an moyen d'un tordeau, ensorceler les vaches, et prendre pour eux tout le lait et le beurre qu'elles donneraient sans cela. (A. Bosquet, p. 289.) Cf. aussi Mdusine ^ co\. 73. (Morbihan^ ^opération U aussi a lien le i*' mai.)
• Çà et là, on trouve des réminiscences du tobbat ; les sorciers se transportent» eux et leurs adeptes, en un clin d'oeil à travers les airs. On trouvera dans la Littérature orale de la Haute^ Bretagne, p. i88, un conte dont le récit suivant est peu différent.
Il y avait une fois un homme qui allait chercher du vin pour sa femme. Un de ses amis, qui le rencontra, lui dit :
— Si tu veux, je vais t'indiquer un moyen d'en avoir à bon marché ; mais fais bien attention à ce que je vais te dire. Quand tu arriveras à telle croix, on va te demander : « Où allonsnous ?» Tu répondras : « A Bordeaux, chercher du vin. )» Lorsque tu auras le vin, on te dira: « Où irons-nous maintenant ?» Tu auras soin 'de répondre : « D*où nous venons. » Uhomme alla, et cela s'accomplit comme son compère le •lui avait dit.
'' (Conté en 1880 par Scolastique Durand, de Plévenon.)
Une femme avait deux enfants ; quand elle les
avait couchés, elle sortait, et ib ne la revoyaient que le matin. Un des enfants, qui commençait à être grand, fit mine de s'endormir ; il vit sa mère aller sous le lit, se mettre toute nue et se frotter d'onguent, puis dire avant de partir :
Par sur haies et bûchons (buissons),
Faut que je trouve les autres où qu'ils sont.
Le gars, dès que sa mère fut partie, se fh)tta aussi avec l'onguent et dit :
Par en travers haies et bûchons.
Faut que je trouve les autres où qu'ils sont.
Mais comme il s'était trompé en répétant ce qu'il avait ouï dire, il passa à travers les ronces et les haies, et arriva tout sanglant au rendezvous des sorciers. Il les trouva qui dansaient et qui chantaient, et sa mère était avec eux.
(Conté en 1881 par J. M. G>mauit» du Gouray.) A part le balai, c'est tout k fait le moyen classique qne.les sorcières emploient pour se rendre au sabbat (cf. de Lancre, Bodin, Ch. Louandre, etc.). Qjiant à la mésaventure résultant des paroles sacramentelles mal prononcées, elle se retrouve dans nombre de contes.
(Cf. entre autres Fouquet, Clémence de Cancoêt ; Dulaurens de la Barre, r«7/., La Jument maigre; Camoy, Le sabbat ; Webster, La Sorâére et le nouveau-né ; La Sorcière au sabbat.)
Les paysans qui assistaient à la danse des sorciers usaient en une nuit une paire de sabots.
Les sorciers et les sorcières étaient de belles tiUes et de beaux garçons. Il y en avait à Hénon, et même tout près de Moncontour.
Pour aller avec eux il fallait se mettre le dos à une mie d'pailîe et se frotter d'une certaine pommade.
(Commaniqué jMtr M. E. Hamonic.)
Jadis les sorciers et les lutins choisissaient les carrefours comme lieux favoris pour danser et pour chanter. C'était afin de s'emparer d'un plus grand nombre de gens. C'est pour délivrer le pays de leur présence que le clergé ordonna d'y élever des croix.
(Communiqué par M. Bonrie.)
En Berry, cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 157; c'est aussi axa. cahx)is que se réunissent les sorciers.
Mais il parait que ce moyen n'a pas toujours été efficace, car nombre de contes parlent de danses autour des croix, et j'ai recueilli deux légendes (Contes pop. y 2^ série, les Sorciers de Knéa, no lix ; les Chats sorciers^ n© lx) où il est parlé de personnages condamnés à danser en répétant les jours de la semaine; mais au lieu de fées (cf. un conte picard de Carnoy, Les Fées et ks deux Bossus, MéL, col. 113 ; Les trois fées et les jours de la semaine, MéL, col. 241 et note), de
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lutins (cf. Souvestre, Les Korils de Plaudren ; Dulaurens de la Barre, Les Korigans de Tréhoitn-teuc; Blâdé, épisode dans le conte du Bâtard \ Rolland, La danse des Korrigans^ MIL, col. 113 et note), dans mes deux contes ce sont des sorciers ou des chats-sorciers qui répètent.
