LES MAMMIFÈRES SAUVAGES
S I. — GÉNÉK ALITÉS
N retrouve en Haute-Bretagne la plupart des mammifères sauvages qui vivent dans la partie moyenne de la France, et dont les uns habitent les champs, d'autres les forêts. Celles-ci, bien qu'assez nombreuses, n'occupent pas, comme celles de l'Est et du Centre, de vastes étendues ; elles sont médiocrement peuplées, et les animaux de grosse espèce qu'on y rencontre le plus fréquemment sont le loup, le sanglier et le chevreuil. J'ai fait une enquête assez longue, principalement sur la lisière des forêts de Haute-
Sève et de Rennes (Ille-ei-Vilaîne), de Bosquen (Côtes-du-Nord); j'ai interrogé moi-même nombre de gens, bûcherons, charbonniers, cultivateurs, et j'ai prié mes correspondants de me commu* niquer ce qu'ils pourraient recueillir. Le nombre des faits de superstition qui ont été ainsi cons-^ tatés est, en somme, assez peu considérable. Les légendes aussi sont peu nombreuses, et cela concorde tout à fait avec ce qui résulte de l'ensemble des contes gallots ; les animaux qui sont les compagnons de l'homme y interviennent fréquemment, tandis que les mammifères sauvages ne s'y montrent que rarement, et la plupart du temps à titre de personnages épisodiques.
Les bêtes sauvages ne vivent pas avec l'homme comme les animaux domestiques; les rencontres sont fortuites, et, de part et d'autre, ne sont pas toujours volontaires. Il est donc naturel que les documents soient moins nombreux que pour les bêtes qui sont les compagnes de l'homme, et vivent parfois sous le même toit que lui*
Ceux qui s'étaient occupés avant moi des fauves et des mammifères sauvages en général avaient, eux aussi, trouvé un assez petit nombre de faits. M. de Gubernatis leur consacre 174 pages, moins du quart de sa Mythologie :(poîogiquey et M. Eugène. Rolland a pu consigner en un mince volume le résultat de ses inves-
tigations personnelles et de celles qu'avant lui avaient faites dans toute la France, et même en dehors, les auteurs qui se sont occupés de ce sujet, alors qu'il avait peine à faire tenir en deux gros volumes les riches matériaux qu'il trouvait sur les mammifères domestiques. Il n'est pas surprenant que mon enquête, bornée à une seule province, comprenne, elle aussi, un nombre de pages assez restreint.
On trouvera ci -après la monographie de chacun des animaux au sujet desquels j'ai pu me procurer des renseignements.
Il est question de bêtes sauvages, sans désignation d'espèce, dans les contes suivants de ma collection ; La Princesse Félicité, n» xxii, 2« série, est gardée par des bêtes féroces qui ne s'endorment que de midi à une heure ; U Enfant qui va chercher des remèdes, n© xxxiv, est obligé, pour parvenir au but de son voyage, de tuer à coups de flèches une multitude de bêtes qui gardent un château par lequel il faut qu'il passe.
Dans le grand Géant Grand-Sourcil, Contes de Marins, no xxii, il s'agit d'aller dans un pays où le roi des bêtes et s^s sujets dévorent les navigateurs, à moins que ceux-ci n'apportent des vivres en quantité suffisante pour contenter l'appétit des bêtes.
Plusieurs contes, LEnfant qui entend le langage des biles, 2* série, n» xxv, dont j'ai d'autres variantes, mettent en scène des personnages qui comprennent le langage des animaux; dans un conte encore inédit que j'ai recueilli àSaint-Cast, Petits- Yeux-voit-clair entend aussi le langage de toutes les bêtes, et ce don lui sert à éviter plusieurs embûches.
Dans les récits gallots, il est parfois parlé d'animaux fantastiques, tels que la Licorne (conte inédit où le héros doit ramener Licorne prisonnier (c'est un nom propre masculin) ; le Dragon, moitié bête, moitié serpent : celui qui figure dans Les quatre fils du meunier, i« série, n» viii, retient prisonnière la fille du roi sur un rocher au milieu de la mer.
Mais la bête à sept têtes est celle qui se représente le plus souvent (cf. i^e série, n© xi, Jeansans-Peur ; n» xvm. Le roi des poissons ; no xxv, La Princesse Dangobert, etc.), et le héros doit couper toutes ses têtes avant d'arriver au but de son entreprise. Cette bête fantastique, que la mythologie^ grecque faisait rencontrer à Hercule dans les marais de Lerne, se retrouve dans nombre de contes français ou étrangers.