Dans le conte de Cerqnand, Les deux Bossus, ce sont iiissf des sorciers. Il en est de même dans une légende recueillie dansle Morbihan par d'Amezeuil, Lèg. breiontieSy sous le titre des Deux Bossus de Niviîlac.
On croyait même jadis qu'à une certaine époque les sorciers avaient enlevé des petits enfants pour les manger ou pour les faire servir à d'abominables pratiques.
Il y avait une fois au Pont-Ojainteux, sur la route de Matignon au Guildo, deux pâtours qui gardaient leurs chevaux dans une petite cabane. Au milieu de la nuit, ils entendirent du bruit et eurent peur. L'un resta dans la hutte, où il s'enferma ; mais l'autre grimpa dans un chêne. Il vit venir au pied de l'arbre où il était des sorciers qui tenaient un enfant et qui disaient :
— Allons-nous le manger tout cru ou le feire cuire ?
— Faisons-le cuire, répondit un des sorciers. Le pâtour eut si grand'peur qu'il laissa tomber
son chapelet, qui chut sur la tête de l'enisnt.
DE LA HAUTE-BRETAGNE 2%l
Aussitôt les sorciers disparurent, et il descendit de son arbre. Il emporta l'enfant à la ferme et fît mettre de côté les langes, afin qu'on pût le reconnaître.
Longtemps après, un homme qui passait par là vit l'enfant, qui avait dix ans et gardait ses moutons sur la route. Sa figure lui rappela un autre enfant qu'il avait, du même âge, car ils étaient jumeaux, et dont l'un avait été enlevé sitôt après sa naissance. H entra à la ferme, et en voyant les langes il reconnut son enfant que les sorciers lui avaient enlevé.
(Conté en x88o par Jacquemine Klcolas, de Saint-Cast.)
En Normandie, les sorciers enlèvent, dit-on, les enfants de moins de sept jours pour les manger (cf. A. Bosquet, p. laa).
« A la Boissière (Loire -Inférieure) existe la croyance au sorcier de la Divate : on montre la grotte où il vécut. Un ermite le tua en faisant un signe de croix. Le souvenir de ce sorcier est resté comme motif de tous les malheurs qui arrivent dans le pays, (^uand un bœuf tombe malade, quand une vache avorte, c'est parce qu'elle a vu l'ombre du sorcier de la Divate. »
(Ogée, nouvelle édition, article La BoissUrt.)
Il y a trois ans environ, un sorcier jeta une passée (c'est un sortilège) sur une ferme de la
commune de Penguily, canton de Moncontour.
Les vaches, le chat, le chien dépérissaient, et même plusieurs bêtes crevèrent. Les fermiers allèrent consulter le devin, qui leur dit de jeter du lait dans le feu en récitant des oraisons ; alors le charme cessa.
Il y a en effet des gens dont le métier est de conjurer les sorts ; dans un rayon de quelques lieues aux environs de Rennes, il y a au moins deux personnes qui passent pour avoir ce don.
L'un d'eux est connu sous le nom de « Robert , qui défaîne » (être faîne, c'est avoir de la male^ chance ou du guigaon, d'où enfaîner, ensorceler, et défaîncTy désensorceler. Faîner est dérivé régulièrement dcfascinare).
Dans une grande ferme, le lait ne donnait que très-peu de beurre. On pensa qu'un mendiant rebuté avait jeté un sort sur la maison (car, disait mon narrateur, d'aucuns pauvres enfaînent). On envoya chercher le sorcier, qui est connu dans le pays sous le nom de Robert-qui-défaîne ; il arriva revêtu d'une peau de chèvre de deux couleurs, et tenant en laisse un chien noir. Il examina la baratte, puis, après avoir fait quelques cérémonies auxquelles les assistants ne comprirent pas grand' chose, il leur dit :
— Désormais, vous pourrez baratter : vous êtes défaînés. Mais il se fait tard ; venez me reconduire un bout de chemin, mais n'ayez pas peur de ce que vous verrez.
Arrivé à la lisière d'une lande, il siffla, mit la main sur la crinière d'un cheval qui accourut, monta dessus, dit au revoir aux gens, et hue ! au cheval, et il disparut comme un éclair.
(Conté en 1880 par Jean Bouchcry, de Dourdain.)
Il y a un sorcier, le Défainous, qui va défainer chez les gens qui ne peuvent plus baratter.
Avant de se rendre à la ferme sur laquelle un sort a été jeté, il prend une ardoise de la dimension d'une pièce de cinq francs, et l'enveloppe dans un linge qu'il met dans sa poche, où il a d'autres linges pareils.
Qjiand il est entré, il demande aux gens une pièce de cinq francs qu'il jette en l'air; il fait des signes de croix, à droite et à rebours, puis il leur dit que, pour être efficace, il faut que la pièce soit enveloppée. Il l'enveloppe en effet, subtiiue à la vraie pièce son morceau d'ardoise, et le remet à la bonne femme, qui le place dans le fond de sa baratte.
Ces cinq francs s'ajoutent aux dix que le sorcier prend pour défainer.
(G>nté en x88o par J. L^endre, de Saint-Brieoc-des-Iâà.)
a84 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
Pour défaîner, on prend un manche de ribot en genêt ; les enfainous n'ont pas droit sur le genêt.
On préserve aussi la baratte des enfaînements en mettant du sel en croix dans le fond de \k baratte. (E., P.)
Un matin, une petite fille de dix ans sortit de son lit et alla à la porte « faire une nécessité ». Pendant l'opération, elle reçut une « brouée » de vent si forte, qu'elle tomba dans sa nécessité et ne put se relever. Elle cria, appela ses parents, ^i la transportèrent dans la maison. Là, elle se plaignit d'éprouver une forte douleur dans le côté et surtout dans la jambe.
La souffrance persista en dépit àts soins do reboutoux ; les parents lui firent dire des messes s rien n'y fit. L'enfant ne pouvait exécuter un mouvement. A quelque temps de là passa un bonhomme bien vieux, bien fatigué, qui demanda l'hospitalité. En voyant les parents de la petite fille tristes et afHigés, il leur en demanda la cause. Quand l'explication lui eut été donnée, il se fit apporter l'enfant ; il l'examina et dit :
— Je la guérirai et sans messe ; mais la < passée » (le coup de vent sorcier) a été terrible : elle était à mon, mais la petite fille n'en a eu que du botd. Malgré tout, elle clochera pendant tout le restaût de sa vie.
: Les parents n'étaient pas trop rassurés en entendant le bonhomme dire qu'il ôterait la passée sans messe ; nuis comme il était savant, il comprit leur pensée et ajouta :
— Quand quelqu'un a reçu un sort d'un sorcier mauvais, aucune pratique de dévotion ne peut le détruire ; quand il est jeté de la part de Dieu, les messes en débarrassent.
Les parents étaient bien contents et dirent au bonhomme qu'ils avaient grande confiance en lui. Alors celui-<:i leur dit:
— Apportez-moi une casserole, de la graisse, des clous de latte et une tenaille, et faites du feu.
Le bonhomme mit la casserole sur le feu et y jeta la graisse et les clous. Quand le mélange commença à bouillir :
— Allez chercher votre fille, et mettez-la sur le dos de votre béte la moins dommageable (la moins bonne) .
— Faut-il prendre une poule ? demandèrent les parents ?
— Oui, oui, répondit le bonhomme.
Le père et la mère soutinrent la jeune fille sur le dos de la poule, pendant que le bonhomme ôtait les clous un à un de la casserole avec les tenailles et les clouait sur le manteau de la cheminée. A mesure qu'il les cognait, la jeune filk
se sentait mieux, et la poule geignait. Quand tout fut fini, la fille se leva en clochant, et la poule passa cul par sur tête. Elle était morte. Alors le bonhomme dit :
— Le sorcier qui a fait le coup est enfoncé avec les clou^ dans la cheminée, et vous pouvez être bien sûrs qu'il ne vous fera jamais rien.,
(Recueilli par M. Bourie, aux environs de Moncontour.)
Thiers, Traité des superstitions y ch. xv, cite, au nombre des pratiques qui avaient cours de son temps, celle qui consistait i • attacher à une cheminée certaines parties d'un animal mort
par maléfice et à les piquer avec des épingles ou des
aiguilles... afin que le sorcier qui a jeté le maléfice sèche peu& peu et meure enfin misérablement. » Ce même chapitre contient plusieurs exemples de maléfices ôtés à une personne et passés à une autre.
Il y a plusieurs moyens de se préserver des sorcelleries, soit qu'on emploie des talismans qui neutralisent* le pouvoir des sorciers, soit qu'on ait recours à eux pour être débarrassé.
Quand on a un serpent sur soi, les sorciers ne peuvent vous charmer la vue, et tous les objets paraissent sous leur forme naturelle.
On met aussi ses chausses (bas) ou ses habits au renvers pour se préserver des maléfices. (M., £.)
Même croyance en Normandie (cf. A.. Bosquet, p. 294).
Le sureau autour des maisons, d^ grains de
sel placés dans le fond des barattes, empêchent les sorts.
Quand on tire du fumier d'une étable, on y jette du sel pour détourner les ensorcellements. (E.)
En Franche-Gïmté, un grain de sel jeté dans le hit préserve aussi des maléfices (cf. Mel., col. 371). En Poitou le sel préserve des sorciers en général (cf. Souche, p. 16) ; il en est de même en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 294).
On va consulter les sorciers, non seulement pour être débarrassé d'un ensorcellement, mais pour se procurer des avantages au moyen de sortilèges.
Pour tirer un bon numéro, il faut que le conscrit ait dans son habit, mais sans qu'il le sache, des grains de sel cousus. Autant il y a de grains de sel, autant son numéro est élevé.
On arrive au même résultat en prenant le bonnet de baptême du premier enfant mâle d'une maison, à la condition qu'il n'ait jamais servi à d'autres, et que celui qui a le bonnet dans ses vêtements et qui va tirer ne le sache pas. Cela est en usage aux environs de Fougères, et principalement à Saint-Georges-de-Chesnais et communes voisines.
Un jour la femme du père Joseph venait
<l'accoucher de son premier-né ; il vit venir une femme qui lui dit :
— Donnez-moi le bonnet de baptême de votre fils, et je vous enverrai un demeau de blé noir pour l'enfant. C'est pour que mon gars, qui va tirer, ait un haut numéro ; la sorcière m'a bien 4it comment il fallait faire.
(Conté en 1880 par J. Legendre, de Saint-Brieuc-des-Ifis.)
Le bonnet de baptême qui figure ici a vraisemblablement remplacé la pellicule appelée coiffe^ qui couvre la tète de certains •enfants, et que l'on croit être pour eux une marque de bonheur ; «'est de \k qu'est venu le proverbe français « être né coiffé ». (Cf. ThierSy Traité des suptrsUiionSy ch. xxix.)
A côté des sorciers proprement dits, il y a les gens qui pansent au moyen de remèdes secrets {tout un chapitre d'un livre sur la Médecine supersiitieuse, que je prépare en ce moment, leur est consacré), et surtout les dortnouères et les disouères, ou disouères de pUnètes (planètes), qui sont des somnambules. On vient parfois les consulter de fcMt loin, et ceux qui ont recours à leur pouvoir occulte ne sont pas toujours des illettrés.
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S II. — LES LOUPS-GAROUS ET LES HOMMES TRANSFORMÉS EN BÊTES (l)
|L y a des hommes qui ont le pouvoir de se transformer en bêtes. Ils se frottent pour cela avec une pommade que le diable leur a donnée ; mais ils sont contraints d'errer pendant un temps déterminé. Leur métamorphose ne cesse que quand leur sang a coulé. (E., M., P.) On les nomme garèus, loups-garous ou gtiérous ; ce dernier mot est aussi usité en Basse-Normandie.
(Cf. Amélie Bosquet, p. 23;.)
Les gareux étaient des espèces de diables ou de sorciers qui se mettaient en toutes sortes de bêtes, surtout en vaches et en loups. (P.)
(i) Sur les loups-garous en général, on peut consulter Tylor, Civilisation primitive^ t. I, p. 3^3 et suiv., de la traduction française; Rolland, Les Mammifères sauvages^ p. i$$ et suiv.; Amélie Bosquet, La Normandie merveilleuse^ ch. xii ; Bourqnelot, La Lycanthropie.
L'abbé Bordelon a fait aussi, au XVII« siècle, une sorte de roman intitulé Histoire de M. Oufie^ où se trouvent de curieuses notes sur la lycantrhopie (voir l'édition de Paris, 1793, in-8).
« Les loups-garous sont des hommes convertisen loups pour avoir été plus de dix ans sans approcher du tribunal de pénitence. »
(Habasque, t. I, p. 285, note.)
Je n*ai pas retrouvé personnellement celte croyance en Haute-Bretagne ; mais elle est rapportée par Dufilhol dans Guionvadh, p. 17 : « Si tu restes sept ans sans mettre le doigt dans le bénitier, tu seras loup-garou. »
Ceux qui ont le pouvoir de se transformer en bêtes le font au moyen d'une bouteille; mais parfois ils oublient où ils Tont mise ou bien la perdent, et alors ils restent sous la forme d'animaux.
Cf. sur les loups-garous de Basse- Bretagne (sing. den vieil, plnr. tud vlei:^ Le Men, p. 420.
Il y avait à Saint-Cast, vers 1830, un ancien chouan qui n'avait point bonne réputation dans le pays ; il passait pour se mettre en toutes sortes de bêtes, afin de pouvoir faire la nuit ce qu'il voulait. Les uns prétendaient qu'il allait voler, d'autres qu'il était fraudeur ou qu'il servait aux communications que les royalistes avaient avec Jersey.
Un marin qui allait un soir à Saint-Malo avec lui, tout d'un coup ne l'aperçut plus ; mais il vit
un gros cochon qui cheminait auprès de lui.
Pendant le trajet, il se changea encore en deux autres sortes de bêtes. Il se changeait, disait-on, malgré lui. Il fut en prison cinq ou six fois, et il en sortit sous des formes de bêtes différentes.
(G)até pftT Etienne Piron, de Saint-C«st, 1880.)
Pour délivrer les loups -garous, il faut les blesser à sang.
Le Bouchier du Prâ s'était frotté avec une pommade et était devenu loup-garou ; il dit à un de ses voisins de le frapper avec une hache bien aiguisée. La première fois, il n'osa ; la seconde, il le fît, et depuis ce temps le Bouchier ne courut plus. (M.)
Cf. sur la délivrance des garons Rolland, t. I, p. 156 (Kormandie), 1(7 (Limonsin), x$8 (Vendée et Bigorre); Amélie Bosqnet, p. 233 (Orae).
A Toumebride en Hénon, deux hommes entrèrent â l'auberge très-tard pour boire une moque de ddre. Ils sortirent, et l'aubergiste, qui les avait suivis en cachette, les vit vomir des pattes de chien. C'étaient deux compères qui s'étaient déguisés en loups et qui avaient mangé des chiens.
(Recveilli par M. Bourie.)
Lr loup-garou
Il y avait une fois un garçon de ferme qui découchait toutes les nuits, et on ne savait ce qu'il devenait ; mais son maître ne pouvait rien dire, car le garçon était loué pour le jour et pas pour la nuit.
Un jour le fermier voulut voir où il allait ; il se cacha dans un chêne d'émonde sur la route par laquelle le domestique devait passer. Il vit bientôt arriver son serviteur, qui se passa autour du cou un trépied ; mais à partir de ce moment il ne le vit plus.
Tout le long des nuits quelqu'un venait agacer le chien, qui aboyait ; le fermier se dit :
— Je parie que c'est le loup-garou.
Il prit un morceau de bois au bout duquel il mit une lame pointue, et quand il entendit le chien aboyer, il fit passer son bàion par la chatière et le poussa comme pour frapper. Il sentit que sa pointe rencontrait quelque chose, et, au même moment, il entendit une voix qui disait :
— Vous m'avez rendu un grand service : j'en avais encore pour trois ans ; me voilà maintenant quitte.
Le lendemain, le fermier vit au cou de son domestique la marque d'une blessure, et depuis
ce temps il remarqua qu'il ne sortait plus la nuit.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d'Ercé.)
Cf. A. S. Morin (Beauce), p. aoi ; Cayla, Le Diable^ p. 253 ; Laisnel de la Salle, t. I, p. xSi.
Il y a bien quarante ans, plusieurs femmes, dans les communes de Plurien, Pléhérel et Plévenon, eurent leurs bergeries dévastées par un animal inconnu qui y pénétrait la nuit et suçait le sang dçs moutons. C'était une bête fort petite, puisqu'elle passait par un trou très-étroit.
On disait que les auteurs de ces ravages étaient deux tailleurs de Ruca qui avaient deux bouteilles, l'une pour s^emmorphoser, l'autre pour se démorphoser.
(Conté par Scolasdque Durand, de Plévenon, 1880.)
On emploie couramment emmorphourj métamorphoser, dimorphoser, £u're cesser la métamorphose, qui est appelée morphou. (S.-C, M.)
A la ferme de Glanda, près du Guildo, une truie noire venait tous les soirs à dix heures ; elle s'asseyait sur une pierre bleue qui était dans un coin de l'aire, et même elle se montrait à la porte de la maison- On fit pendant toute la journée du feu sur la pierre bleue, qui était brûlante quand, à la nuit, la truie noire vint s'asseoir dessus. Elle jeta un cri et s'échappa.
•Elle retourna dans le champ de la Commandière, où elle resta plus de dix ans ; mais un jour elle fut blessée au genou par un laboureur, et au lieu d'une truie, ils virent une jeune fille qui avait été emmorphosée par les sorciers et devait rester en truie jusqu'à ce qu'elle eût été blessée à sang.
(Conté par Jacquemine Nicolas, de Saint-Cast.)
On racontait autrefois, dans le pays des Iffs, qu'avant la Révolution, quand un garçon avait fait une faute grave, son confesseur lui imposait pour sa pénitence d'aller se poser devant une croix, une fourche à la main, et d'y attendre le Guerrou ; il fallait alors qu'il courût à lui pour lui frapper le front d'un coup de fourche.
(Conté en 1880 par Joseph Legendre, qui tient cela d^ine femme, morte trés-âgée en 1840.)
Cf. dans Rolland, p. i;, une ancienne croyance vendéenne analogue, et une normande; cf. aussi la Bête exetnHmuniie, Restif de la Bretonne, p. 8x.
D'après le conte qui suit, ceux qui courent le guérou y étaient forcés par un diable qui les accompagnait partout, mais dont ils pouvaient se débarrasser en le donnant à autrui.
Il était une fois un homme qui se promenaît seul dans son jardin. Tout à coup il entendit un cri, et il dit tout haut :
— Tu ferais bien mieux de te taire.
Aussitôt un homme qui portait sur le dos une petite bête noire accourut tout essoufflé et lui dit :
— Qu'est-ce que tu me veux, toi ?
— Rien, répondit Thomme tout effrayé.
— Hé bien 1 dit le coureur de guérou, puisque tu ne me veux rien, cours le guérou à ma place.
Il lui jeta sur le dos sa petite bête noire, et il disparut.
La bête se colla sur le dos de Thomme si fortement qu'il ne pouvait s'en débarrasser, et il était obligé de courir le guérou. s
Un jour il rencontra un prêtre qui lui dit :
— Savez- vous comment faire pour vous débarrasser du diable que vous portez sur votre dos?
— Non, je ne le sais pas, répondit le coureur, et j'en suis bien marri; mais est-ce vraiment le diable qui est sur mon dos ?
— Oui, c'est lui, dit le prêtre. J'ai sur moi un peu d'eau bénite; je vais la lui jeter, et vous allez voir comme il va crier.
Dès que la bête sentit l'eau bénite, elle qui ne disait jamais rien se mit à jeter des cris épouvantables.
— Suivez-moi, dit le prêtre.
L'homme marcha derrière lui, et ils entrèrent à l'église. Le prêtre passa son étole au cou de la
bête, et il tirait de toutes ses forces pour la décoller; quand il y fut parvenu, il la jeta dans le bénitier, et elle souffrait comme si elle avait été plongée dans de Teau bouillante. Elle finit par sauter à terre, et elle s*enfuit comme le vent. Depuis, l'homme ne fut plus forcé de courir le guérou.
(Conté en x88x par François Marquer» de Saint-Cast.)
Il y avait autrefois un homme qui « menait les loups » dans la forêt de Refînes, et qui, grâce à un pacte qu'il avait fait, pouvait, à sa volonté, se transformer en loup. Un jour on tira sur lui, et, dès qu'il fut blessé et que son sang coula, il, redevint homme.
(G>nté en 1878 par Aimé Pierre, de Liffirè.)
Sur les meneurs de loups, de rats, de taupes et de poux», consulter ces articles à la seconde partie.
La croyance aux meneux de loups existe aussi en Berty (cf. G. Sand, Lê^. rustiques f^. 9$ etsuiv., qui cite plusieurs légendes, et le chapitre de Laisnel de la Salle sur la sorcellerie), en Hor» mandie (cf. A. Bosquet, p. 304).
Un jour, en abattant du bois dans la forêt de Haute-Sève, un hoisier trouva deux bouteilles. Il mit un peu de la liqueur que l'une contenait dans le creux de sa main ; à mesure que la liqueur
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s'étendait, sa main devenait comme la patte d'un loup. Mais il se frotta avec la liqueur de Tautre bouteille, et aussitôt sa main redevint à son état naturel.
(Conté en 1881 par Angèle Quérinan, d'Andouillé.)
s III. — LES ANIMAUX SORCIERS
UTRE les sorciers proprement dits, il y a des animaux qui passent pour avoir le même pouvoir qu'eux ; on les appelle des animaux sorciers. Il est malaisé de savoir si les paysans croient que ce sont des bêtes, ou bien des personnes emmorphosées (métamorphosées).
Parmi les animaux sorciers, ce sont les chats qui jouent le rôle le plus important. Ils passent pour aller tenir au clair de la lune des assemblées nocturnes. Pour les empêcher de s'y rendre, on leur coupe le premier nœud du bout de la queue. (E., S.-C, M., P.)
En Normandie (cf. A. Bosquet, p. 218), on coupe aussi le bout de la queue des chats pour les empêcher d'aller au sabbat.
De même que les sorciers ordinaires, les chats sorciers s'assemblent en général autour des croix plantées au milieu d'un carrefour, ou dans un champ à trois cornières, c'esi-à-dire à trois angles.
Au chapitre consacré aux Mammifères domestiques, 2* partie de cet ouvrage, on trouvera ce que j'ai pu recueillir sur les animaux sor> ciers. *
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s IV. — LES LIVRES DES SORCIERS
|L y a plusieurs livres qui jouent dans la sorcellerie un rôle important ; parmi eux on peut citer le Dragon rouge^ le Livre de Sahmotty le Petit Albert,
J'ai recueilli quelques dépositions sur ces deux derniers :
A la chapelle de Guiscaêl en Guer, auprès de Konkoret, le pays des sorciers, il y a un livre que seul le prêtre voit : c'est le Livre de Sdomon^ qui a servi jadis aux sorciers. Avant la Révolution, il y avait des moines qui se livraient à la magie au lieu de prier Dieu, et qui faisaient maintes autres choses blâmables. C'est pour les punir que Dieu leur envoya la Révolution.
(Conté en 1880 jMir François Mallet, du Gouray.)
Ce livre de Salomon est pent-être la ClavicuU de Salomon (cf. sur les livres de grimoire, Ch. Louandre, p. 39 et saiv.).
Mais le plus populaire, sans contredit, des livres de sorcellerie, c'est le Petit Albert. Seub les sor-
ciers et leurs adeptes, et aussi parfois les prêtres, Font en leur possession.
Les prêtres passent pour «voir un pouvoir analogue à celui des sorciers (cf. A. S. Morin, Lt Pritrt et le Sorcier) ; même croyance en Normandie (cf. A. Bosquet, p. 296). Les sorciers se servent du Petit Albert ailleurs qu'en Bretagne, en Poitou par exemple (cf. Desaivre, Les Sorciers et les Devins, p. 6); en Berry (cf. Laisnel, t. I, p. 3x3); en Normandie (cf. Amélie Bosquet, p. 290). Le Dragon rouge y est aussi connu.
A Paris même, le tribunal de la Seine jugea, en décembre 1879, une affaire où le Petit Albert jouait un rôle important.
Les colporteurs qui parcourent les campagnes vendent aux paysans un livre intitulé le Petit Albert (Paris, Le Bailly, s. d.) où U sorcellerie est très-anodine ; il se termine même par une série de conseils aux laboureurs, qui ne feraient pas mal d'en suivre quelques-uns. Ce n'est pas celui-là qui est le livre des sorders. C'est plutôt le Solide Trésor du Petit Albert, imprimé à Lyon en 1516, et réimprimé depuis. « La vente de ce livre a été défendue plusieurs fois sous des peines sévères ; mais cela n'a servi qu'à en augmenter le prix. Plusieurs paysans ont vendu leurs bœufs pour acquérir le Petit Albert. » (J. M. Cayla, Le Diable,
Le Petit Albert donne le pouvoir d'évoquer le diable, de lui commander de Touvrage, de faire venir les animaux, etc.; mais c'est un livre fort dangereux pour ceux qui ne savent pas parfaitement la manière de s'en servir, car le diable une fois venu, il leur est difficile, s'ils oublient certaines paroles, de le renvoyer, et l'on cite nombre de gens auxquels le Petit Albert a été funeste.
La chambrière du recteur de Gahard ayant été^ pendant la grand'messe, ranger la chambre de son maître, trouva sur la table de nuit un livre qu'elle eut la curiosité d'ouvrir. Ce qu'elle lisait l'intéressait fortement; mais à mesure qu'elle lisait, la magie du Petit Albert — car c'était le volume qu'elle tenait à k main — opérait sur elle, et elle finit par s'en aller en souffle de vent.
Cependant le recteur se souvint pendant la messe du livre dangereux qui était dans sa chambre, et il accourut au presbytère ; mais il ne retrouva pas sa servante, et ne vit d'autre vestige d'elle que sa coiffe, qui était restée accrochée près de la fenêtre.
Il parvint cependant à la faire revenir en chair et en os : elle n'avait en apparence aucun mal ; mais elle ne survécut pas longtemps à cette aventure, et jamais depuis on ne la vit sourire. Quand on voulait lui faire raconter ce qu'elle avait vu, elle refusait de rien dire et répondait invariablement par ces mots : « Comme vous ferez, vous trouverez. »
(Conté par Ângèle duérinan, d'Andouillé, 1878.)
W^* A. Bosquet raconte une histoire de servante de recteur k
qui il arriva malheur pour avoir mis le nez dans un livre 4e
magie que possédait son maitre (p. 297).
M. Ch. Louandre, La Sorcellerie, p. 44, cite aussi l'histoire d'un
étudiant étranglé par le diable pour avoir lu un livre ouvert sur
la table de son maitre.
Un soir un homme, étant un peu chaud de boire, parlait à une fille qui ne voulait pas récouter. Il se fâcha et voulut lui jouer un tour. Il prit le Petit Albert ^ et quand il en eut lu quelques pages, un homme vint qui tournait en cercle autour d'elle; mais quand celui qui avait le Petit Albert voulut renvoyer l'homme qu'il avait appelé et dont il était maintenant effrayé, il ne put retrouver la page où se trouvaient les paroles qui renvoient le démon.
On fut obligé d'aller chercher le curé, qui brandit son goupillon, en ordonnant au diable de s'en aller, et il s'en fut en vent, abattant sur sa route les pommiers et les chênes.
(Ercè, rS78.)
Un homme de Gahard, nommé P..., qui naguère encore était plein de vie, gardait un malade en compagnie d'un de ses voisins. Pour se divertir et passer le temps, P. . . prit un livre et se mit à le lire attentivement.
Tout à coup, on entendit au dehors un bruit pareil à celui d'une voiture, et plusieurs messieurs habillés de rouge entrèrent dans la maison, ôtèrent poliment leur chapeau et s'approchèrent du lit où gisait le malade. L'un d'eux lui présenta même sa tabatière en l'invitant à y prendre une prise.
Mais le malade, qui savait que P... passait pour sorcier, refusa le tabac et fit le signe de la croix. Les messieurs rouges disparurent aussitôt.
Le lendemain, il envoya chercher le recteur, auquel il raconta tout. Le prêtre dit que P... avait dû lire le Petit Albert, et il finit par trouver le livre de P... Il le mit dans le foyer pour le brûler; mais le livre sautait dans le feu comme 5'il avait voulu en sortir. Le prêtre le repoussait dans les flammes avec sa canne, et il brûla longtemps sacs se consumer.
P... prétendait pouvoir, à Taide de son livre, rassembler tous les corbeaux et toutes les corneilles du pays. (E.)
Gilbert Cousia de Nozereth raconte qu'un jeune homme ayant reçu un papier magique couvert de figures horribles, le )eta au feu; mais ce papier y fut une demi-heure sans pouvoir ttn <onsumé (Bordelon, Hist.de M. OuJU, p. 306).